WATTEAU ET RU BEN S
l'encourage à peindre ces petits sujets de fantaisie ; mais il ne les lui révèle pas — Watteau les connaissait depuis son enfance, — il ne lui enseigne pas non plus le coloris; c'est au contact de Rubens que Watteau va se révéler coloriste de génie.
Claude Audran*, qui l'accueille après Gillot, est concierge du Luxembourg, et la ]lc de Marie de Médicis par Rubens décore la grande galerie du palais. Watteau ne connaît encore que quelques œuvres du Maître d'Anvers, entrevues à Valenciennes, dans la pénombre des églises; à peine au Luxembourg, il est séduit par les compositions éclatantes de lumière et de vie, et il les étudie passionnément, et il les copie avec ferveur. Dès cette époque il admire d'autres chefs-d'œuvre de Rubens. Avant son départ pour Valenciennes, séduit par le voyage d'Italie comme tous ses contemporains, il concourt à l'Académie pour le grand prix en 1709-, et suit quelque temps au moins les leçons de l'École puisque les élèves seuls sont admis en loge. Entre autres exercices pédagogiques, les étudiants copient les tableaux du Cabinet royal conservés à Paris ; la Kennesse de Rubens est du nombre et Watteau la préfère sans doute à coûtes les autres œuvres. Il en dessine les groupes en des croquis que nous avons encore : les deux femmes allaitant leur enfant, le paysan et la paysanne dansant (Musée du Louvre, collection His de la Salle), et l'homme renversant à demi une femme sous son étreinte ' (autrefois dans la collection Schwiten. Peut-être même s'inspire- t-il de la ATcrmesse dans une de ses toiles les plus importantes, la Signature du contrat de la noce de j'illage^ animée des mêmes Flamands heureux, et datant du voyage à Valenciennes, c'est-à-dire du temps où il achève à peine l'étude du tableau de Rubens qui, ne l'oublions pas, s'appelait la Noce de village, quand le roi l'acheta au marquis d'Hauterive".
La dévotion de Watteau pour Rubens ne se dément jamais :
1. La vie de Claude .AuJran est complètement inconnue. Cette absence de détails est d'autant plus regrettable que le maître est très important : il donna aux Gobelins des cartons qui comptent parmi les meilleurs de la manufacture et il transforma complètement l'art des arabesques.
2. C'est un artiste parfaitement inconnu aujourd'hui, Ant. Grison, qui le remporta. Au concours de 1709 on avait proposé deux sujets : Le Retour de Dcivid à Jérusalem après la défaite de Goliath et David accordant le pardon à Abigaïl. Grison avait peint le premier, Watteau le second.
3. Watteau a reproduit ce groupe, en changeant simplement les costumes, dans la Surprise.
4. Elle fut peinte pour les d'Arenberg et gravée par Cardon. Elle est conservée à Bruxelles.