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LES CORPORATIONS DE SAINT-LUC

ecorent de figures religieuses ou laïques leurs grands nus; tous ceux, en un mot, qui se servent de la rosse ou du pinceau, se réunissent, soit entre eux, soit en compagnie des imagiers, des orfèvres ou des batteurs 'or ; s'organisent en associations réglementées sous Pinocation de la Vierge, de saint Jean ou plus généraleent de saint Luc.

L'année même où Van Artevelde signait avec le roi Angleterre le traité qui assurait la neutralité et la lierté commerciale du comté de Flandre — événement émorable, qui marque le point culminant de la puissance des communes flamandes — vit se constituer, à and, la première corporation de peintres et de sculpèurs, sous le patronage de saint Luc (i 337-38).

Puis vinrent successivement les corporations de Tour-

ai en 1341, de Bruges en i35i, de Louvain avant i36o,

'Anvers vers 1 382. On manque de données précises sur

date d'organisation de la gilde d'Ypres, cité populeuse

it active où l'art dut prendre de bonne heure son essor.

éjà en i323 et 1342 on trouve dans les registres la

mention de « pourtraittiu^es et d^ymaiges » ; exécutées

our les comtes ou pour la commune par les peintres

ANYN SOYER, JeHAN DE LE ZaIDE Ct LoY LE HiNXT ^.

Les enlumineurs de Bruges et de Gand, les tapissiers d'Arras, de Tournai, deValenciennes, de Bruxelles se groupèrent à leur tour et bientôt la Flandre, l'Artois, le Hainaut et le Brabant se peuplèrent de ces corporations demi-industrielles et demi-artistiques, ap-

I. Vanden Peereboom : Ypriana, t. II, p. 269. — Van den Putte : De quelques œuvres de peinture conservées à Ypres. {Annales de la West-Flandre, t. II, p. 180.)

pelées à jouer un rôle si important pendant plusieurs siècles. Fait digne de remarque, cet esprit d'association artistique grandissait à la même époque en Italie et en Allemagne: des gildes de peintres se formaient à Prague en 1348, à Florence en 1849, à Sienne en i355.

Dotées de privilèges par les communes, les gildes flamandes devinrent rapidement des foyers d'activité, parfois égoïstes et tracassiers, mais toujours remuants et militants. Tout n'est pas sans tache dans leur organisation, qui oppose souvent une barrière à la précocité et au génie; mais les expériences s'y font à la lumière de la discussion, les difficiles traditions des métiers s'y transmettent, et peu à peu le goût s'y développant prépare sans secousse l'artisan à, devenir artiste.

C'est au sein actif de ces gildes de peintres, d'enlumineurs et de tapissiers que naquit en Flandre, vers le commencement du xiv siècle, la peinture de tableaux. En Italie, Giotto (i 276-1337) et ses élèves venaient de la mettre en vogue, et en Bohême elle apparaissait avec Théodoric de Prague, Wurmser de Strasbourg et Thomas de Mutina (1348 à 1397).

De même que son aînée la peinture murale, la peinture de tableaux est, dès ses débuts aux Pays-Bas, essentiellement flamande. Elle naît au sein des éléments nationaux et se forme loin de toute influence extérieure, lentement, progressivement, reflet national des mœurs locales, expression naïve de l'esprit religieux de l'époque. Sa raison d'être, en Flandre comme ailleurs, est l'ornementation pieuse des oratoires et des autels.

La plus lointaine mention de son existence que nous

JEAN VAN WOLUWE. 23

révèlent les documents des archives date de i353. C'est :elle d'un « tableau » représentant le Martyre de saint Liévin que Jean Van der Most exécuta pour Pabbaye de Saint-Bavon près Gand * ; en iS/o, Hugues Portier peint un Saint Amand abattant l'autel de Mercure pour le même couvent. A la même époque, l'artiste brabançon le plus renommé était Jean Van Woluwe, peintre et enlumineur de la cour ducale. On a la preuve que, de iS/S à i386, il exécuta pour Jeanne et Wenceslas des peintures nombreuses et variées — miniatures, décorations et tableaux — et, entre autres, un « diptyque» pour l'oratoire de la duchesse, à Bruxelles^. Aucune œuvre de ces maîtres anciens ne nous est parvenue. Le seul spécimen daté qui nous ait été conservé de cette époque reculée se trouve au musée d'Anvers. C'est un Calvaire peint sur fond d'or, en i363. Le Christ en croix forme le centre de la composition; à sa droite est la Vierge, à sa gauche saint Jean qui patronne le do- Ijkateur agenouillé. L'auteur n'en est pas connu, pas plus ^ue celui de cet autre Calvaire, actuellement à l'église Saint-Sauveur de Bruges, qui doit dater d'une époque in peu postérieure et fut exécuté pour la corporation les tanneurs. L'un et l'autre de ces tableaux ne donnent ort probablement qu'une idée incomplète des progrès de a peinture vers 1360-70; tels qu'ils sont, cependant, ils attestent l'existence dMn art encore bien barbare assuément, mais auquel il va suffire de quelques circons-

1. Ed. de Busscher : Recherches sur les peintres gantois. Gand, 1859, p. 166.

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