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LES DERNIERS GOTHIQUES

Lorsque le xvi« siècle s'ouvre, la race des grands peintres flamands semble vouloir s'éteindre. La première floraison est sur le point de finir; les Pays-Bas se reposent. Après la mort de Van der Meire (i5i2?), de Jérôme Rosch (i5i8), de Gérard David (i523), de Patinier (1524) et de Metsys (i53o), il y a comme un temps d'arrêt, une sorte d'hésitation, avant d'abandonner l'ancien style, pour s'enrôler sous la bannière de la Renaissance. Puis, subitement, c'est une émigration en masse vers l'Italie. Le premier qui part est, en i5o8, Jean Gossaert^

Jean Gossaert fut longtemps désigné sous le nom de Mabiise, altération de Maubeuge, ville de l'ancien Hainaut, où il naquit vers 1470^. La plus grande

1. Œuvres principales : Angleterre ; L'Adoration des Mages (Coll. du comte de Carlisle). — Prague : Saint Luc peignant la Vierge (Musée). — Bruxelles : Jésus che:{ Simon (Musée). — Milan : La Vierge et l'Enfant (Biblioth. Ambrosienne). — Londres : Les enfants de Chrétien II (Hampton-Court).

2. Il faut écrire Gossaert et non Gossart. Son Adoration des. mages et son Saint Luc sont signés en toutes lettres « Gossaert ».

JEAN GOSSAERT.

obscurité entoure encore sa jeunesse et son éducation artistique. Fut-il élève de Memling, à Bruges, ou de Metsys,

FIG. 25. JEAN GOSSAERT.

Saint Luc peignant la Vierge. (Musée de Prague. H. 2,40. L. 2,10.)

à Anvers ?. .. Les annotateurs des Liggeren croient trouver

D'autres tableaux portent l'inscription : Johanties Mabodhis (Jean de Mabuse).

la plus ancienne trace de son existence dans une inscription de i5o3, où il figure sous le nom de Jennyn Van Henegoiiwe (Jean de Hainaut^).

Ce qui est certain, c'est qu'en i5o8 il partit pour ritalie, à la suite de Philippe de Bourgogne, nommé ambassadeur de Tempereur Maximi- r r /^

lien près du pape Jules II. Gossaert y /vV^

séjourna une dizaine d'années. Sans nul /

doute, il fut vivement impressionné par C/ les chefs-d'œuvre de Rome et de Florence, et son talent, jusqu'alors bien flamand, subit profondément etpour toujours l'influence italienne. De retour dans sa patrie, lé peintre était transformé. VAdoration des Mages, de la collection du comte Garlisle^, le Saint Luc, de la galerie de Prague (fig. 2 5) et Jésus che:{ Simon, du musée de Bruxelles, donnent une idée nette et complète de sa nouvelle manière. Leur auteur tient à la Renaissance par ses magnifiques fonds d'architecture, d'une conception si riche, représentant des chapelles qui sont déjà des palais ; mais il demeure encore gothique par son esprit, son faire et son coloris, ses types nationaux, le sentiment intime de ses personnages, le jet de leurs draperies et la minutie des accessoires.

Gossaert suivit en Hollande son protecteur, que le pape venait d'appeler au siège épiscopal d'Utrecht, et exécuta pour lui de nombreux travaux. Puis, à la mort de Philippe, en i524, il entra au service d'un des pa-

1. Roinbouts et Van Lérius : Les Liggeren de la gilde anversoise de Saint-Luc, t. P*", p. 58.

2. W. Burger : Trésors d'Art en Angleterre, Bruxelles, i86o, p. i63.

JEAN GOSSAERT,

ents de celui-ci, Adolphe de Bourgogne, seigneur de ère, qu'il accompagna à Middelbourg, en Zélande 528). C'est là qu'il forma deux artistes qui, à son exemple, visitèrent l'Italie et exercèrent sur l'e'cole des ays-Bas une puissante influence : Jean Schoorel, le aître de Martin Hemkserke, le Michel-Ange hollandais^ et Lambert Lombard, le maître de Frans Floris le Michel-Ange flamand. Gossaert mourut à Anvers en 1 532, suivant lecatalogue d'Anvers; en 1 541, suivant M. Van Even*.

De Maubeuge, où il était né, à Douai dans l'Artois, il n'y a que quelques lieues. Nous y trouvons un jpeintre qui fut son émule dans un style identique. Guicciardini a rangé Jean Bellegambe de Douai (?... — ap. i53o) parmi les illustrations des Pays-Bas-, et A-lph. Wauters^, en restituant à l'artiste, d'après un manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles, le reta- )le d'Anchin, a donné raison à l'historien florentin. I On connaît peu de chose de la vie et de l'œuvre du fceintre. On a toutefois la preuve que, pendant vingt ans, il fut chargé des travaux artistiques de sa ville natale*. Le polyptyque exécuté vers i520 pour le monastère d'Anchin, et représentant V Adoration de la sainte Trinité^ ^ est son chef-d'œuvre (fig. 26). Il a été reconstitué pièce par pièce par M. le docteur Escallier, qui l'a légué à l'église Notre-Dame de Douai. Gran-

1. Van Even : L'ancienne école de peinture de Louvain, p. 421.

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