Ibid.^ t. II, p. 258 et
3. Reproduit par Chennevières dans les Recherches sur quelques.... peintres provinciaux de l'ancienne France, t. III. p. 233.
r,2 QUERELLE DES RUBÉNISTES ET DES POUSSINISTES
La deuxième partie de ses En! retiens paraît en 1672, la troisième en 1O79 sans qu'il réplique aux coloristes. Ce n'est que dans la quatrième partie, publiée en 1685, qu'il riposte enfin. Peut-ôlre la mort de Colbert, la disgrâce de Le Brun, le triomphe de Mignard lui ont-ils subitement révélé le danger. 11 malmène alors sans pitié Rubens : ce n'est qu'un artiste détestable, avec sa manie d'allégoriser sans goût et sans choix tous les sujets, sacrés et profanes. N'a-t-il pas poussé l'inconvenance jusqu'à introduire des personnages païens dans des scènes religieuses. Et cians VHisloire de Marie de Médicis, — sujet moderne, — que viennent faire ces tritons et ces néréides ?« Il a beaucoup manqué dans ce qui regarde la beauté des corps et souvent même dans la partie du dessein. Les contours se trouvent souvent altérez par sa manière peu étudiée. La plupart de ses ouvrages semblent estre tous formez sur une même idée. Ses vêtements ne sont point faits avec un beau choix, les plis n'en sont ni bien jetez, ni bien entendus, ni bien corrects. Cette grande liberté qu'il avoit à peindre fait voir en plusieurs de ses tableaux plus de pratique de pinceau que de correction dans les choses où la nature doit être exactement représentée, non seulement dans son dessein, mais aussi dans son coloris, où les teintes des carnations paroissent souvent si fortes et si séparées les unes des autres qu'elles semblent des taches ». Au contraire, Poussin est le génie par excellence. Il « a joint la beauté du pinceau et la vérité des carnations en conservant dans les contours la correction du dessin... il a répandu sur tous les corps des lumières fortes ou faibles, avec des reflets conformes aux lieux et aux actions qu'il a figurez sans s'éloigner de la nature ».
Après cette riposte énergique Félibien se tait. Croit-il que sa parole officielle a triomphé des novateurs? Ou bien, vieilli, désabusé, abandonne-t-il la lutte, son devoir accompli, assez clairvoyant pour en prévoir l'inévitable issue? En tout cas, à sa mort, en 1695, il ^*^ peut plus garder d'illusions : la partie est perdue. Les vieux poussinistes disparaissent sans trouver de successeurs' : Chan-
I. Il existe une preuve irréfutable de l'abandon où tombe à ce moment Poussin : la valeur marchande de ses tableaux baisse considérablement. Dans l'inventaire qui accompagne son testament {Nouv. Arcli. de l'art franc., année 1877, p. 42 et 43), Claudine Bouzonnet Stella, qui avait beaucoup de toiles du Poussin et les estimait i5,ooo 1., 8,000 1., 5,000 1., 4,000 1., prix considérable pour le temps, écrit aux parents auxquels elle les laisse : « Et à l'esgard de leur prisé desdits tableaux, marquée à un chacun, il ne faut pas les donner à moin si on peut, et surtous ceux du Poussin. Il les faut rouler dans leurs canons de fer-blanc et les emporter. Leur valleur reviendra toujours. »
Giavc pai Liesplaccs.
FIG. l8. — JL:aN JOUVENET. — DESCENTE DE CROIX.
(Musée du Louvre.)
•■,4 QUERELLE DES RUBÉNISTES ET DES POUSSINISTES.
tclou, leur dernier inspirateur, vient de s'éteindre en 1694. Les discours de Blanchard et de Champaigne font encore plusieurs fois les frais des conférences; ainsi Gaillet de Saint-Georges les relit en 1697, mais c'est Antoine Coypel qui les commente cette fois et il. prend certainement parti pour Blanchard contre Champaigne ^ Deux nouvelles lectures en 171 1 et en 1715 " tombent au milieu de l'indifférence générale. Le succès va maintenant à des peintres comme La Fosse, « ami particulier de M. de Piles'' », et Antoine Coypel, familier aussi du critique'. Mansart, nommé surintendant en 1699, est rubéniste : il impose à l'Académie la direction de Ch. de La Fosse'' auquel il adjoint, en manière de coadjuteur, de Piles luimême, nommé conseiller honoraire'^ : le dernier rempart des poussinistes est aux mains de leurs adversaires. De Piles triomphe; mais il triomphe avec modestie. Il consacre dès lors son activité à des questions d'intérêt général et n'écrit plus de livres de combat : on ne trouverait pas une phrase de polémique dans son Cours de peinture par principes Y^\\b\\Q en 1701.
Le long débat des rubénisteset des poussinistes n'est, en réalité, qu'une forme de la querelle des Anciens et des Modernes. Les partisans de Rubens sont, en art, les représentants de l'idée cartésienne du progrès; les poussinistes défendent l'antiquité au même titre que Boileau. A chaque instant, dans les conférences, dans les traités, dansles pamphlets même, le débat s'élargit, néglige Poussin, oublie
1. Proc.-verb., 2 mars, i3 et 2(3 avril iTigy, t. III, p. 207, 210, 212. En 1693, Ant. Coypel a peut-être écrit déjà un discours sur la question. Le 5 septembre, le 3o octobre et le 7 novembre on donne une série de trois conférences. Guillet relit les Réflexions de La Chapelle sur la conférence de Ph. de Champagne, puis le discours de Champagne sur Rébecca et Elié^er du Poussin; enfin une discussion de ce discours par Ant. Coypel. (Voy. Proc.-verb., t. III, p. i23, 127, 128.)