‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 254 sur 273 · Ed. de Concourt, L'An du XI'IIP siècle^ 1" série, p · texte numérisé non relu

Ed. de Concourt, L'An du XI'IIP siècle^ 1" série, p

CONCLUSION

i ^;^^2gufs;K3 e crois, écrit Diderot en 1707, '-< que l'École a beaucoup déchu et qu'elle déchoiera davantage. Il n'y a presque plus aucune occasion de faire de grands tableaux. Le luxe et les mauvaises mœurs qui distribuent les Palais en petits réduits anéantiront les Beaux-Arts' >i/. La grande peinture, c'est-à-dire la peinture décorative, religieuse ou historique, est presque morte en effet au milieu du xviii^ siècle, mais sa vie n'est pas indispensable à la prospérité de l'École, comme le croit Diderot. L'art de 1760 est très différent de celui de 1660, sans lui être inférieur. Entre ces dates, la peinture française traverse une crise dont elle sort rajeunie, et dont les années ibgo et 1721 marquent assez exactement le début et la fin. Les artistes des vingt premières années du xviii' siècle relient donc Bouchera Le Brun. Si nous avons démontré que Watteau n'est pas seulement un principe, mais une résultante, et que toute la génération d'Antoine Coypel le prépare, si nous avons expliqué pour quelles raisons et par quels moyens les genres et les formes conventionnels et surannés disparaissent devant la fantaisie, la jeunesse

I Diderot, Elat actuel de V École française. Salon de ly'tj, Œuvres complètes (édit. Assézat, t. XI, p. 3oS).

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et la vie, après la mort de Le Brun, l'art du xviir siècle, au lieu de naître mystérieusement et de se développer comme un paradoxe, devient la suite régulière et normale de l'art du xvii'^ siècle.

Toutes les questions qui passionneront les hommes de 1760 sont en germe, déjà, dans les œuvres, dans les écrits et dans les discussions des hommes de 17 10. Si Boucher, Greuze et Fragonard peuvent visiter Rome sans s'italianiser, c'est que l'effort de Roger de Piles et des rubénistes a été couronné de succès; si tant d'autres peintres contemporains n'entreprennent jamais le voyage traditionnel, c'est que plusieurs artistes importants de la génération précédente ne l'ont pas accompli. Pierre-Jacques Gazes répondit un jour orgueilleusement à Crozat qui le plaignait de n'avoir jamais vu les chefs-d'œuvre italiens : '-< J'ai fait, Monsieur, comme Le Sueur, Jouvenet, Rigaud, Largillière et quelques autres grands peintres français; j'ai fait voir qu'on pouvait s'en passer' ».

Mais les hommes des premières années du xviir siècle n'ont pas seulement le mérite de préparer la voie à leurs successeurs, ils écartent aussi la pédagogie étroite, ils brisent la discipline rigide qui, sous Le Brun, menaçaient d'étouffer le génie national. La victoire qu'ils remportent sur le despotisme reste définitivement acquise à l'École : si des artistes, dans la suite, sont séduits de nouveau par un idéal d'autorité, ils ne sont plus dangereux, une fois admis le principe de libre examen et de libre critique; au contraire, ils tempèrent les excès auxquels entraîne souvent l'exercice d'une liberté sans limite et sans contrôle.

L'a^uvre de Watteau mis a part, la production artistique des premières années du xviir" siècle est cependant inférieure à celle qui la précède et à celle qui la suit. La deuxième moitié du xvir siècle et le milieu du xviir siècle sont plus féconds, plus riches en œuvres de premier ordre. Sauf dans un genre, le portrait, les artistes que nous avons étudiés sont incomplets : ils marchent vers un but qu'ils ne savent pas bien eux-mêmes, et leurs œuvres sont souvent indécises et inégales, ils méritaient pourtant, dans l'histoire, une meilleure place que celle qu'ils ont occupée jusqu'à nos jours. Ils ont été longtemps et vivement attaqués avant d'obtenir justice, avant même d'être défendus, et leurs ennemis les plus acharnés ont été leurs successeurs directs, c'est-à-dire les hommes qui leur devaient le plus.

L'effort des contemporains de Watteau s'est traduit pratique-

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