‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 255 sur 273 · I. D'Argenville, éd. de 1762, t. IV, p · texte numérisé non relu

I. D'Argenville, éd. de 1762, t. IV, p

CONCLUSION

ment par la victoire de la peinture de genre sur la peinture d'histoire. Les hommes du xviir siècle — peintres de genre avant tout cependant — déploreront ce résultat. Louis de Boullogne, par exemple, dira un jour à l'Académie que "< rien [n'est] plus dangereux pour les étudians que le goût des grotesques et des bambochades qui les éloigne de pouvoir traiter noblement l'histoire sacrée et la profane ». « On y sent, il est vrai, la nature , aj oute-t-il ; mais une nature outrée, comique, théâtrale, habillée chimériquement, qui s'éloigne des grands jeux, des belles proportions et de cette noblesse d'expression qui caractérise les sujets d'histoire et de la fable ^ » Tous les critiques, d'Argenville, La Font de Saint-Yenne, Dandré Bardon..., se lamenteront à l'unisson. Pour tous, Watteau n'est qu'un accident dans l'École, et un accident dont le retour n'est pas à souhaiter. Ils n'avouent pas, ils ignorent même que l'art du siècle entier est issu de son art. Ils citent rarement son nom, et toujours avec sévérité. « Watteau est un peintre flamand, écrit Voltaire, qui a travaillé à Paris où il est mort, il y a quelques années. Il a réussi dans les petites figures qu'il a dessinées et qu'il a très bien groupées, mais il n'a jamais fait rien de grand, il en était incapable-». Diderot tient le Maître pour un «peintre de dessus déportes-'». Ceux mêmes qui l'ont connu personnellement sont injustes. Ses compositions « n'ont aucun objet, dit Caylus ; elles n'expriment le concours d'aucune passion et sont par conséquent dépourvues d'une des plus piquantes parties de la peinture, je veux dire de l'action* ». Les plus indulgents lui reprochent de n'avoir pas peint l'histoire : « Le goût qu'il a suivi est proprement celui des bambochades et ne convient pas au sérieux », affirme d'Argenville", et, pour Gersaint lui-même plus clairvoyant d'ordinaire, il « auroit été à souhaiter que ses premières études eussent été pour le genre historique et qu'il eût vécu plus longtemps. Il est à présumer qu'il seroit devenu un des plus grands peintres de la France'^». Seul Julienne proteste, mais avec quelle timidité! « Il a même laissé quelques morceaux historiés, dont le goust excellent fait assez connoistre qu'il eut égale-

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