‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 172 sur 273 · Proc.-verb., 2 janvier 1682, t. II, p. 2i2-2i · texte numérisé non relu

Proc.-verb., 2 janvier 1682, t. II, p. 2i2-2i

4. De Piles, Cours de peinture par principes, édit. de 1767, p. 53.

5. La surintendance n'achète ces œuvres qu'en 1735-1737. Voy. Engerand, Inventaire des acquisitions, p. 299-300.

214 lAi;i-i-AUX IVIIISTOIRE CONTEMPORAINE SANS ALLÉGORIES

ne tient pas même la première place dans ces compositions; la foule qui se presse, curieuse, autour du cortège officiel, intéresse surtout Martin. Avec une consciencieuse minutie, avec une impitoyable précision, il détaille les costumes de tous ses personnages, les harnachements de ses chevaux, les pierres de ses bâtiments, et, loin d'être ennuyeux et froid, il réalise deux petites œuvres pleines

Cliché communiqué par M. G. Brière.

riG. 62. — ÉCOLE DE LARGILLIÈRE. — PORTRAIT d'iIOMME *.

(Musée de Dijon, Collection Trimolet.)

de liberté, dévie, de gaîté. Des artistes, presque tous très inférieurs à Martin, et dont le nom nous est rarement parvenu, peignent aussi sans allégories — pour des graveurs le plus souvent — des épisodes de la vie officielle; mais leurs compositions sont rarement exactes : ils n'ont presque jamais assisté aux scènes qu'ils repré-

I. Ce portrait, attribué à Rigaud par le catalogue du Musée de Dijon, a été rendu, à juste titre semble-t-il, à l'école de Largillière par M. G. Brière.

TABLEAUX D'HISTOIRE CONTEMPORAINE SANS ALLÉGORIES 2i5

sentent; ils s'efforcent bien de faire ressembler les personnages officiels, mais ils n'y parviennent pas, faute de documents, faute aussi de talent. Le Musée de Versailles conserve plusieurs de leurs œuvres : le Serment de Dangeaii comme i^rand maître des ordres de A'otre-Dame-du-Moiit-Carmel et de Saint-La-are par Ant. Pezey (n" 164), ou le Conseil de Régence (n" 4306), ou Louis AT recemnt pour la première fois les remontrances du Parlement... Une seule d'entre elles mérite quelque attention, une esquisse : le Premier lit de Justice tenu par Louis AT (n' 172). Dans la grande chambre du Parlement reproduite avec une exactitude scrupuleuse, tous les membres de l'assemblée, en perruque, vêtus de l'ample robe noire, sont assis; le petit roi, sur un trône, dans l'angle droit de la pièce, préside la séance, entouré de ses précepteurs et de ses gouvernantes ; des gentilshommes et des soldats se pressent au premier plan à gauche; des seigneurs et des dames de la cour occupent deux tribunes à mi-hauteur des murs' (tig. n" 40 ). La composition, bien ordonnée, d'une exécution vigoureuse, est attribuée à Louis Dumesnil; mais une bonne gravure de Poilly qui la reproduit porte cette indication : « Dessiné sur le lieu par F. Delamonce », Quoiqu'il y ait « dessiné >/ et non « peint », il faut adopter le nom de Delamonce'. D'une part, aucun document sérieux n'indique celui de Dumesnil; d'autre part, l'auteur a certainement assisté à la cérémonie, sans quoi son esquisse ne serait ni si exacte ni si vivante '. Le mot

I. La collection Rohan-Guéménée, à \'ienne, possède le même sujet avec des variantes sans importance dans la composition, mais d'une exécution plus poussée. Les têtes des personnages, par exemple, à peine indiquées à X'ersailles, sont traitées en portraits dans le tableau de N'ienne.

1. Les biographes ont tour à tour attribué la toile de \'ersailles à un Delamonce ou à Dumesnil. N'agler, dans VAllgemeines Kûnstler Lexikoii, Dussieux, dans Les artistes frjiiçjis à l'étrjnger (3" édit.), p. 166, écrivent le nom de Jean Delamonce, père de Frédéric Delamonce. Dussieux n'a donc pas vu la planche de Poilly quoiqu'il la signale. M. Charvet qui, dans les Réunions des Sociétés des Beaux-Arts des départements., 1892, p. 176 et suiv., consacre un intéressant article aux Delamonce, ne connaît pas non plus la gravure; aussi commet-il quelques graves erreurs Il se rend bien compte que la composition ne peut être attribuée à Jean Delamonce, mort en 1708, mais il ne croit pas que Frédéric en soit l'auteur, puisque, selon lui, Frédéric était parti en Italie peu après la mort de son père. Aussi crée-t-il un troisième et mystérieux Delamonce auquel il accorde généreusement toutes les œuvres de Jean et de Frédéric qu'il ne peut identifier exactement. La gravure de Poilly que nous reproduisons ici (fig. n" 46) suffit à prouver que Frédéric Delamonce n'était pas en Italie en 171 5 et qu'il est bien l'auteur du Lit de Justice.

3. On peut s'étonner que cet artiste secondaire ait été admis à une cérémonie officielle alors que Coypel vivait et qu'il allait enfin obtenir le titre de Premier Peintre convoité depuis si longtemps. Peut-être est-ce Poilly qui obtint pour lui la permission d'assister au Lit de Justice en s'engageant à publier une gravure qui populariserait le premier acte de la vie publique du jeune roi.

2ih PEINTURE DE BATAILLES VAN DER MEULEN ET J. PARROCEL

« dessiné » s'explique d'ailleurs : il eût été difficile de couvrir la toile entière en une journée'. Malgré toutes ses qualités, le tableau de Delamonce n'est cependant qu'une œuvre secondaire, et il ne retiendrait pas si la peinture d'histoire contemporaine était plus riche.

La peinture de batailles est peut-être plus pauvre encore au début du XVIII siècle, cependant son développement est plus intéressant. Deux écoles de bataillistes sont en présence vers 1690, représentées par deux hommes: Van der Meulen, qui meurt en 1690, et Joseph Parrocel. La première illustre surtout les sièges des villes; la composition de ses œuvres varie peu : sur le devant, un groupe de personnages, le roi et sa cour, l'état-major d'un général ou quelques soldats'-'; au fond, la vue cavalière d'une cité aussi minutieusement reproduite que possible ; entre ces plans extrêmes, des bataillons méticuleusement alignés et déployés dans une plaine, reproduisant la disposition exacte des troupes dans l'épisode représenté : c'est l'école française. La seconde peint le tumulte des corps à corps, les mêlées de cavaliers, le désarroi des paniques; elle ne respecte la vérité ni des lieux ni des costumes; pour rendre ses héros plus terribles, elle les coiffe de casques, les revêt de cuirasses, les arme de glaives : c'est l'école italienne, celle du Tintoret dans la Bataille de Lépantc, celle de Salvator Rosa, celle du Bourguignon, son élève et le maître de Joseph Parrocel.

Du temps de Le Brun, alors que l'italianisme l'emporte à peu près partout, l'école française triomphe dans la peinture de batailles. Quoique Van der Meulen, son meilleur représentant, soit Flamand, Le Brun l'emploie toujours'', tandis qu'il n'occupe jamais Parrocel. Dès 1685, au contraire, Louvois commande à celui-ci huit tableaux pour l'antichambre du roi^ Au moment même où le réalisme flamand combat victorieusement dans les autres genres la convention italienne, celle-ci s'impose à la peinture de batailles.

1. Le dessin original existe : il est conservé au musée. Carnavalet. Très poussé il était certainement destiné à la gravure. Voy. Ch. Sellier et P. Dorbec, Guide explicatif du niuscc Carnavalet. Paris, i(io3, in-8. p. lyS, n" 555.

2. Presque toujours des cavaliers. L'infanterie n'est pas en honneur dans la peinture de batailles du wii» siècle.

3. D'ailleurs, c'est Colbert et Le Brun qui lui imposent le genre où il s'illustre. Pendant tout le temps qu'il a vécu en Flandre, avant de venir à Paris, Van der Meulen n'a jamais peint de vues topographiques de batailles, mais au contraire des défilés de troupes, des campements, des combats de cavalerie.

4. Parrocel eut aussi à décorer un des réfectoires des Invalides, les trois autres restant confiés à \'an der Meulen.

DISPARITION DE l.'KCOLE DE VAN DER MEULEN

Après i(K)0,les batailles disparaissent des commandes officielles. Aussi l'école de V^an der Meulen meurt-elle rapidement' : elle n'existe que par le roi et pour le roi; jamais un amateur n'aurait décoré son hôtel de vues cavalières des villes investies. Les artistes qui peignent ces sujets sont, en quelque sorte, des fonctionnaires. Jean- Baptiste Martin a même été commis de Vaubanavant d'être adjoint à Van der Meulen; il travaille rarement pour des particuliers et jamais il n'est académicien. Si l'administration ne l'emploie pas, il perd toutes ses ressources; aussi, à défaut de commandes, le roi lui doit un poste ou une pension. Dès 1691 il le nomme en effet directeur des Gobelins, sous les ordres de Mignard.

Martin conserve bien jusqu'à sa mort sa charge de ^< peintre des conquêtes du roi //, mais ce n'est plus qu'un titre dont l'ironie est cruelle pour Louis XIV vieilli et malheureux.

L'école de Parrocel, au contraire, peut fort bien vivre sans commandes officielles : au Salon de ibqq Parrocel expose seize tableaux, dont plusieurs batailles ; cependant son atelier n'est pas

très florissant au début du xviii' siècle. Ignace Parrocel, son neveu, qui peint exclusivement des mêlées tumultueuses, est contraint de

1. Van der Meulen est mort à temps; son règne était achevé. Sauveur le Comte, son meilleur élève, disparaît lui-même en i6<)4. (C^e n'est sans doute que l'année de sa mort qu'il achève son œuvre la plus importante : lespeintures de la galerie des Batailles à Chantilly. Voy. Gruyer, La peinture à Chanlilly, Ecole française, p. 222 et suiv.). En lÔQi le roi emmène pour la dernière fois deux peintres, J.-B. et P.-D. Martin en campagne (Comptes, t. III, p. 720). Après cette date les Martin représentent encore quelques batailles pour Marly, très peu sans doute, et nous ignorons lesquelles (les Comptes ne donnant jamais les titres exacts de leurs oeuvres); Joseph Parrocel illustre une fois de plus le Passage du Rhin, l'épisode des guerres du règne le plus souvent reproduit : c'est la seule œuvre pour laquelle il émarge aux Comptes après 1690.

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