‹ La peinture flamandeChapitre 94 sur 150 · V. Bûrger : Les musées de Hollande, t. II, p. SSg · texte numérisé non relu

V. Bûrger : Les musées de Hollande, t. II, p. SSg

de la glorieuse vieillesse du Titien. C'étaient tout de même de rudes hommes aussi, ces artistes flamands du XVII® siècle 1

De Grayer fut Pami de Rubens et de Van Dyck. Celui-ci grava son portrait; celui-là lui légua un tableau dans son testament. Ces deux faits constatés ont sans doute sauvé la mémoire de de Crayer des inutiles calomnies d^Houbracken et de Campo Weyerman. A en croire ces anciens biographes hollandais et ceux qui se sont amusés à répéter leurs sottes histoires, presque tous les contemporains plus obscurs de Rubens, Pepyn, Janssens, Rombouts et d'autres, n^ont été que des intrigants qu^une basse envie précipita dans Pivrognerie et la misère. Les révélations des archives anversoises ont réfuté, en grande partie, ces cancans historiques. Nous ne les répéterons pas : trop d'autres, avant nous, leur ont accordé une créance que rien ne justifie.

Abraham Janssens {i5y5-i632], éjève de Jean Snellinck, fut un peintre de talent. L'élévation de ses idées et la hardiesse de ses attitudes le rapprochent de Rubens, dont, par contre, il s'éloigne par l'épaisseur de sa couleur, la dureté de ses contours et la lourdeur de sa touche. Les églises de Belgique conservent de lui d'importantes scènes religieuses; les musées de Bruxelles, de Vienne et d'Anvers renferment des tableaux allégoriques qui comptent parmi ses meilleures productions. Talent original et robuste, il forma deux élèves qui le continuèrent : Gérard Zegers et Th. Rombouts. L'un et l'autre apprirent de lui le secret des manières vigou-

GERARD ZEGERS. 1^7

uses, des ombres accentue'es et des grands effets de ntraste, que Tadmiratioii pour Michel-Ange de Caravage allait, pour un moment, mettre fort à la mode, rfdême à Anvers.

B GÉRARD Zegers (i59i-i65i), Paîné des deux, visita l'Italie et TEspagne et rentra à Anvers en 1620. Rul^ens était alors dans toute sa gloire et Ton comprend

IÙsément Tinfluence que dut exercer la suprême et lumineuse transparence de son coloris sur la manière du ieune peintre, fortement imbue des tonalités plus ombres et plus dures du Caravage et de Técole espa- ;nole.

j ■ Si les tableaux de Zegers étaient datés, on pourrait uivre, d'année en année, les transformations succestives que subit alors son talent plein de souplesse. Il onserva de son éducation italienne la manière de déta- Iher habilement ses figures et d'en faire saillir le puissant relief; il apprit de Rubens à rechercher Pimpétuosité du mouvement et l'animation des physionomies. Dans la Flagellation (église Saint-Michel), V Adoration de saint François (Louvre) et le Saint Louis de Gon:^agiie (musée d'Anvers), on peut observer son hésitation à choisir entre les deux leçons; dans V Adoration des Mages (église Notre-Dame, à Bruges), dans le Mariage de la Vierge (musée d'Anvers) et dans le Saint Eloi (musée de Valenciennes), Rubens triomphe enfin. Voilà sa fastueuse ordonnance, sa grande allure décorative, ses tonalités claires et transparentes. Zegers appartient désormais à la grande famille du maître. Il en est une des personnalités les plus pittoresques et les plus vivantes.

De même que son condisciple, Théodore Rombouts (i 597-1637) a droit à une place parmi les artistes contemporains et indépendants de Rubens. Elle lui est '-pj assurée par Tardente conviction qui est sa note rV. personnelle, par la vigueur de sa brosse et la rudesse de son coloris. Lui aussi, il fut impressionné par le Caravage et son pseudo-réalisme. Il peignit Thistoire, même Tallégorie et le genre, dans des sujets de grandeur naturelle, imités du maître italien et représentant des sociétés de chanteurs, de joueurs de cartes (fig. 66), de charlatans : scènes moins connues que ses autres tableaux, car elles sont conservées surtout dans les collections lointaines du Prado et de TErmitage. Dans la peinture de sujets reli ;ieux, son œuvre la plus complète est une Descente de Cî^oix (église Saint-Bavon, à Gand), belle et dramatique composition.

Vers cette même époque florissait à Bruxelles un artiste dont la plupart des historiens semblent avoir ignoré l'existence et auquel il importe de rendre (Jv ici la place qu'il mérite. Nous voulons parler /v5 d'ANTOiNE Sallaerts (vers i585-ap. 1647)*, qui fut peintre de talent, honoré de l'amitié de Rubens et même son collaborateur, s'il faut en croire Kramm^.

Les faits relatifs au commencement et à la fin de sa vie sont complètement ignorés. On sait seulement qu'il fut inscrit, en 1606, comme apprenti, dans le livre de la

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