GS BON BOULLOGNE PEINTRE DE GENRE
Marot, une Dame à qui ou présente du café et un Joueur de luth, Van Schuppen,une Fille sur une escarpolette, Mlle Chéron, enfin, Z)e//.v jeuiies filles qui accordent un clarecin. Aucun de ces artistes ne s'intitule encore peintre de genre; tous — sauf le paysagiste Cotelle — font profession de se consacrer à l'histoire et ils entourent, aux expositions, leurs petites toiles anecdotiques de grandes œuvres allégoriques, mythologiques ou religieuses. Cependant on ne trouverait plus un peintre bientôt, si sévère soit-il, qui, en dépit des traditions et des leçons académiques, ne peigne quelqu'œuvre de genre : La Fosse reprend un vieux thème favori de l'art du moyen âge oublié depuis la Renaissance, le Lai d\lristote\ et il montre la courtisane Campaspe, nue, chevauchant le philosophe et le menaçant d'un fouet, tandis qu'une servante, un flambeau à la main, éclaire la scène; Ant. Coypel représente: Une Jeune esclave chrétienne qui se défigure avec des charbons ardents-, et F Amour réfugié dans la maison d'Anacréon^.
Bon Boullogne est le principal artisan du triomphe des sujets de fantaisie : Raoux, Tournières, Christophe, Cazes, Bertin, Santerre, c'est-à-dire presque tous les peintres de genre antérieurs ou étrangers à l'école de Watteau, se forment sous sa direction. Ni ses origines, ni son éducation ne le destinent cependant au rôle de précurseur : il est fils et élève de Louis de Boullogne, un des fondateurs de l'Académie, qui lui a toujours prêché la religion de la grande peinture, l'adoration des Bolonais; mais il est doué d'un tempérament merveilleusement souple : « C'est... un Protée dans l'art de la peinture, écrit d'Argenville, un homme qui s'est transformé en toutes les manières, un peintre qui a saisi si parfaitement tous les différens goûts qu'il a trompé les plus habiles gens* » : sa vive intelligence lui fait pressentir l'avenir, obscur encore pour ses contemporains, et il forme ses élèves aux nécessités qu'il prévoit. Il aurait certainement peint lui-même un plus grand nombre de toiles de genre' s'il n'avait encore trouvé de grandes commandes lucratives (pour les Invalides et pour la chapelle deVersailles par exemple), qui l'occupèrent presque toute sa vie. C'était, dit Dubois de Saint- Gelais en annonçant sa mort dans V Histoire journalière de Paris,
1. Au Musée de Montpellier. Voy. Inventaire des i-ichesses d'art de la France. Province. Monuments civils, t. I, p. 210.