LKS ORIGINES DE WATTEAU
triotes : « La tète d'un Langrois est sur ses épaules comme un coq d'église au haut d'un clocher : elle n'est jamais fixe dans un point, et> si elle revient à celui qu'elle a quitte, ce n'est point pour s'y arrêter. » La curiosité de l'artiste toujours en éveil, sa perpétuelle mobilité d'esprit lui inspirent, plus qu'une volonté consciente, les sujets les plus divers. Les circonstances de sa vie sont malheureusement peu connues ; (le chevalier de LaTouche qui seul eût pu nous les dire ne s'y arrête guère); les rares détails certains de son existence, sa passion pour les coulisses et pour l'Opéra dont il dessine un temps les costumes, les décors et les machines ', son goût pour la débauche expliquent bien un peu la variété et le libertinage de son œuvre-; mais que d'obscurités encore ! Ce ne sont pas les origines de Watteau qui sont mystérieuses comme on le croit volontiers, ce sont celles de Gillot. A\^atteau trouve chez son maître les sujets qu'il n'a pas connus en Flandre et il puise dans son propre génie les éléments de sa réalisation merveilleuse ; mais où, mais comment Gillot s'est-il formé?
Si Watteau est encore mal connu, c'est qu'on n'a tenu compte dans son étude que des circonstances de sa vie et des influences exercées sur lui par son milieu, alors que son tempérament nerveux et maladif, d'une part, son génie, de l'autre, justifient dans son œuvre tout ce que n'expliquent ni ses origines artistiques, ni son temps, ni son entourage. A mesure qu'il avance en âge, le Maître oublie tous ses initiateurs et s'abandonne entièrementà sa nature. Cependant il ne faut pas s'astreindre, pour l'étudier, à la règle inflexible d'une chronologie étroite. On établit aisément des groupements généraux dans son œuvre, (la plupart des scènes militaires par exemple sont contemporaines du voyage à Valenciennes), mais bien des dates restent encore incertaines. Ainsi rien ne prouve que le Départ des comédiens italiens soit de 1716^ La satire est violente, a-t-on dit, et Gillot lui-même, Gillot le frondeur, n'eût certainement pas osé braver ouvertement avant la Régence M. d'Argenson et ses exempts. S'il est vraisemblable que le tableau ne fut en effet gravé qu'après 171 5, il ne manquait pas de mécontents pour le commander et pour