Virgile Josz, Watteau, p
LES DEBUTS DE WATTEAl' 277
l'exposer du vivant môme de Louis XIV, en dépit de tous les exempts de M. d'Argenson. Les Chinoiseries de la Muette, qu'on a longtemps datées du séjour chez Audran, viennent d'être reportées aux premières années de la Régence', sous prétexte qu'elles auraient été gravées sous le nom d' Audran si Watteau les avait peintes chez son maître; mais ici encore les gravures ne prouvent rien, elles peuvent être postérieures de dix ans à l'exécution des originaux :. en réalité, la date des Chinoiseries est inconnue. Elle importe peu d'ailleurs : Watteau ne produit que pendant une douzaine d'années ; c'est d'après leurs affinités qu'il faut grouper ses œuvres.
Les anecdotes de goût flamand, les scènes d'intérieur, les coins de cabaret à la Téniers, les vues de foires et de kermesses à la Rubens, les croquis des rues expriment sa conception primitive-. Cette inspiration initiale, le maître ne la doit pas à sa famille % comme presque tous ses contemporains, mais à son pays. Les influences qu'il subit dans son enfance sont communes à tous les artistes de Valenciennes. La cité, prise par Louis XIV, est restée essentiellement flamande. Comme Douai, comme Saint- Omer, comme tant d'autres petites villes du Nord, elle est depuis la Renaissance un centre artistique très actif. Ses églises abritent de grandes œuvres : à Saint-Jacques, la Décollation de Van Dyck, à Notre-Dame-de-la-Chaussée, une Descente de c}^oix de Rubens, un Calvaire de Janssens, une Parabole de Crayer aux Dominicains, et, dans les autres églises des Rubens encore, encore des Crayer, et des Otto Venius, et des Paul de Vos. Grasse et joyeuse, malgré le malheur des temps, la vie des Flandres s'épanouit en de petites toiles aux murs des demeures bourgeoises. Watteau voit les