Corresp. des direct., V, p
LA PFINTIRE KT I.A (ÎIKHRE
gagner plus largement sa vie; mais Villacerf le décourage : "< J'ai assez damilié pour le s' Lepaultre, écrit-il à La Teulière, pour luy conseiller mov-mcsmc de venir à Paris s'il }' avoit du travail pour
JEAN II RHSTOUT. — PORTRAIT DK L ABBE TOLRNIS.
l'occuper et s'il pouvoit y gagner sa vie. Mais on n'y fait rien présentement et tous les sculpteurs y sont inutiles' ».
Les peintres d'ailleurs trouvent à la Cour d'autres protecteurs que le roi. Deux partis sont assez puissants pour exercer une
I. Corresp. des direct., t. I, p. 124. Lettre du 20 mars i6(j5.
LES PHINTRRS KT LK Dr<: DP: BOURGOr.NK 23
influence sur eux : l'un est groupé autour du duc de Chartres, futur duc d'Orléans et Régent ; l'autre autour du duc de Bourgogne, fils du grand dauphin, petit-fils de Louis XIV. Mais les familiers du duc de Bourgogne n'ont pas le temps d'imposer leur goût : ils préféraient certainement Poussin à Rubens. Fénelon, le précepteur et le confident du prince, porte au Maître des Andelys une admiration exclusive : il lui consacre deux des trois Dialogues qu'il compose sur l'art, et il n'admet pas, même cà ses côtés, les peintres de la Renaissance italienne ; dans le Jugement de dilférents tableaux, il proclame la supériorité du Poussin sur un coloriste comme Titien.
Dès sa disgrâce, au contraire, le duc d'Orléans attaque vivement l'art favori de Louis XIV. Pour dépenser son activité, il se jette dans la peinture, comme dit Saint-Simon. 11 demande des leçons à Ant. Coypel ; Jacques Arlaud, Klingstaedt lui enseignent la miniature ; la Rosalba lui montre le pastel pendant son séjour à Paris*. L'étiquette, la sévérité pharisienne de la Cour lui pèsent : il lui faut un art plus indulgent, plus léger, plus sensuel que celui du roi. Les artistes le suivent volontiers, car ils sentent vivement, eux aussi, le besoin de s'émanciper. D'ailleurs, ils trouvent au Palais Royal une protection attentive qui les séduit. Le duc les traite en égaux; souvent il vient surprendre Girardon dans son atelier-, monte sur l'échafaud de la coupole des Invalides pour voir La Fosse peindre
1. Il n'existe plus aucun tableau du duc d'Orléans. Avant la Révolution, le château de la Muette possédait les Quatre Saisons de sa main. Il peignit la duchesse de Berry, sa fille, avant son mariage et, selon Mme deCaylus, « sans beaucoup de draperies, ce qui fut trop envenimé ». Il orna aussi un petit Cabinet, au Palais-Roval, de scènes tirées de \ Histoire de Médée. « Lorsqu'il n'avait rien à faire, écrit la Palatine, mon fils a fait orner un petit Cabinet de Madame d'Orléans avec des sujets d'un petit roman pastoral, qu'on appelle Daphnis et Chloé >>. Ces peintures périrent sans doute lors de la destruction du château. Elles paraissent dans les Inventaires dressés en 1723, 1/52, ijSS. En 1723, elles sont estimées 3,920"*^ (163 ■*^ les plus petites et 800"^ les plus grandes). En 1785, elles sont estimées i 3o "*^ en bloc. Il nous en reste les gravures par B. Audran publiées en 1718, avec la traduction parAmyot du roman de Longus, sous ce titre : Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, avec les figures peintes par le duc d'Orléans Régent, gravées par B. Audran, in-12. Il existe un très bel exemplaire de cet ouvrage au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, sous la cote Ta 41. Desportes collabora avec le Régent pour Daphnis et Chloé : il peignit les animaux des compositions {Méin. Ined.,i. II, p. loG). On lit dans Mariette, .4èt?ct'dario, t. I. p. 32, note i, que l'invention des tableaux de Bagnolet devait être du Régent, mais qu'Ant. Coypel avait sans doute retouché les dessins : d'Argenville dans le Voyage pittoresque des environs de Paris, ijbS, p. 233, note la collaboration d'Ant. Coypel. — Sur les leçons données par Ant. Coypel au Régent, Voy. .Ant. Coypel, Discours prononcé<i dans les conférences. Préface.