I. l'ie des Premiers Peintres..., t. II, p
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de Créqui : << je suis accoutumé depuis longtemps à des traitements favorables. C'est ce qui anime et qui soutient les hommes de génie*. » La carrière de Louis de Boullogne est très différente de celle de Coypel- quoiqu'elle le conduise aux mêmes honneurs. Fils de peintre aussi, mais d'un peintre moins célèbre que N. Coypel, Louis de Boullogne, protégé par Colbert dans sa jeunesse, ne peut pas plus qu'Antoine Coypel prétendre aux faveurs de Louvois. Mais, tandis que l'un se rattache immédiatement à la cour par la grande Mademoiselle et le duc de Chartres, l'autre travaille laborieusement, presque obscurément pendant des années, pour des églises, des couvents et des particuliers. Sa modestie n'inquiète pas Mansart qui lui conlie la décoration de la chapelle Saint-Augustin aux Invalides, et sa fortune commence enfin. Il est occupé à la chapelle de Versailles en 1709. En 1715, l'Académie le nomme adjoint à recteur. Sa promotion aux différents grades de la Compagnie a été laborieuse : il n'a obtenu le premier prix qu'à dix-neuf ans ; c'est à vingt-sept ans seulement qu'il a été reçu académicien; il est resté vingt et un ans professeur \ Mais, en 1717, il est recteur, et, à la yiort de Coypel, en 1722, après toute une vie de labeur continu, obstiné, il est seul capable de recueillir la succession qui s'ouvre. Il hérite sur-le-champ du directorat académique, de la charge de dessinateur des médailles; en 1723 enfin il est nommé Premier Peintre et anobli. Ses qualités de courtisan et d'homme du monde sont nulles. Les biographes hjuentsurtout sa droiture et sa persévérance. «Monsieur de Boullogne, dans toutes les places qui l'ont conduit successivement à la première de cette Académie, a rempli les différens devoirs qu'elles exigent avec une dignité, une exactitude, un zèle pour le progrès des Arts que nous ne pouvons trop nous rappeler... Son assiduité dans son mois d'exercice (de professeur) rendoit la jeunesse assidue; nous le craignions parce que nous l'aimions; nous faisions usage avec ardeur du tems fixé pour l'étude parce qu'il n'en perdoit pas un instant; enfin nous faisions notre devoir avec régularité parce que lui-même il remplissoit parfaitement le sien'. »
1. Lettre du 25 juin 1686. Voy. H. Jouin, Charles Le Brun, p, 422-423.
2. Voy. surtout la Vie de Louis de Boullogne par Watelet, dans la Vie des Premiers Peintres du Roi, t. II, p. 42 et suiv., et la Réponse de Charles-Antoine Coypel, p. 75 et suiv. ; ainsi que d'Argenville, 1762, t. IV, p. 263-270.
3. Ant. Coypel, académicien à vingt ans en 1681, est adjoint à professeur à vingt-trois ans en 1684, professeur en 1698; il quitte ce grade dès 1707, ses dix ans à peine accomplies.
4. Ch.-Ant. Coypel, Réponse à l'Éloge prononcé pjir Watelet. Vie des Premiers Peintres..., t. II, p. 7G-77.
JKAN .iOUVENET — J KAN-BAPTISTE SANTERRE
Les tempéraments des artistes n'étaient pas tous nivelés par la discipline administrative ; la chasse aux commandes et aux grades ne tuait pas l'originalité des pe intres à la fin du xvii" siècle. Ainsi, la pureté des mœurs et l'élévation du caractère dominèrent la vie de Jouvenet. «Il était bon, humain, généreux, inaccessible à l'ambition et à Tenvie*. /y La rigide lignée de peintres provinciaux dont il descendait lui transmit une piété sévère, une religion étroite'. Il décora plus volontiers les couvents et les églises que les palais, et lorsqu'il travaillait pour des moines il s'installait souvent chez eux et composait ses œuvres dans la paix des monastères.
S'il trouva bon accueil à la cour, c'est qu'il peignit au temps où le roi vieilli, malheureux, dominé par M""' cie Maintenon, s'abandonnait à la religion. Mais il n'eût jamais consenti à se plier aux caprices des grands, à peindre des sujets galants pour obtenir des commandes. Sous le règne de Louis XV, il eût été délaissé comme le fut son neveu Jean Restout, élevé dans ses principes^ Le galant Santerre fut séduit, au contraire, par l'élégant libertinage des mœurs du temps. Il s'entoura d'une académie de jeunes filles où il
choisit ses modèles et qu'il transforma, dit la chronique, en un harem. Il peignait volontiers des nudités qu'il oubliait souvent de rendre mythologiques, en dépit des préjugés encore puissants. Ce fut un original accompli : il se consacra d'abord au portrait, mais, fatigué bientôt des critiques qu'on lui adressait, il décida de ne plus garantir
— ANTOINE WATTEAl'. — LE SOLITAIRE.