RUÎAUD ET LES PORTRAITS DE FEMMES
Toutes les fois que sa sincérité n'a pas été contrainte, Rigaud a peint de très belles figures de femmes. Les deux portraits de sa mère, Marie Serre, de profila droite et de trois quarts à gauche sur la même, toile' (fig.n"s4), P^^i" exemple, sont des œuvres admirables de simplicité et de vie avec leurs traits accentués, leurs yeux un peu durs, leur bouche légèrement pincée; pas de draperies autour du buste, pas de portique au fond; le modèle s'est paré simplement de sa chemisette blanche, de son corsage noir, de son beau bonnet violet des dimanches : le peintre ne songe pas à déguiser, sous prétexte de l'embellir, cette mère qu'il ne laissera pas, quand elle viendra à Paris, quitter son costume national, disant : 'c Je ne veux pas qu'on me change ma mère" ». Quand il représente la princesse Palatine, il n'est tenu, non plus, à aucune complaisance, puisque son portrait est une (X'uvre officielle où la ressemblance doit être strictement respectée; aussi nimagine-t-on pas visage plus vigoureusement, plus puissamment laid que celui qu'il dessine avec ses lourds traits masculins et ses yeux brutalement bons\ Quelques années plus tard, sous la Régence, Largillière représentera encore la princesse, âgée de plus de soixante ans, et toujours coquette; pour la flatter, il l'habillera en nymphe très décolletée, des fleurs dans les cheveux, accoudée sur une urne fig. hors texte n" 7 ; mais malgré toute sa souplesse et tout son talent, il n'évoquera, au lieu d'une image agréable, qu'une, mascarade attristante.
Débarrassé des entraves que le protocole impose à son génie, Rigaud n'eût sans doute composé que des œuvres charmantes de spontanéité et de vérité. Dès qu'il échappe à l'étiquette, il peint
Renard et le Singe peintres. I,e Singe c est le portraitiste naïf qui suit la nature : c'est de Troy, selon les commentateurs. Le Renard c'est l'artiste habile et Hatteur; mais il est inadmissible que ce soit Rigaud. Voy. Rev. iiniv. des Arts. t. XVll, p. 200.
1. Peints pour servir de modèle à (>ovsevox qui devait représenter Marie Serre en buste. Rigaud avait même exécuté trois portraits à cette occasion en i6y5. Le troisième était de face ; je ne sais ce qu'il est devenu. Le buste de Coysevox fut exécuté : Rigaud, à sa mort, le laissa à l'Académie.
2. De ce portrait on peut rapprocher celui de la femme de Rigaud. Elisabeth de Gouy que nous connaissons par la gravure de J.-G. Wille en 1744. La tète est excellente, très vigoureuse, très simple. Elle fut peinte en 1707 ou 1708 (Voy. Mém. inéd., t. II, p. 199). Malheureusement. Rigaud n'acheva l'œuvre que trente ans plus tard, et il la défigura en enveloppant le buste, dont on ne voit pas les mains, dans une affreuse draperie faite de pratique.
3. Il y a quelques autres portraits officiels de femmes par Rigaud de la môme qualité que celui-ci et que nous connaissons au moins par des gravures : la duchesse de Nemours, par exemple, peinte en 1705, gravée en 1707 par Drevet. Mlle de Montpensier. peinte en 1(389, gravée en 1710 ou 171 2 par Vermeulen.