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LA PEINTURE D'ANIMAUX AVANT DESPORTES

Cependant la tradition qu'il combat est trop fortement enracinée pour qu'il puisse s'en libérer complètement. Par certaines imaginations, par quelques détails il rappelle encore Monnoyer'. Parfois il donne une importance excessive aux Heurs dont il émaille ses paysages (la touffe de roses des Chiens et épagneuls chassant (Louvre), le bouquet de fleurs de Folle et Mitte, chiennes de Louis XIV); il se laisse séduire aussi, de temps en temps, par des sujets purement décoratifs, tels que les Bécasses, Jleurs et fruits autour d' tinefontaine àxi Musée de Lyon' (n°282) (171 7). Chardin ne commettra plus ces erreurs parce qu'il accomplit un nouveau progrès sur la génération qui le précède; mais Desportes ne pouvait les éviter. 11 n'en a pas moins l'honneur d'avoir le premier réagi contre la convention imposée pendant cinquante ans à la peinture de nature morte. Ce n'est d'ailleurs pas son seul titre à occuper une des premières places dans l'École au début du xviir siècle: nous savons déjà qu'il compte parmi les meilleurs paysagistes de son temps ; il est aussi le premier peintre d'animaux en France.

Avant lui les peintres français ne connaissaient guère qu'un seul animal, le cheval — et un cheval conventionnel, toujours piaffant, à l'allure superbe, à la tête trop petite. Depuis longtemps, au contraire, la grande école flamande des Snyders, des Rubens, des Breughel, des Fyt, des Pierre Boel, des Van Duynum avait compris que le règne animal avec ses spectacles de force et de grâce, ses harmonies imprévues de lignes, ses rythmes souples de mouvements, sa richesse de coloris, offrait aux artistes un admirable champ d'études. Nicasius tenta dès 1644 d'enrichir l'école française de cette ressource nouvelle^ : il remporta quelques succès personnels à Paris, mais ne fit pas école. Desportes, son seul élève, entra chez lui par

I. Parmi les tableaux ayant appartenu à Desportes et que son neveu vendit au roi en 1784 se trouvait une toile de Monnoyer contre cinquante-deux de Snyders et de Nicasius. Ceci indique assez exactement la part d'influence de Monnoyer dans l'œuvre de Desportes.

2. Peut-être n'aurait-il pas fait tant de concessions à la tradition sans de pressantes raisons matérielles. E)ans sa jeunesse il travailla beaucoup pour l'Angleterre où depuis Monnoyer la nature morte décorative était très à la mode. Avant même son voyage à Londres en 1712, il peignit des F/e»r.vpour les lords Bolingbrocke,Stanhope, Vidvoot, etc. Il était trop pauvre pour dédaigner cette clientèle, et, pour la garder, il dut adopter les sujets et la manière qu'elle aimait.

3. Reçu à l'Académie le 27 octobre 1664, mort le 16 septembre 1678. A côté de Nicasius, il faut citer un autre animalier du Nord, très obscur, établi en France au cours du xvii*^ siècle : Becker, dit Van BeecU ou Van Boucle, élève de Snyders, comme Nicasius. Nicasius exécuta la première décoration de la Ménagerie de Versailles dont un certain nombre de morceaux sont encore conservés au Louvre, mais sans être exposés.

DESPORTHS ANIMALIER

hasard. Le hasard d'ailleurs avait bien fait les choses : de tous les artistes du temps, Desportes seul était capable de comprendre Nicasius et d'imposer en France la grande tradition de Snyders. Fils de paysan, sa jeunesse s'était écoulée dans les champs, parmi les bêtes; sans un peintre dans sa famille, il était libre de préjugés académiques. Il ne put cependant exercer son talent au sortir de l'École et dut se rési-

l'IG. 67. — ANTOINE WAÏTEAU. — PORTRAIT DANIOINE PATER.

(Musée de Valenciennes.)

gner d'abord à peindre le portrait. Il partit pour la Pologne, et quand il en revint, en 1696, il vit, écrit son fils, « nos grands portraitistes qui étaient ses amis; il eut la modestie de croire qu'il ne pourrait les égaler... reprit son premier talent, que //// seul exerçait alors'», et illustra d'animaux les décorations de Claude Audran au château d'Anet pour le duc de Vendôme, à Clichy, pour le Grand Prieur,

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