Rev. imiv. des Arts, t. IV, p
2. Poussiniste acharné d'abord, le duc perd sa collection dans une partie de paume jouée contre le roi; sur les conseils de R. de Piles, il achète alors quatorze Rubens. De Piles les a décrits sous ce titre : Cabinet de Mgr le duc de Richelieu. On ne connaît plus qu'un exemplaire de cet ouvrage : il est à la Bibliothèque Nationale. Le duc ayant remanié sa collection, de Piles en recommença le catalogue dans l'ouvrage intitulé : Dissertation sur les ouvrages des plus fameux peintres, dédiée à Mgr le duc de Richelieu, 1G81.
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arts la deuxième partie du tome I" de son Parallèle des Anciens el des Modernes^; il y développe les idées exprimées dans son Poème du siècle de Louis XIV : l'humanité est en progrès; les arts progressent avec l'humanité. L'art du x\ ii' siècle est donc supérieur à l'art antique et même à l'art de la Renaissance. Sans refuser tout mérite aux anciens, ne leur attribuons pas toute perfection.
Paul Lacroix écrit, en tête d'une édition de la deuxième partie du Parallèle : « Voilà donc la seule pièce qui ait paru dans la querelle des Anciens et des Modernes au point de vue des Beaux-Arts'- ». Ce n'est pas exact. Le deuxième livre de Y Histoire poétique de la guerre entre les Anciens et les Modernes, par de Callière (i68S), réfute déjà le Poème sni' le siècle de Louis XI J' de Perrault, et nous avons vu que Fénelon, lui-môme, dans ses Dialoi^'ues des Morts, prend le parti des antiques au point de n'admettre pas même la Renaissance italienne''.
Les artistes auraient dû, semble-t-il, intervenir au moins dans le débat sur le merveilleux païen attaqué par Perrault {Préface de Saint-Paulin), et défendu par Boileau {Art poétique) : ils y restent étrangers. Sans doute Félibien reproche à Rubens l'abus des allégories mvthologiques, mais il ne trouve pas d'écho : la mythologie est encore unanimement acceptée comme un des éléments essentiels de l'activité artistique. Saint-Sorlin lui-même, qui la proscrit sévèrement de la littérature, la tolère dans la peinture et dans la sculpture. Il accorde aux dieux leur place « dans les superbes jardins pour servir de décoration aux fontaines »; il admet ^r en tableaux et en statues les divinités païennes comme objets de divertissement».
La querelle des dessinateurs et des coloristes ne renaît pas avec celle des Anciens et des Modernes en 1714; la Scène de Tréleaitx de Claude Gillot', parodiant l'histoire du cheval de Troie, n'est qu'une boutade d'un ami de La Motte : l'entrée de R. de Piles à l'Académie a définitivement clos le débat. Peut-être les hostilités auraient-elles duré plus longtemps si l'idéalisme et le réalisme seuls avaient été en cause ; mais il fallait assurer au plus tôt l'indépendance des artistes menacée par une administration étroite et par un grand peintre autoritaire. En 1718, les polémiques passionnées de la fin du
1. Perrault, Parallèle des Anciens et des Modernes, 1688, t. I, p. i58.