Idem, t. I*"", p. cxxxii
En Espagne, Pinfluence flamande se reconnaît surtout dans les œuvres de Gallegas, de Jacques de Valence, de Pierre de Cordoue, de Pierre Nunez et de leurs contemporains anonymes ^ En Portugal, elle est plus frappante encore, ainsi que l'a si bien démontré l'exposition de TArt ancien à Lisbonne, en 1882. « Si Ton s'efforce, dit M. Ch. Yriarte, de voir le plus grand nombre possible de toiles et de panneaux de provenance purement portugaise, on constatera partout l'influence flamande, et si l'on en cherche les preuves dans l'histoire, on les trouvera sans effort. Roger Van der Weyden, Thierri Bouts, Memling, Quentin Metsys, le bizarre Jérôme Bosch, Michel Coxie sont les noms qui reviennent le plus souvent à l'esprit, en face de tableaux incontestablement peints par des Portugais 2. »
France. — Bien plus encore que l'Espagne et le Portugal, la France, proche voisine de la Flandre et de la Bourgogne, devait subir l'influence puissante de l'art flamand. Nous avons déjà dit le rôle important que Jehan de Bruges et André Beauneveu paraissent avoir joué à la cour du roi de France Charles V. Comme peintres et comme enlumineurs, ils ne furent pas étrangers, sans doute, à la naissance de l'école d'où sortit Jean Foucquet (vers 141 5 — vers 1485), portraitiste et enliimineur des rois Charles VII et Louis XL
Dans le midi, ce fut le roi René, duc d'Anjou et comte de Provence, qui fut le principal propagateur de
I. Crowe et Cavalcaselle : Les anciens peintres flamands, t. IIj^ p. io5. ••
1. L'Exposition rétrospective de Lisbonne. {Galette des Beau: Arts, 1882, t. I", p. 458.)
INFLUENCE DE L'ÉCOLE DE BRUGES. 113
manière et des procédés flamands. On connaît les joûts artistiques de ce prince éclairé, plus peintre et poète que roi. La captivité de six ans que lui fit endurer Philippe le Bon et son internement à Lille pendant les années 1436 et 1437 le mirent probablement en rapport avec les artistes de la cour de Bourgogne : il put ainsi étudier les ouvrages de Pécole de Van Eyck. Aussi lorsque vers 1473, oubliant la politique pour se consacrer entièrement aux arts et aux lettres, il établit sa résidence à Aix, fit-il venir en Provence, à diverses reprises, des artistes flamands, qui exercèrent une action décisive sur la peinture du midi de la France. Le célèbre triptyque du Buisson ardent de réglise Saint-Sauveur à Aix, peint en 1475-76 par Nicolas Froment % ainsi que les tableaux du même artiste que possèdent les musées de Florence et de Naples, sont, à cet égard, une preuve indiscutable.
Italie.— René d'Anjou fut aussi roi de Naples. A ce titre, il ne doit pas avoir été étranger à Tintroduction du style de Van Eyck dans le sud de Tltalie. C'est ce que révèlent bon nombre de tableaux de Fécole napolitaine primitive. Solario (i45o) et surtout Simone Papa (1430? — 1488?) nous ont laissé des peintures qui ont plus d'analogie avec celles de Bruges ou de Bruxelles qu'avec celles de Rome ou de Florence. Le Saint Michel au milieu d'un paysage flamand, peint
I. Trabaud : Le tableau du roi René à Aix {Ga:çette des Beaux-Arts, avril 1877, p. 355). — Paul Mantz : Les portraits historiques au Trocadéro (Galette des Beaux-Arts, 1878, t. XVIII. .p. 861).
par Papa (musée de Naples), passerait facilement pour l'œuvre d'un élève de Van der Weyden ou de Memling.
Mais le plus célèbre trait d'union qui rattache la grande école du midi à la grande école du nord est Antonello de Messine. On sait que le grand artiste visita les Pays-Bas. Il y vint demander comment on devait s'y prendre pour bien peindre, avec éclat, avec consistance, avec aisance et avec durée. Il y fut, non pas au temps de Jean Van Eyck, comme on l'a toujours écrit d'après Vasari, mais vraisemblablement à l'époque de Memling*. Antonello fut le premier peintre italien qui employa les procédés dû Nord. Ses portraits s'inspirent tellement du style réaliste flamand qu'on a pu lui attribuer, sans protestation, des ouvrages peints à Bruges: un portrait d'homme, que chacun lui prête au Musée d'Anvers, est une œuvre de Memling. Sa ' plus ancienne peinture à l'huile date de 1470. Les principaux maîtres qu'il initia à son secret furent les Bellini à Venise, Domenico à Florence et Jean Borghèse à Naples.
Puis, au xvr siècle, ce fut le tour de la Flandre de passer en Italie, et nous allons voir ses artistes, à quelques rares exceptions près, aller demander des leçons aux ateliers de Florence, de Rome et de Venise.
I. Alphonse Wauters : La vie d'Antonio de Messine, dit ordinairement Antonello de Messine, et son influence sur l'école italienne (Bulletin de r Académie royale de Belgique, i883; t. V, p. 53 1). J