Leroy, Histoire de Jouvenet, p
4. Voy. par exemple le texte provenant de la collection Mariette Deloynes au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale (Supplém., t. IV, p. 589-Goo) et publié par M. H. Stein dans les Réun. des Soc. des Beaux-Arts des dép., 1888, p. 2G4, en appendice à son article sur le peintre Doyen.
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travailleur rapide ; il peignait déjà la chapelle Saint-Ambroise. En second lieu, Noël Coypel fut obligé de céder aux frères Boullogne l'exécution des deux Groupes d'atii^cs musiciens aux embrasures des grandes fenêtres du sanctuaire, quoiqu'il en eût déjà composé les esquisses. Mansart, qui n'aima pas Coypel', essayait de l'évincer et l'artiste fit sans doute intervenir de puissantes protections pour conserver la décoration du sanctuaire. Enfin il parut plus logique au surintendant de placer la Trinité dans le sanctuaire au-dessus de V Assomption que de la représenter au dôme, comme l'avait proposé La Fosse en 1692, et celui-ci dut composer une nouvelle esquisse pour la coupole : Saint Louis déposant sa couronjie et son épée entre les mains du Christ assis au milieu d'une gloire, accompagné de la Vierge et d\inges portant les instruments de la Passion (fig. n" 7).
Toutes les décorations des Invalides ne sont pas également importantes. Vingt ans plus tôt les peintures de Noël Coypel auraient semblé hardies, ^ c'est la gloire du peintre de n'avoir jamais admis sans contrôle les leçons de Le Brun, — mais, au début du xviir siècle, elles datent déjà. Les Apôtres de Jouvenet (fig. n" 9) sont posés dans une attitude déclamatoire, et leurs gestes manquent de mesure. La tâche de l'artiste était, il est vrai, singulièrement ingrate ; sans forcer les attitudes et les mouvements, il était difficile de donner une personnalité, même une diversité quelconque à ces douze figures de symbole identique, représentées si loin du sol que leurs attributs traditionnels ne suffisent pas à les distinguer. Bon Boullogne peint deux coupoles et douze compartiments sans un effort pour se libérer de la tradition surannée (fig. n"i4). Dans d'autres œuvresilpeutsemblerun précurseur; en réalité ils'assimile seulement toutes les formules avec une rare, souplesse, et comme la manière bolonaise lui semble convenir à la grande décoration religieuse, il la suit exactement à l'église des Invalides. Les peintuA'esde'Michel Corneille, enfin, ont été détruites en 1771 sans.que-noûs^devions trop regretter leur perte. Leur composition, que nous connaissons par les gravures de Cochin (fig. n° 13 , était habile mais sans originalité',
1. « Vers ce temps-là (Ant. Coypel), piqué de quelques dégoûts donnés injustement à Noël Coypel, son père, ...se brouilla avec M. Mansart, pour lors surintendant des bâtimens, qui mit tout en usage pour le décourager lui-même. » (Vie des Premiers peintres du roi, t. II, p. 10.)
2. Félibien, dans sa Description des Invalides, édit. de 1706, loue beaucoup un des tableaux de la chapelle Saint-Grégoire : Saint Grégoire aycint fait l'aumône, un ange lui apparaît. Cette œuvre, dont nous avons la gravure par Ch.-Nic. Cochin, ne semble pas de premier ordre comme composition. Il n'est pas possible de juger
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et le charme de leur coloris ne rachetait pas, sans doute, cette banalité : Corneille a toujours été un très médiocre coloriste*.
Seules les fresques de Charles de La Fosse et de Louis de Boullogne ont une valeur artistique assez remarquable. Ce ne sont pas des œuvres de premier ordre cependant. Les défauts de la coupole de La Fosse sont même plus sensibles d'abord que ses qualités (fig. n" 7). On distingue mal les figures de la composition beaucoup trop
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FIG. 5l. — ANTOINE WATTEAU. — PAYSAGE.
(Figures de différents caractères.)
petites pour leur distance du sol et écrasées encore parles Apôtres de Jouvenet, de dimensions excessives, peints immédiatement en des-
l'exécution d'après l'estampe : Cochin donne à toute cette décoration un charme qui lui est personnel. Quant aux éloges de Félibien, ce sont des amabilités qui ne comptent guère. Corneille avait un étrange dédain de la vraisemblance et du réalisme. Dans Saint Grégoire distribuant sa fortune aux pauvres, que nous reproduisons ici (fig. n° i3) le saint est vêtu en seigneur italien du xvn" siècle; il fait l'aumône à une pauvresse habillée comme ces femmes de la campagne qu'on voit encore à Rome sur l'escalier d'Espagne; ses compagnons, au contraire, et les personnages accessoires sont à moitié nus ou vêtus à l'antique.
I. De plus, Corneille n'avait jamais peint à fresque : c'est peut-être son inexpérience à se servir du procédé qui a hâté la disparition de ses peintures. Carie Van Loo, chargé de les remplacer, exposa les pensées de ses compositions au Salon de 1 7G3, mais
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sous^ Ily a là une faute de proportions très grave, mais dont Mansart est sans doute plus coupable que La Fosse. L'architecte règle trop minutieusement tous les détails de la décoration pour ne pas déterminer lui-même l'échelle des figures. C'est à dessein peut-être qu'il réduit la taille des personnages du dôme et qu'il exagère celle des Apôtres de la voûte inférieure : sa coupole était trop trapue et il pensait lui donner par ce moyen une apparence de sveltesse; mais il aurait fallu, pour y parvenir, réduire dans les mêmes proportions le diamètre de la calotte et ce n'était plus au pouvoir de Mansart. La Fosse, heureusement, rachète cette faute en donnant à son œuvre la valeur d'une belle tache de couleur, si éclatante que la distance n'affaiblit pas son éclat et que deux siècles n'ont pas altéré sa pureté : on chercherait en vain dans les décorations antérieures des tons plus harmonieux ou plus chauds ; et la richesse, la variété, le charme du coloris sont plus remarquables peut-être dans les Quatre Évangélistes des pendentifs (fig. n° 8), figures solidement peintes, vêtues d'étoffes vives, qui se détachent sur des ciels clairs. Pour la première fois l'inspiration de Rubens anime une œuvre religieuse en France. Plusieurs scènes de la 17e de saint Augustin par Louis de Boullogne (fig. n°'io à 12) sont plus vivantes encore que le Christ dans sa gloire et les Évangélistes de La Fosse-. La Conrersion du saint (fig. n' 10) surtout est d'une simplicité de composition vraiment remarquable en France à cette époque. Dans un jardin clos par un mur que domine une maison rustique, saint Augustin est assis sous un figuier; au fond, Alype, son ami, appuyé contre un arbre, est occupé
il mourut avant de les exe'cuter et la Grande Catherine acheta ses esquisses. Doyen, élève de Van Loo, fut alors chargé de présenter de nouveaux projets et d'exécuter le travail : il choisit d'autres sujets que son maître, pour qu'on ne puisse pas établir de comparaison, et peignit la chapelle en 1 771. Sa décoration existe encore. Quoique Doyen, qui n'était pas fresquiste, ait employé la peinture à l'huile sur enduit, ses compositions ne sont plus visibles, tant elles sont en mauvais état : peut-être la chapelle Saint- Grégoire est-elle victime d'un vice de construction. Sur les peintures de Doyen, Voy. H. Stein, Le peintre G.-F. Doyen (Réun. des Soc. des Beciux-Arts des dép., 1888, p. 264, appendice).
1. Les Apôtres de Jouvenet ont 3o pieds de haut sur 11 de large en bas et 18 au sommet.
2. La Vie de saint Augustin servit à l'époque de sujet à une autre suite importante dans le réfectoire du couvent des Augustins déchaussés, place des Victoires. Dix tableaux de 5 pieds de hauteur sur 8 à 9 pieds de large représentaient l'histoire du saint. Louis de BouUogne peignit le Baptême et l'Ordination dont nous avons noté l'esquisse à Metz; La Fosse, la Conversion du saint et la Mort de sainte Monique; un certain d'Olivet, Saint Augustin prêchant au peuple, et Saint Augustin consacré évêque; Ubeleski, Saint Augustin disputant contre les donatistes et Saint Augustin à son lit de mort; Parroce\, Saint Augustin faisant des miracles, et Galloche, la Translation du corps du saint, aujourd'hui à l'église des Petits-Pères.
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à lire. Si deux chérubins apparaissent encore dans le ciel — dernière concession à la tradition — la vérité du paysage, des attitudes, l'absence de toute majesté, de toute pompe sont très nouvelles. De plus, si La Fosse est un fresquiste habile, Louis de Boullognc se révèle ici fresquiste de tempérament. Jamais, avant cette décoration, il n'a employé le procédé, et du premier coup il en comprend toutes les nécessités, il en devine toutes les ressources. Il rencontre exactement la tonalité atténuée qui convient à la symphonie
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FKJ. 52. — ANTOINE WATTEAV. — LA TEMPETE.
(Figures de différents caractères.)
de pierre et d'or que forme Téglise; ses peintures prolongent les murs au lieu de les trouer : son œuvre est certainement la meilleure de l'ensemble. Il était cependant le plus jeune, le moins connu de tous les collaborateurs de Mansart.
En 1705 la peinture religieuse décorative a donc accepté le réalisme et le coloris flamands. Mais le réalisme dans l'art est essentiellement subjectif et nos peintres n'auraient fait œuvre que de copistes en s'inspirant exactement de Rubens. Puisque la vie devient aimable et galante au début du xviir siècle, l'art réaliste, même l'art religieux, sera forcément aimable et galant. Dès 1709