CHAPITRE VIII
ANVERS AU XVI^ SIECLE
>eux faits généraux, d\ine importance capitale, dominent la troisième période de Phistoire de la peinture flamande et annoncent en même temps la quatrième : rémigration des artistes vers Tltalie, et Tépanouissement de la fortune d'Anvers.
La Renaissance italienne florissait et grandissait depuis un siècle ; sa littérature, ses idées, ses chefs-d'œuvre s'imposaient à l'Europe tardive, et leurs enchantements appelaient sur les bords de l'Arno et du Tibre les curieux et les enthousiastes de tous les pays. Les Flamands accoururent en foule et se précipitèrent dans l'eau troublante des deux fleuves sacrés. Le génie national faillit s'y noyer.
« Rien n'est bizarre, dit Fromentin, comme ce mélange, à hautes et petites doses, de culture italienne et de germanisme persistant, de langue étrangère et d'ac-
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cent local indélébile, qui caractérise cette école de métis italo-flamands. Les voyages ont beau faire; quelque chose est changé, le fond subsiste. Le style est nouveau, le mouvement s^empare des mises en scène, un soupçon de clair-obscur commence à fondre sur les palettes, les nudités apparaissent dans un art jusqu^alors fort vêtu et tout costumé d'après les modes locales ; la taille des personnages grandit, les groupes s'épaississent les tableaux s'encombrent, la fantaisie se mêle aux mythes, un pittoresque effréné se combine avec l'histoire...^ » L'influence italienne métamorphosa l'école entière, bouleversa Bruges, Gand, Malines, Liège, Bruxelles, Anvers... Anvers surtout, dont Quentin Metsys venait d'illustrer la gilde de Saint-Luc, et qui s'apprêtait à ramasser le sceptre de la peinture, que la main épuisée de Bruges avait laissé tomber.
Les premières années du nouveau siècle voient s'accentuer la décadence de l'ancienne capitale de Philippe le Bon et la prospérité commerciale de la cité rivale.
Les discordes civiles et l'ensablement du Zwyn avaient chassé de Bruges les commerçants et les navigateurs, que la découverte de l'Amérique et diverses circonstances subséquentes avaient conduits à Anvers. Dès i5o3, les Portugais, puis les Espagnols, y avaient envoyé les produits de leurs nouvelles colonies ; les Anglais les suivirent; si bien qu'en i5i6 on y comptait déjà plus de mille maisons étrangères.
Anvers devient alors la ville de l'Europe centrale commune à toutes les nations. L'Escaut se couvre de