FIG. 20. — HANS MEMH.NG
Portrait. (Musée de Bruxelles. H. 0,34. L. 0,25.)
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châtié jusque dans ses moindres traits, et le modelé tellement serré, qu^il permet à peine de définir la facture. Il n'a aucune « ficelle» de métier, pas de parti pris, pas la moindre préoccupation de l'effet. La vérité simple, la sincérité, la bonne foi : caractère des œuvres éternelles. Poète, il a créé un type féminin, inconnu jusqu'à lui, disparu depuis. Ses vierges, auxquelles des anges en dalmatique offrent des fleurs en jouant de la harpe et du luth ; ses belles saintes, aux longues robes de brocart, à jupe traînante, ne sont pas seulement des copies réelles et mondaines de la femme brugeoise de son temps, ce sont aussi des emblèmes de grâce, de distinction, de recueillement, de virginité. Si leur tête blonde, au front bombé, ne répond plus à l'idée que nous nous faisons aujourd'hui de la beauté, voyez leur sentiment: quelle candeur céleste! quelle béatitude! quel charme indicible! Personne encore n'avait, en Flandre, vu aussi profondément, peint avec autant de cœur.
Après quatre cents années, son œuvre est toujours jeune. Plus on l'écoute, plus on s'y attache, plus on s'en pénètre. « C'est une de ces symphonies, dit Fromentin, qui semblent plus nouvelles à mesure que l'oreille les entend davantage. » C'est du grand art dans toute la force du terme^.
CommeVanderWeyden, son maître, Memling exerça une puissante influence sur les artistes de son temps. Les écoles de Bruges, de Gand, de Bruxelles, d'Anvers, celles aussi de la Hollande et du Rhin, produisirent de
I. En préparation pour paraître chez A. Quantin : Hans Mem- Ung, sa vie et son œuvre, in-4" illustré, par A.-J. Wauters.
GERARD VANDER MEIRE.
nombreux imitateurs de son style, qui se conserva pur, pendant quelques années, et qui ensuite se mélangea de Renaissance avec Gossaert, Bellegambe, Blondeel, Joest(?) et Mostert. Les enlumineurs aussi subirent souvent sa loi, adoptèrent sa manière. Plusieurs des riches manuscrits de Fépoque en fournissent la preuve, et notamment le célèbre bréviaire du cardinal Grimani, à Venise, auquel collaborèrent de nombreux miniaturistes de la fin du xv siècle.
Les plus célèbres de ses continuateurs immédiats furent : à Gand, Gérard Van der Meire; à Bruges, Gérard David; à Anvers, Joachim Patinier. Il n^est pas jusqu'à cet original de Jérôme Bosch qui, dans certaines de ses compositions religieuses, ne révèle quelques-uns des sentiments d'élégance et de béatitude du maître.
La biographie de Gérard Van der Meire (1450 ?i5i2?) reste à démêler et son œuvre à reconnaître*. |La seule chose vraiment authentique qu'il nous ait transmise est son nom, cité par Guicciardini et Van Mander. Ce dernier auteur le dit originaire de Gand. Les dates de sa naissance et de son décès sont douteuses; le triptyque du Crucifiement^ dans l'église Saint- Bavon à Gand, ne lui est attribué que par la tradition ; la paternité du délicat petit panneau le Christ en Croix (Louvre) n'est guère mieux établie; les dix ou douze tableaux qu'on croit pouvoir lui prêter à Anvers,
I. Alphonse Wauters : Sur quelques peintres de la fin du xv^ siècle. {Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1882, t. V, p. 83.)
Bruges, Madrid, Rome et ailleurs, constituent des attributions assez téméraires; enfin Popinion émise par quelques écrivains, qu'il serait Fun des auteurs du bréviaire Grimani est également fort discutable.
Et cependant Van der Meire paraît avoir joui, en son temps, d'une certaine réputation. Guicciardini le cite parmi les « continuateurs » de Van Eyck. Si le tableau de Saint-Bavon est réellement son œuvre, le peintre a dû être plutôt le contemporain de Memling. Le coloris est loin d'avoir la puissance de celui de ce maître, les attitudes des personnages sont raides ; mais le paysage est habilement traité, certaines figures ne manquent pas de caractère, et les chevaux semblent, comme chez Fauteur des Sept Joies de la Vierge, étudiés avec prédilection.
Un second Van der Meire, nommé Jean, que Ton croit natif d'Anvers, figure, en 1476, parmi les « varlets de chambre» de Charles le Téméraire. Il peignit, diton, pour ce prince, un certain nombre de tableaux aujourd'hui perdus. En même temps que ce Jean Van der Meire, le duc avait encore, parmi ses varlets, deux autres peintres : Pierre Coustain (viv. en 1450-84) et Jean Mertens (viv. en 1473-91). Du dernier, on a quatre tableaux assez médiocres, dans l'église de la petite ville de Léau (Brabant) ^
L'existence et le nom de Gérard David (vers 1460-
I. Alph. Wauters : Sur quelques peintres peu connus de la fin du TiN'^ siècle. [Bulletin de V Académie royale de Belgique, t. III, 1882, p. 685.)