‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 128 sur 273 · Réun. des Soc. des Beaux-Arts des dép., iScjo, p · texte numérisé non relu

Réun. des Soc. des Beaux-Arts des dép., iScjo, p

4. Au moins en France, car en Espagne ils introduisent dans l'art, pendant la deuxième moitié du xvn^ siècle, « un mélange de superstition et de naïveté, de dévotion et de sensualisme » tout à fait inconnus chez nous. (H. Lemonnier, L'Art français au temps de Richelieu et de Ma^arin, iSoS, in-8, p. 66.)

5. Voy. Florent le Comte, Cabinet des singularité:^..., 1700, t. III, p. 269.

6. Jouvenci, Magistris scholarum inferiarum Societatis Jesu de ratione discendi et docendi, 1711, p. i3g et suiv. Nous allons voir que les énigmes se rapportaient parfaitement à des scènes de l'Ancien, du Nouveau Testament ou de la vie des Saints. Le Père Jouvenci nous donne sur le caractère de ces énigmes de curieux renseignements. Leur première qualité, dit-il, est de n'être pas trop obscures, ni

{.ES JÉSUITES ET LA PEINTURE RELIGIEUSE 1 5.j

Il nous reste encore au moins un tableau' peint pour un collège de Jésuites : Sainte Bathildt^ vendue an maire du palais Archambault devient la femme de Clovis, au Musée d'Orléans, commandé à G.-L. Vernansal par la famille Barbot-Duplessis à l'occasion d'une énigme. M. Barbot-Duplessis, qui possédait l'œuvre autrefois, l'a décrite et en a proposé une curieuse interprétation : « Un prince portant le costume des rois portugais du temps de la découverte des Indes Orientales, achète d'un Indien, vêtu comme l'étaient alors les I ndiens au théâtre, une jeune captive parée d'une robe blanche diaprée de fleurs et d'or et émaillée d'un ton bleuâtre. Cette figure représente, dit-on, la porcelaine importée en France et devenue pour nos contrées l'objet d'un immense commerce... L'Asiatique et les esclaves représenteraient le fabricant et ses ouvriers, les marchands et les soldats figureraient le commerce et la protection que le prince lui accorde en faisant briser les entraves qui empêchent la porcelaine d'arriver jusqu'à nous. Quant aux rapports qui existeraient entre le sujet du tableau et l'énigme proposée, il semble que la porcelaine, pierre et poussière d'abord, recevant des préparations pour devenir substance précieuse après qu'elle a passé par les fourneaux, offrirait une analogie marquée avec les tribulations de la sainte et sa fin glorieuse comme reine et fille du ciel". » Ce n'est plus une allégorie, c'est une construction d'allégories superposées.

Tous les peintres ne poussent pas la subtilité aussi loin, mais, sous l'influence des Jésuites, ils abusent presque tous de l'allégorie religieuse. Tantôt ils représentent le Christ enfant caressant un religieux comme François Verdier dans son dessin du Louvre;

trop ignorées, de façon que leur rapport avec la chose signifiée puisse être découvert par un homme habile : celles qui sont plus abstraites et plus voilées que de raison peuvent être appelées des mystères et des oracles plutôt que des énigmes. Leur deuxième qualité est d'avoir une unité constante dans leurs parties liées entre elles et tendant au même but, de ne pas mettre en œuvre des choses d'un temps et d'un lieu différents. S'il y a plusieurs personnages en scène, qu'il y en ait un principal qui représente le sens de l'énigme et que les autres se rapportent à lui et le servent. Que les objets masculins soient représentés par des hommes, les féminins par des femmes : la raison l'exige. Il ne faut pas mettre dans le tableau l'objet proposé en énigme, sauf en cas de nécessité. S'il s'agit d'yeux, on ne représentera pas, malgré tout, un homme sans yeux. On pourra, pour signifier un livre, peindre par exemple le Christ au milieu de ses disciples, les écoutant et les interrompant, car qu'y a-t-il de plus semblable à un livre que le Christ, Livre de la vie. Sagesse elle-même, dans lequel tous les trésors de la science sont cachés?

1. On a conservé le souvenir d'un autre tableau. Déborah entonnant son cantique, commandé pour l'énigme annuelle du Collège des Jésuites de Paris en 1707 par le marquis de Florensac à Louis Galloche. (Metn. ined., t. II, p. 304.)

2. \'oy. Eudoxe Marcille, Catalogue du Musée d'Orléans, n" 409.

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