JORDAENS ET LES PEINTRES D HISTOIRE
Le peintre-diplomate Balthazar Gerbier était bien dans le vrai lorsque, le 2 juin 1640, il écrivait de Bruxelles à Londres : « M. Pierre Rubens est mort il y a trois jours, de sorte que Jordaens devient ici le premier peintre.^ )> Le fougueux coloriste était, à cette date, à Tapogée de son talent; il avait déjà produit le grand Saint Martin du musée de Bruxelles (i63o) et avait à exécuter encore V Apothéose du prince d'Orange (1652). Il était âgé de quarante-sept ans.
Jacques Jordaens naquit à Anvers en iSpS. Il n^avait que quatorze ans lorsquMl manifesta son désir de devenir peintre et quand son père l'envoya >i^^
à Tatelier dAdam Van Noort. Il y resta 'T^C^Q» huit ans, retenu, moins par la nécessité ^ vw/x-
de continuer son éducation artisti- J / O R ^^^ ^^'^^ Tœil même du maître, que
par le désir de voir chaque jour la fille de celui-ci, la belle Catherine, dont il était vive-
I. F.-J. Van den Branden : Geschiedenis der Antwerpsche Schilderschool. Anvers, 1878-83, p. 814. (Le chapitre consacré à Jordaens est traduit dans l'Art, 1882 et i883.)
ment épris. Elle devint sa femme en 1616, et aussi son modèle de prédilection : dans Tœuvre de son mari Catherine Van Noort tient la place qu'Hélène Fourment occupe dans Pœuvre de Rubens. On connaît plusieurs de ses portraits; le meilleur est chez le comte de Darnley, où il est désigné sous le nom de la Fille an pet^roqiiet. « Ah ! la belle fille ! s'écrie W. Bûrger, qui vit cette peinture à Texposition de Manchester"; c^est le triomphe de Técole flamande dans toute sa générosité... Sa chevelure est comme une gerbe de froment mûr, ses joues ont le vermillon et la fermeté de la pomme. Les vraies Flamandes, quand elles sont belles, ont toujours quelque chose du fruit défendu. » Jordaens dans ses Scènes de fatnille^ ses Concerts, ses Festins, n^a cessé de reproduire les traits de cette plantureuse jeune femme qui rit au soleil, le verre à la main, avec un enfant joufflu sur les genoux. Les historiens ont souvent répété que Jordaens avait été élève de Rubens. C^est une opinion que rien ne confirme, que certains faits tendent même à démentir. Il n^a jamais, non plus, été son collaborateur, comme on Ta dit aussi. Seulement, de même que tous le* contemporains, il a vivement subi Finfluence de son génie, sans avoir été toutefois, ainsi que tant d'autres, son imitateur. Il ne fit pas le voyage d'Italie. L'annéei de son mariage, il fut reçu à Saint-Luc et, chose cu-^ rieuse, inscrit comme peintre à la détrempe [waterschilder). En effet, il commença par des peintures à la colh et des cartons pour tapissiers. C'était, pour le fougueuxj