‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 180 sur 273 · Nagler, AUgemeines Kiinsller Lexikon, t. III, p. iSj · texte numérisé non relu

Nagler, AUgemeines Kiinsller Lexikon, t. III, p. iSj

5. Mariette l'estimait assez. (Abeeedario^ l. II, p. 235 et 25i.)

KVOI.UTION DU IWYSAGE 223

Quant à Spheyman, son nom même serait inconnu s'il n'avait exécuté pour le roi quelques tableaux signalés dans V Inventaire de Bailiy.

Entre ces mains débiles le paysage semble déchoir-; en réalité, il se transforme et son domaine s'agrandit. Le nombre des paysagistes diminue, mais celui des paysages augmente. La nature charme maintenant touslespeintresqui,au fond des tableaux d'histoire et des tableaux de genre, derrière les portraits, en de petites études isolées, représentent des coins riants de l'Ile-de-France. Autrefois une couleur traditionnelle était réservée aux feuilles, aux troncs, aux ciels, à la terre; ni les heures du jour, ni la qualité de l'éclairage ne préoccupaient les peintres : maintenant chaque paysage est enveloppé dans son atmosphère, baigné dans sa lumière propre. L'étude des Flamands contribue sans doute à cette transformation"*; mais il ne faut pas oublier non plus que les petits peintres de la maîtrise n'ont jamais cessé dépeindre au XVII" siècle despaysages réalistes, tels que les vues de Paris conservées au Musée Carnavalet. Les œuvres de ces artistes modestes ont été trop longtemps méprisées : elles ont inspiré un artiste tel qu'Oudry qui s'en souvient dans ce petit tableau d'une vie

1. Engerand, Inventaire de Bailly, p. 542-544; Piganiol, Description de Versailles^ t. II, p. 204.

2. Pour être tout à fait complet, il faut citer encore deux paysagistes plus obscurs peut-être que les précédents, quoiqu'ils aient appartenu à l'Académie: J.-B. Féret, dont le Musée de Grenoble, seul, conserve une mauvaise toile et sur qui tous renseignements font défaut; enfin, Louis de Silvestre, le premier des deux lils d'Israël Silvestre portant ce prénom, dont on connaît seulement les dates de naissance, de réception à l'Académie, de mariage et de mort.

3. Nos peintres ignorent, au contraire, les paysagistes hollandais. De Piles ne cite pas même les noms de Ruisdael et d'Hobbema dans la Vie des plus célèbres peintres. La connaissance des maîtres hollandais eût peut-être empêché la disparition de la marine en France après la mort de Claude Lorrain. Vers 1690 un seul peintre de marine travaille à Paris, et c'est un étranger, Jean-Charles Donat Van Beecq, d'Amsterdam, reçu à l'Académie en 1681. De 1690 à 1721 les Comptes n'enregistrent qu'une seule œuvre de marine française, Un port de mer, pour lequel le peintre d'architecture Michel Boyer touche 280^ en 1711. Les flots que Largilliére représente derrière le Portrait de la Ditclos n'ont qu'un intérêt décoratif. Quand Jouvenet compose la Pèche miraculeuse., il fait, dit-on, le voyage de Dieppe pour observer des pêcheurs sur le vif; mais il oublie de regarder la mer. Il la dissimule le plus possible dans sa toile, etla peint fort maladroitement. Le.Vaw/rai,''e de Watteau n'est qu'une fantaisie oi^i la peinture de marine n'a rien avoir... Il existe bien en 1721 un peintre français, spécialiste de la marine, âgé de 26 ans déjà et en pleine production : Adrien Manglard, élève de Van der Cibel. Mais il vit en Italie; l'Académie ne l'accueille qu'en ij'ib et sa réputation est toujours médiocre en France (Voy. Mariette, Abecedario, t. III, p. 237). C'est à lui cependant qu'on doit la renaissance de la peinture de marine : Joseph Vernet, le meilleur représentant du genre pendant la deuxième moitié du xviii" siècle, est son élève.

Page 1