‹ La peinture flamandeChapitre 13 sur 150 · NO (T · texte numérisé non relu

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Par cette succession de perfectionnements et d^heureuses applications, — fruits probables de plusieurs années d^études et de recherches, — les anciens procédés étaient bouleversés, la découverte était faite et les grands peintres pouvaient naître. Cette révolution artistique, qui n^allait pas tarder à exercer sur le développement de Part dans PEurope entière une incalculable influence, sert de glorieux prologue à l'histoire de la peinture flamande au xv^ siècle. Et comme s'il fallait que tout dans ses débuts fût éblouissant, la première œuvre datée, à laquelle la méthode nouvelle donne naissance, n'est autre que l'immortel retable de V Agneau mystique (fig. 5 et 6).

L'ouvrage fut originairement commandé par Josse Vydt, seigneur de Pamele, à Hubert Van Eyck, l'aîné des deux frères. Celui-ci, en choisissant pour sujet de son tableau le cantique de l'Agneau rédempteur, de l'Apocalypse de saint Jean, non seulement se servit d'une donnée des plus familières aux artistes du moyen âge, mais encore ne sortit guère de la formule adoptée pQur sa figuration, aussi bien par les miniaturistes et les graveurs que par les sculpteurs et les tapissiers. C'est ainsi qu'il est aisé de retrouver dans les célèbres tapisseries de la cathédrale d'Angers, exécutées d'après les cartons de Jehan de Bruges, peintre de Charles V, le plan, la disposition des groupes et le caractère des figures du retable de Gand.

Mais, pour la première fois, le magnifique poème religieux nous apparaît débarrassé de la raideur naïve des siècles précédents, rajeuni par l'imagination vive et pittoresque d'Hubert, encadré dans un de ces décors d'ar-

LES VAN EYCK

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chitecture dont il semble, plus que tout autre, avoir eu l(î secret, et avec la perspective, Pexpression, le groupement et tout Tappareil de la peinture moderne.

Le plan de Pouvrage tracé, Hubert s'occupait sans doute à en ébaucher Tensemble, lorsque la mort le f]*appa, en 1426. Séduit par l'imposant spectacle que présentait la vaste et multiple composition ainsi esquissée, le donateur pressa Jean d'achever l'ouvrage, et celui-ci, reprit l'énorme ébauche. Contrairement à l'opinion générale, nous croyons que l'œuvre entière a été peinte par lui. Elle ne fut achevée que six ans plus tard.

Quelques auteurs se sont basés sur la collaboration —toute fortuite — des deux frères dans le retable de Gand, pour l'ériger en loi et prétendre que les Van Eyck 'ont peint ensemble un certain nombre d'ouvrages. Rien ne résiste moins à l'examen de la question, à l'étude de la biographie et de l'œuvre des deux artistes.

L'Agneau jnystiqiie, en comptant les deux faces, ne comporte pas moins de vingt panneaux et renferme plus de trois cents personnages ^ L'œuvre nous est parvenue presque intacte, seulement fractionnée et éparpillée à la suite de circonstances funestes et honteuses. L'église Saint-Bavon, à Gand, pour laquelle elle fut peinte, n'en possède plus que les quatre panneaux du centre ; les six grands volets sont au musée de Berlin depuis 18 16, les deux petits au musée de Bruxelles depuis 1860'^ C'est

1. Voy. la brillante description d'Eiig. Fromentin, dans les Maîtres d'autrefois, p. 422.

2. Voy. l'historique complet du polyptyque, par Ch. Ruelens, dans les Annotations de l'ouvrage de Growe et Cavalcaselle : les Anciens peintres flamands, t. II, p. lxii.

Pœuvre capitale de l'école flamande primitive. Depuis le jour du 6 mai 1432 où, pour la première fois, elle fut exposée publiquement, elle n'a cessé de provoquer la plus vive admiration en même temps que Tctude la plus attentive. Mais l'esprit aura beau s'y arrêter à l'infini, il ne trouvera jamais le fond de ce qu'elle exprime ou de ce qu'elle évoque. Elle reste comme l'expression artistique la plus complète, la plus profonde et la plus^ imposante de l'un des plus nobles mouvements que l'histoire de l'art ait à enregistrer : l'éclosion de l'école de Bruges.

Tel est le génie de Jean Van Eyck, sa perfection, son audace, son succès et sa renommée, qu'ils forcent la postérité à ne voir que lui, cachent les précurseurs obscurs et les pâles contemporains, font croire à une improvisation hardie, à un prodige, à une sorte de coup de baguette magique, qui, frappant tout à coup la terre des Flandres, en fit sortir d'un jet et tout armée la peinture flamande.

Hubert Van Eyck (i 366?- 1426). — Van Mander nous apprend qu'Hubert Van Eyck naquit à Maesyck vers i366^ Si le nom de l'aîné des deux frères est parvenu jusqu'à nous entouré d'une certaine auréole, il le doit vraisemblablement à l'Agneau mystique^ à V Agneau mystique seul, dont l'inscription mentionne qu'Hubert commença le travail et que Jean V acheva.

Quant aux autres documents écrits ou peints qui auraient pu nous faire connaître la vie ou le talent du

I. Het Schilderboeck, etc. (Le Livre des Peintres, etc.). Haarlem, 1604, p. 19g.

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