I. Les Maîtres d'autre/ois, Paris^ 1876, p
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lottes innombrables ; il y a souvent sur le fleuve jusqu'à deux mille cinq cents vaisseaux chargés de marchandises de tous pays; le mouvement de Tentrée et de la ortie du port s'élève presque chaque jour à cinq cents bâtiments, et Ton voit, par moments, les navires attendre jeux et trois semaines à Pancre, avant de pouvoir abor- 1er les quais de débarquement*. Par terre, le trafic n'est pas moindre : plus de deux mille chariots arrivent chaque semaine d'Allemagne, de France et de Lorraine. Aussi lorsque Marino Cavalli, ambassadeur de la rande république des lagunes, débarque en 1 5 5 1 sur les jords de l'Escaut et voit tant d'activité, de richesses et de prospérité, il ne peut s'empêcher de s'écrier avec amertume: « Venise est dépassée!^. »
A l'honneur des magistrats communaux, il faut dire Qu'ils ne négligent aucune mesure propre à favoriser et !i accroître davantage une prospérité déjà si grande. Ils 'font respecter les franchises de la ville, étendent les privilèges accordés aux étrangers et garantissent la sécurité publique. On construit l'hôtel de ville, on élève une admirable bourse, qui est bientôt fréquentée par plus de cinq mille négociants en correspondance avec toutes les parties du monde. Il s'y traite des affaires colossales, et tous les emprunts du gouvernement, des provinces, et même de la plupart des souverains étrangers, s'y négocient.
Vers le milieu du siècle, la ville compte cent vingt
1. Alex. Henné : Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique. Bruxelles, 1859, t. V, p. 265.
2. Alberi : Le Relaiioni degli ambasciatori Veneti al Senato, I" série, t. II, p. 202.
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mille habitants, a II n^ a qu^un mot, dit Guicciardini en 1567, pour définir le nombre des métiers qu'on y exerce, c'est le mot tous. » Des industries nouvelles sont venues s'y établir. Piccol Passo, d'Urbin, y a installé une fabrique de majoliques italiennes; Jean de Lame, de Crémone, des fabriques de verre à la façon de Murano^; le célèbre verrier Arnould Van Ort, de Nimègue, ses ateliers de vitraux peints; Plantin, de Tours, son imprimerie, dont les locaux, conservés dans leur état et leur ameublement primitifs, constituent de nos jours une des curiosités les plus attrayantes de la ville ^. Le goût de la poésie et des exercices dramatiques se développe en même temps et d'une manière non moins surprenante. Les chambres de rhétorique déploient une magnificence inouïe; presque chaque rue a son théâtre particulier; une bibliothèque publique est ouverte à l'hôtel de ville; Ortelius publie ses atlas; trente imprimeries sont en activité; enfin, rara avis pour l'époque, Anvers possède son organe de publicité, le plus ancien journal publié en Belgique et peutêtre en Europe: la Courante., ayant pour épigraphe « Ten tydt ^al leerem (Le temps nous instruira)^. Il est évident que si, dans la deuxième moitié du siècle, l'effrayant despotisme de Philippe II n'était venu arrêter l'essor et étouffer dans le sang la libre expression
1. Pinchart : Les fabriques de verre de Venise, d'Anvers et de Bruxelles au xvi* et au xvii^ siècle. {Bulletin des commissions royales d^art et d"* archéologie, 1882, p. 367.)
2. Max Rooses : Christophe Plantin (en cours de publication), Anvers, i883.
3. A. Warzée : Essai historique et critique sur les journaux belges, Gand, 1846, p. 5.
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de la pensée, tous les éléments étaient réunis à Anvers pour Pépanouissement d'une magnifique et complète Renaissance.
Sur un pareil terrain, dans un tel milieu, sous un aussi lumineux coup de soleil, la peinture, cette littérature des Flamands, sollicitée par tous les besoins nationaux, pouvait-elle ne pas prendre la parole, affirmer sa vitalité et pousser à son tour son chant de triomphe? Pendant tout le xvi<» siècle, c'est une efflorescence curieuse et touffue qui, au xvn% se terminera par une floraison magnifique. En i56o, Anvers compte trois cent soixante peintres et sculpteurs. La sève artistique du pays entier y afflue, y va puiser des forces ou des inspirations. Non seulement les Floris, les De Vos, les Van Clève, les Momper, les Bril, les Van Noort y voient le our, mais Lambert Lombard y vient faire son apprentissage; Pierre Brueghel, Jean Mostert, Hubert Goltzius, juillaume Key, Otho Voenius y accourent des provinces du nord et s'y établissent; Patinier, Gossaert, Antoine Mor, François Pourbus viennent y achever eur carrière et mourir; Durer, Holbein, Lucas de ^eyde, Érasme la visitent, sont ses hôtes choyés et fêtés. Ces peintres de la troisième période constituent les chaînons qui relient le génie de Metsys à celui de Rubens. « Il en est de très secondaires et que l'histoire locale elle-même pourrait oublier, si tous ne se suivaient pas, de père en fils, et si la généalogie n'était pas, en pareil cas, le seul moyen d'estimer l'utilité de ceux qui cherchent et de comprendre la subite grandeur de ceux qui trouvent. »