LE PORTRAIT : ÉCOLES DE LE BRUN ET DE MIGNARD
majesté un peu froide que ne tempèrent encore ni la fantaisie ni la grâce que l'artiste prodiguera après 1690'.
Si tous les portraitistes se groupaient autour de Le Brun, à la fm du xvir siècle, le portrait ne devrait absolument rien à l'étranger, puisque le Premier Peintre lui-même proscrit l'italianisme de la représentation des figures humaines. Mais une école rivale pros-
(Ji'avc par 13. .\u-:iaii.
— ANTOINE WATTEAU. — RETOUR DE CHASSE. (PORTRAIT d'lNE fille DE SIROIS.)
père, sous la direction de Mignard, qui peint surtout les figures mythologiques- d'importation italienne. La mode d'affubler les femmes delà Cour et de la ville d'oripeaux mythologiques se répand
1. Dans le même ordre d'idées, il faut signaler ce portrait d'un élève et de son précepteur, daté de i685, que Paul Mantz vit à Bruges en 1873 et qui ne témoigne, dit-il, ni des tons éclatants, ni de la palette fleurie dont l'artiste, plus tard, devait faireun tel usage. (Paul Mantz, Liïr^////èré, G j-^ette des Beaux- Arts, i8g3,t. II, p. 94-9.''.)
2. Le Brun ne peint qu'exceptionnellement des portraits mythologiques. >L Jouin en cite cinq à peine dans son œuvre.
o^2 LE PORTRAIT : RKÎAUl)
en France au temps ou la théogonie païenne apparaît dans les relations sociales et dans les œuvres littéraires. Dès le début du xvii'" siècle les peintres chargent leurs modèles des attributs allégoriques dont les parent madrigaux et lettres'. D'ailleurs, ils n'empruntent à l'Italie que le travestissement et les accessoires. Au moins jusqu'à l.argillière, leurs figures restent exactes et vivantes. Malgré son surnom de « Romain », Mignard lui-même n'est jamais séduit par l'idéalisme fade des mauvais portraitistes de la Renaissance, mais ses œuvres et celles de ses élèves n'en sont pas moins très différentes des productions de Le Brun et de ses disciples : celles-là sont un peu monotones, un peu grises, un peu tristes, celles-ci, colorées et variées, portent en germe déjà tous les caprices, toutes les fantaisies du xviii° siècle. Les deux écoles ne sont pas opposées cependant. A travers les cinq siècles de notre histoire artistique on ne trouverait pas deux œuvres contradictoires dans le répertoire des portraitistes français, auxquels il faut vraiment reconnaître, comme le veut Delaborde, <<' un fonds de qualités instinctives, de privilèges d'intelligence transmis avec le sang, et, jusqu'à un certain point, de doctrines permanentes ' ».
Quel est, après ibqo, le sort du portrait selon Le Brun et du portrait selon Mignard? Rigaud s'inspire directement de Le Brun ; Largillière doit plus à Mignard. Rigaud vit une carrière plus brillante, ses succès personnels sont plus éclatants, mais il n'exerce presque aucune action sur ses contemporains; Largillière ne connaît jamais les triomphes de son rival, mais son influence s'étend sur presque tout le xviiT siècle.
Rigaud arrive à Paris en ibSi après avoir étudié à Montpellier et travaillé à Lyon. Il entre aussitôt dans l'atelier de Le Brun et il se souviendra toute sa vie des leçons qu'il y reçoit. Nul mieux que lui ne met en pratique la science des draperies dont de Piles donne minutieusement les principes, mais nul aussi ne méconnaît davantage les sages restrictions du critique : « Les draperies agitées ne conviennent que dans les lieux qu'on suppose à découvert ou dans les grands mouvemens... La trop grande quantité d'étoffe dans un vêtement embarrasse la figure'. » Artiste de premier ordre cependant, il élargit la manière de Le Brun, ilen tire des ressources
1. Voy. H. Lemonmer, L'art français du temps de Riclwlieu et de Ma^^arin^ p. 342.