LA PEINTURE MYTHOLOGIQUE A TRIANON
de tous ses contemporains, les divinités antiques perdent jusqu'à leur caractère physique traditionnel, Jupiter sa majesté, Junon son ennui résigné, Minerve sa sagesse grave, Apollon sa beauté paisible. Tous les dieux prennent la grâce efféminée de Bacchus, toutes les déesses la mollesse voluptueuse de Vénus. C'est à peine si les attributs essentiels sans lesquels toutes les figures se confondraient sont respectés : un simple carquois désigne Diane; unluth, Apollon; une couronne de pampres, Bacchus; quelques fruits, Pomone. Seul le cortège des amours potelés de Vénus augmente à mesure qu'on avance dans le siècle. Presque toujours les corps sont nus, et quand parfois des draperies les vêtent, elles sont de pure fantaisie, malgré les leçons des statues antiques, des recueils de costumes*, des tableaux du Poussin. Le temps n'est pas loin où l'on affublera les divinités de chemises modernes relevées fort haut et de robes excessivement décolletées. Ce singulier Olympe exprime exactement le goût des contemporains et ne choque presque personne; c'est à peine si quelques plaisanteries accueillent les œuvres d'Antoine Coypel : on propose le titre d'Enéide travestie pour sa galerie du Palais-Royal et un Italien se découvre devant ses cartons de tapisserie d'après V Iliade en disant plaisamment : « Bonjour, Monsieur Achille ; salut, Monsieur Agamemnon. »
A Trianon, à partir de i588, avec des toiles religieuses de Mignard et de Le Brun, des paysages d'AUegrain, de Martin, de Cotelle, des fleurs de Belin de Fontenay et de Monnoyer, le roi fait poser d'assez nombreuses mythologies. Sans doute la désignation de certains hommes, le choix de plusieurs sujets, l'exécution de quelques œuvres rappellent encore que Le Brun n'est pas mort : Rouasse, par exemple, aurait pu peindre trente ans plus tôt son ennuyeuse Histoire de Minerve en treize toiles", et si les sujets de Verdier, les Amours de Jupiter et d'Io, sont moins austères, l'artiste les traite aussi avec une insupportable froideur ^ Mais dans beaucoup de commandes, au contraire, un rajeunissement est déjà sensible. Ainsi de Sève est chargé de représenter les Amours de Vénus et d'Adonis que Le Brun et Colbert n'auraient jamais admis dans
T. Tels que les Costianes des Grecs et des Romains de Sébastien Le Clerc et les Camées antiques d'Elisabeth-Sophie Chéron.
2. Il en reste à Trianon des fragments caractéristiques. On trouvera l'histoire de cette série d'œuvres dans Engerand, Inv. de Bailly, p. 404 et suiv.
S. Voy. l'histoire de ces tableaux dans Engerand, Inv. de Bailly. p. 460, 4G1, 402. Une des toiles est au Louvre, une autre à Trianon.