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CHAPITRE Tl

LES VAN EYCK

LA DÉCOUVERTE DE LA PEINTURE A l' HUILE.

A la fin du xiv^ siècle, après la victoire des métiers et la paix de iS/ô, la ville de Liège, capitale de la principauté épiscopale de ce nom, était un centre de grande activité intellectuelle et matérielle. Il y avait peu de pays en Europe où, à l'abri d^institutions véritablement démocratiques, régnât plus d'ordre, de justice et de liberté ^

Ses nombreux et opulents monastères, réputés comme des foyers de science, favorisaient le travail des enlumineurs, des ciseleurs, des orfèvres et des sculpteurs. Dans un tel milieu, Tart dut certainement cherchera prendre son essor. Malheureusement, le temps et les révolutions ont effacé jusqu'aux dernières traces de

I. F. Henaux : Histoire du pays de Liège. Liège, iSSy, t. I*^*", p. 239.

j8 QUINZIEME SIECLE.

ses efforts. Aucune œuvre suffisante n'est restée pour nous permettre de décider quels éléments trouvèrent à Liège les Van Eyck, lorsque, vers le commencement du règne du prince-évêque Jean de Bavière (i 390-1418), ils y vinrent, selon toute probabilité, pratiquer un art qui allait les rendre à jamais célèbres.

Les deux frères étaient originaires de Maesyck (Eyck-sur-Meuse), petite ville de la partie septentrionale du pays. On ignore leur nom de famille. Selon Tusage de Pépoque, ils sont désignés et se désignent souvent eux-mêmes par le nom de leur ville natale.

La nuit la plus profonde couvre la première partie de leur existence. Rien jusqu'à présent ne permet de supposer comment sont nés leurs talents, quelle éducation supérieure les a formés si vite et si parfaitement. Un événement considéra.ble illumine seul cette obscurité. C'est la découverte de la peinture à Phuile.

Pendant tout le moyen âge, jusque vers le commencement du xv^ siècle, le procédé général de la peinture artistique avait été la détrempe, c'est-à-dire la peinture à l'eau, au blanc d'œuf ou à la colle, sur laquelle on étendait ensuite un vernis coloré, composé d'huile et de résine, et qui avait pour effet d'augmenter la vigueur des tons de la détrempe, toujours un peu ternes, et aussi de préserver l'œuvre contre les dégradations du temps.

Exceptionnellement, quelques artistes italiens — et notamment Giotto — essayèrent quelquefois de mélanger l'huile à leurs couleurs; mais il faut croire que les résultats qu'ils obtinrent furent loin d'être satisfaisants, puisque leurs continuateurs les plus célèbres —

ES VAN EYCK

SaccîS^^r^.ngelico, Lippi et même Crevelli, mort ;n 1495 — s'en tinrent exclusivement à la de'trempe.

Vers 1410, disent les anciens historiens-, une nouvelle méthode vit le jour aux Pays-Bas. Rien de sérieux n'a pu entamer cette opinion, si catégoriquement exprii mée pour la première fois, en i55o,par Vasari : « Ce fut I une très belle invention et un grand perfectionnement i dans Fart de la peinture que de trouver la manière de I :olorer à Phuile; le premier inventeur fut, en Flandre, Jean de Bruges ^ «

Jean était justement mécontent de Tancien mode de peinture. Il était surtout tourmenté par les mécomptes que lui faisait éprouver le séchage si lent de ses panneaux. Possédant certaines notions de chimie, il se mit à chercher le moyen de composer un vernis siccatif qui accélérât le séchage sans qu'on eût besoin de recourir au soleil. Ce vernis, il le trouva en mélangeant des huiles de lin et de noix avec d'autres ingrédients.

Poursuivant des recherches couronnées ainsi d'un premier succès, il constata que le mélange de ses couleurs se faisait beaucoup mieux à Thuile qu'à l'eau ; qu'il obtenait avec l'huile une peinture bien plus corsée, d'un coloris plus ferme, plus brillant, plus vigoureux. Cette nouvelle et importante observation faite, il reconnut que, grâce à son procédé, la coloration de l'ancien vernis visqueux devenait inutile, et que sa peinture à l'huile ne réclamait plus, pour sa conservation, qu'un vernis purifié, mince, transparent et incolore.

I . Vasari : le Vite de' piii eccellenti pittori, sciiltori e architetti. Florence, i55o, ch. xxi.

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