‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 46 sur 273 · Ô8 L'ART ESPAGNOL KN FRANCE · texte numérisé non relu

Ô8 L'ART ESPAGNOL KN FRANCE

Puisque la préoccupation exclusive de Rome et de Bologne n'absorbe plus nos peintres, et qu'ils ont enfin conquis la liberté, on s'attendrait à les voir chercher des inspirations en Espagne et aux Pays-Bas aussi bien qu'en Flandre. En Espagne surtout. Les relations constantes entre la France et la Péninsule auraient dû, semble-t-il, favoriser les échanges artistiques ; ceux-ci sont au contraire absolument nuls. Bien accueillis dans toute l'Europe au xvn' siècle, nos peintres ne trouvent pas à s'établir au delà des Pyrénées* où l'école nationale suffitaux amateurs; les maîtres espagnols ne viennent pas non plus, comme les Italiens ou comme les Flamands, travailler à la cour de Louis XIV". Bien que deux reines de France au xvu'' siècle aient été des princesses d'Espagne, le roi n'a pas une œuvre espagnole dans son Cabinet. De tous les amateurs, Monsieur seul possède un Velasquez : Moïse sur les eaux. De Piles, qui a traversé la Péninsule avant d'écrire la Vie des Peintres, ne consacre pas une page aux peintres espagnols, et Ant. Coypel, qui affecte une si grande impartialité à citer dans ses Discours tous les artistes importants, ne les donne jamais en exemple. De plus, en 1690, Velasquez, Alonzo Cano, Murillo, Careiïo de Miranda sont morts; Claude Coello va mourir en 1694; l'École, en pleine décadence, est dirigée parun Luca Giordiano : quelles leçons en tirer? Il y a bien un peintre de Tarragone en France, Michel- Jacques Serres; mais c'est un assez pauvre artiste qui n'a jamais vu les chefs-d'œuvre de la grande époque. Il a quitté son pays dès l'enfance avec son premier maître, un moine catalan qui l'a conduit à Rome; puis il s'est établi en Provence. Le réalisme assez remarquable de ses deux tableaux consacrés à la Peste de Marseille^ procède de Puget et de son école plus que des grands naturalistes de son pays natal.

Après l'avènement de Philippe V, l'Espagne accueille enfin les artistes français. Le roi les appelle pour se donner, dans son exil, l'illusion des splendeurs de Versailles. 11 nomme Premier Peintre

sur le choix et l'arrangeynent dhin cabinet curieux : « On peut dire en général que les vrais peintres sont les Flamands et que. s'ils avaient la partie du dessein aussi accomplie que celle du coloris, ils seraient les premiers peintres de l'univers. » (Mercure de France, juin 1727.)

1. Voy. dans Dussieux, Les Artistes français à l'étranger, 3« édit., le petit nombre de peintres français établis en Espagne ou travaillant pour l'Espagne au xvn"= siècle.

2. Ils vont plus volontiers en Italie quand ils s'expatrient, mais ils s'expatrient rarement.

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