MYTHOLOGIE 1£T HISTOIRE ANCIENNE
â^r^a^^^^-^u xvii° siècle la m3^thologie classique est insépa-
là
rable de Fart, de la littérature, de la vie même. Une bonne éducation est incomplète sans la connaissance approfondie des dieux : Bayle écrit en 1075 à son frère cadet : « Pour la fable, il la faut posséder ad iingiiem'- »; un écolier sortant du collège sait mieux les aventures d'Hercule que les événements de l'histoire nationale. Selon Taine, c'est l'absence du sentiment chrétien dans la littérature qui impose aux écrivains la théogonie païenne'; mais cette explication est mauvaise, car le merveilleux païen tient une aussi grande place dans l'art que dans la poésie, malgré l'abondance de la peinture religieuse; bien mieux, tandis que la querelle des Anciens et cies
1. Voyez pour l'illustration de ce chapitre de la page (j4 à la page 140, fig. n''27à42.
2. Cité par Delaporte, Du merveilleux dans la littérature du XVII' siècle, p. 12.
3. « On vit alors, écrit-il, le spectacle le plus extraordinaire et le plus ridicule : la poésie séparée de la religion dont elle est le fond naturel et l'aliment intime, un ciel païen introduit dans un monde chrétien, l'Olympe restauré, non par sympathie sensuelle comme à la Renaissance, ou par sympat'hie archéologique, comme aujourd'hui, mais par convenance pour remplir un autre vide... »
i8S LA PEINTURE MM 1 lOl .OCilQUK AU XVII' SIECLE
Modernes marque la décadence des dieux en littérature, le débat des poussinistes et des rubénistes ne diminue pas la production mythologique : il la rend seulement réaliste et galante d'idéaliste et de pompeuse qu'elle était.
Pendant la première moitié du xvii' siècle les peintres français ne virent dans la mythologie, comme les Italiens de la Renaissance, qu'une source d'anecdotes aimables, de groupements harmonieux, de nudités élégantes ou de scènes libertines; mais Le Brun imposa un rôle nouveau aux dieux antiques : il les mit au service de la gloire du souverain et inscrivit des symboles modernes dans les vieilles légendes. Apollon devint le roi protecteur des arts, Mars, le roi à la guerre, Neptune, le roi chef de la Hotte, Jupiter, le roi tout-puissant et victorieux. La fable de Clytic chaiii^ée en gii^asol, qui décoraitaux Tuileries lagrande antichambre, invitait, selon Brice, les courtisans à suivre fidèlement Louis XIV. En sculpture, Charles Perrault imagina, sous l'inspiration du Premier Peintre, un Apollon se couchant dans le sein de lliétis ap?'ès avoir fait le tour du monde pour symboliserle roi se reposant à Versailles aprèsavoir comblél'univers de bicnfaits\ La fantaisie, la grâce, la fraîcheur disparurent alors de la mythologie : Le Brun ignora presque complètement un des dieux les mieux aimés de ses prédécesseurs, Bacchus, parce que sa légende était inutile à la gloire du roi. On ne connaît qu'un Bacchus- dans l'œuvre de Le Brun; encore le commença-t-il à la prière du prince de Condé et ne l'acheva-t-il jamais^ Mais cet ostracisme ne dura pas; avant même la mort du Premier Peintre, Bacchus reparut dans l'art : dès ib88 Louvois chargea Bon Boullogne de peindre, pour Trianon', sa légende que presque tous les artistes interprétèrent de 1690 à 1721. La Fosse composa deux Triomphe de Bacchus'% et il imagina V Automne sous la figure de Bacchus accompagné d'Ariane, dans le grand salon de Marly''; les Musées de Lyon, d'Avignon, de Dijon conservent des Bacchus amoureux d'Ariane par Antoine Coypel qui représenta aussi V Alliance de Bacchus et de r Amour et Silène lié et barbouillé de lie (Musée de Reims). On connaît encore des Bacchus de
1. Sculpté par Girardon et trois collaborateurs. \'oy. Delaporte, Le merveilleux dans la littérature au XVII" siècle, p. 28.
2. Bacchus rencontrant Ariane dans Vile de Naxos.WAomn, Ch. Le Brun, p. 5i i.
3. C'est cette toile que Christophe l'aîné eut « la témérité d'achever et de retoucher » en 1691 {l^roc.-verb., t. III, p. 67).