Mém. inéd., t. II, p
4. Ibid.. p. 122. D'Argenville précise : « Il a peint cinq Monarques, tous les Princes du sang royal et les personnages les plus distingués de l'Europe », 1762 t. IV, p. 317.
5. Mercure de France, 1744, I, p. 7. Article de CoUin de Vermont sur Rigaud. <;i. De Piles, Cours de peinture par principes, édit. de 1767. p. 219.
7. Marcel Reymond. Le Musée de Lyon. Paris, 1887, in-8% p. i'72.
LES CARACTKRKS DK I, 'ŒUVRE DK RIGAUD
Il s'attache toujours, au contraire, à pénétrer le caractère de ses modèles, à marquer leur individualité. D'ailleurs, s'il avait négligé la ressemblance, il n'aurait jamais été le peintre officiel de la Cour du grand roi. Le portrait officiel doit, en effet, reproduire les traits avec la plus grande exactitude : « Pour les héros, dit de Piles, ou pour ceux qui tiennent quelque rang dans le monde ou qui se font distinguer parleurs dignités, par leurs vertus ou par leurs grandes qualités, on ne sauroit apporter trop d'exactitude dans l'imitation de leur visage, soit que les parties s"y rencontrent belles ou bien qu'elles y soient défectueuses; car ces sortes de portraits sont des marques authen-
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CLAUDE GILLOT. — LA PASSION Df JEL".
tiques qui doivent être consacrées à la postérité et, dans cette vue, tout est précieux dans les portraits, si tout y est fidèle'. >>
Rigaud même est plus profondément réaliste que ses prédécesseurs ■. Les portraits abondent dans son œuvre qui témoignent de sa passion à pénétrer le secret des visages. Quand il peint Louis Xl\'
1. De Piles. Cours de peintui-e par principes, ëdit. de 17Ô7, p. 212.
2. La monotonie apparente des têtes de Rigaud tient à des détails dont le siècle plus que l'artiste est responsable. L'inévitable perruque in-folio, par exemple, qui coiffe tous les modèles, leur imprime une ressemblance fatigante. M. Estienne. horloger de Caen. qui écrit en 1697 une Lettre sur les Portraits, le remarque déjà : « Aujourd'hui, dit-il, que l'usage des portraits est devenu si universel, toutes les différences de couleur sont confondues sous une livrée, car les ornements artificiels rendent toutes les coiffures semblables » ( Publiée dans le Trésor de la littérature, Caen, 1741). A plus forte raison, cette monotomie nous frappe-t-elle. nous qui n'avons plus l'habitude des perruques, et surtout chez Rigaud qui a presque toujours peint des hommes.
2^6 LES CARACTÈRES DE L'ŒL'X'RE DE RKiAUD
en 1701, il n'ajoute pas seulement quelques victoires à son front comme jadis Mignard, il y appesantit des années lourdes: le port reste majestueux, mais les traits sont bouffis, les chairs molles; du découragement, de la lassitude marquent l'expression; l'impassible beauté se délabre'. Peut-on imaginer, d'autre part, visage plus lin, plus élégant, plus aimablement maladif que celui du petit Jean- Francois-Paiilde Bonne de Créqiei, dnc de Lesdiguières ? (Louvre, n" 792) (fig. n" 58), peint à huit ans, son manteau bleu rej été sur le bras gauche, la main droite appuyée sur un bâton de commandement, avec ses grands yeux enfantins un peu tristes et ses lèvres trop pâles, qui portent déjà le stigmate de la consomption prochaine. Drapé de velours, paré d'hermine, Philippe V est encore dans tout l'éclat de sa jeune majesté en 1700. mais Rigaud voit déjà sur son visage l'ennui que le prince déraciné traînera toute sa vie, et il marque, dans son portrait, cette expression de mélancolie, de tristesse résignée que Jean Ranc et L.-M. Van Loo noteront encore trente ans plus tard'-. Les portraitistes du temps représenteront surtout des femmes. Rigaud, au contraire, en peint assez peu"; il est trop sincère pour plaire à ses contemporaines qui ne tiennent pas à une ressemblance
1. Ce portrait fait donc exception à la règle que formule M. Rocheblave quand il écrit dans L'Art français au XVII^ siècle, dans ses rapports avec la littérature {Littérature française de Petit de JuUeville, t. V, p. 706) que les portraits de Louis XIV n'e'taient jamais ressemblants. M. Rocheblave, dans son étude, fait en même temps cette remarque que, pendant tout le siècle, il ne s'éleva que deux protestations contre la fantaisie des portraits de Louis XIV. L'une est de La Bruyère, qui écrit dans son discours de réception à l'Académie : « Provinces éloignées, provinces voisines, ce prince humain et bienfaisant que les peintres et sculpteurs nous défigurent, vous tend les bras, vous regarde avec des veux tendres et pleins de douceur ». L'autre est de M. de Marolles. dans sou Livre des Peintres :
Le Brun, Bernin, Varin, l'habillent à l'antique. Mignard l'habille ainsi quand il est à cheval, Les bras nuds et les pieds presque nuds bien ou mal, Sans étrieux encore, ce qu'on tient héroïque.
Je ne Tentens pas bien, n'aimant pas trop l'histoire. Pour dépeindre au public le prince tel qu'il est, Faut-il être menteur sans y prendre intérêt. Quel tort la vérité ferait-elle à sa gloire ?
2. Les portraits de Jean Ranc sont au Prado. Voy. n°' 2o58, 2059, 2061 et 206S' du Catalogo de los cuadros del Museo Nacional de pintura y escultura, por don Pedro de Madrazo, éd. de 1904. Les portraits de Van Loo sont au Prado, voy. /è/J., n''"2oiS et 2oi8è; et au Musée de \'ersailles, voy. Catalogue Soulié, n° 4378.
3. Saint-Simon déjà, quand il écrit qu'en 1696 Rigaud était le « premier peintre d'Europe pour la ressemblance », a bien soin d'ajouter « des hommes », indiquant, par cette restriction, que le Maître est moins bon portraitiste de femmes.
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