WATTEAU PKINTRK DE BATAILLES
ments et il a peint ou il va peindre la //cî/Zc promise à Sirois avant son voyage, les J^ecnies allant joindre le Régiment, les Fatigues et les Délassements de la guerre, le Défilé, l'Escorte d'équipages^ le Retour de campagne, et le Camp volant (fig. n" 47).
Joseph Parrocel n'a jamais suivi de campagne ;Watteau ne peint au contraire que des scènes qu'il a vues Ou même croquées sur le vif. Mais il ne va pas, comme Callot, représenter en une suite d'œuvres réfléchies la synthèse et l'horreur de la guerre, ou, comme Parrocel, évoquer des mêlées, des poursuites, des égorgements. Il n'aime ni les spectacles brutaux, ni les gestes violents; sa guerre n'est pas terrible, on s'y bat fort peu*: c'est plutôt l'envers de la guerre. En Flandre il n'a regardé que les soldats dormant, fumant, buvant, jouant, caressant des filles faciles, que le désordre amusant des camps dressés à la hâte après l'étape, que le troupeau en désarroi au retour d'une campagne, avec son cortège de femmes, de mulets, de bagages, que les pauvres recrues, l'échiné courbée sous le baluchon trop lourd, harassées avant d'avoir rejoint l'armée. Les Fatigues de la guerre, pour lui, ce ne sont ni les attaques furieuses, ni les sièges laborieux, ni les veillées anxieuses, c'est la lutte contre le vent qui gonfle les manteaux, qui souffleté les visages, qui contrarie la troupe en marche; le Délassement de la guerre, c'est le repos heureux à l'ombre, sous une tente, devant une chope flamande, entre un tonneau et une fille '.
1 . Watteau imagina cependant deux tableaux de batailles, le Pillementd'un village et la Revanche des paysans, peints en 1720, lors de son séjour en Angleterre et qui diffèrent de ses autres œuvres. Il essaie, sans y réussir, de peindre de vraies batailles dans ces deux toiles; Callot, avant lui, avait traité ces sujets dans les Misères de la guerre. — M. de Fourcaud, dans son étudesurWatteau, Revue de T Art ancien et moderne, 1901, t. II, p. i63, écrit que le graveur français Fr. Baron, établi à Londres quand Watteau y vint en 1719, avait gravé ces deux œuvres à Paris longtemps avant le voyage d'Angleterre, avant même 1712. On ne peut se ranger à cette opinion. Rien ne permet de supposer que Watteau ait connu Baron avant 1712. Et les deux œuvres sont trop différentes des tableaux de batailles peints par le Maître au début de sa carrière pour qu'on puisse les dater de la même époque. Il semble bien qu'il faut y voir de simples morceaux de pratique faits sur commande et où la verve et l'imagination du peintre sont contraints.
2. Dans un seul des tableaux militaires de Watteau, dans le Défilé, on trouve une vraie bataille. Pendant que les soldats défilent au premier plan, on se bat dans le lointain et une poudrière éclate. Mais tout cela n'est pas bien terrible. Et le soldat qui jette son fourniment en plein combat pour se reposer, et la paysanne — jolie comme une marquise — qui porte encore la cruche dont elle a distribué l'eau aux hommes, suffisent à donner à l'œuvre le sens des autres scènes militaires du Maître.
3. Presque toutes ces scènes ont été gravées; quatre originaux à peine existent encore : le Détachement faisant halte chez le baron Ed. de Rotschild, les Fatigues et les Délassements de la guerre au Musée de l'Ermitage, l'Escorte d'équipages chez AL Eug. Carrière.
22,, IMPORTANCE DE LA PEINTURE .MII.nAIRE DE WATTEAU
jamais la verve de A\'atteau n'a été plus à l'aise, jamais sa fantaisie plus imprévue que dans les sujets militaires. Ces tableaux charmants d'esprit et de vérité sont, de plus, fort importants dans l'histoire de la peinture de batailles : ils relient l'œuvre de Joseph Parrocel à celle de Charles Parrocel. Bien des toiles de Charles Parrocel : La Halte des gardes françaises, par exemple, La Halte des ixardcs suisses, Le Détachement de cavalerie sont de la veine du Camp volant ou du De lâchement faisant halte. Même quand il représente des chocs et des mêlées dans la manière de son père, l'artiste atténue la brutalité des touches et il colore ses figures et ses fonds de tons chauds empruntés à la palette de \\'atteau. 11 s'est parfois inspiré directement du Maître : son Lii're des dijférentes altitudes de la Cavalerie et de l'Infanterie est exactement composé sur le modèle des Figures de différents caractères : le format est semblable, la disposition des pages identique. Bien mieux; les trente-trois planches qui terminent le recueil, ces trente-trois soldats en différentes attitudes sont tout simplement des croquis de Watteau gravés déjà pour les Figures de différents caractères.