Mercure de France, décembre 1717, p
2. Sur Grimou, voy. Charles Blanc, École française, t. 111. Appendice et Fuessli. Geschichte der besten Kiinstler in der Schwei^, t. Ilf.
ARNOULD DK VIIKZ — ANTOINK RINAI.Z
débauche. Il peignit des portraits de petites gens en habit de travail. Avant lui, personne en France n'avait osé emprunter les études de buveurs au réalisme de la Flandre. La légende a enrichi sa vie d'anecdotes' dont plusieurs ont une valeur symbolique. Comme il visitait un jour Rigaud, vêtu de mauvaises loques, raconte un biographe, le grand portraitiste lui dit: « Monsieur Grimou, nous serions heureux de jouir souvent de votre présence, mais nous vous supplions de vous vêtir un peu plus convenablement. »
Grimou revint richement habillé : on le fêta. La fois suivante son costume fut plus magnifique encore : on l'admira. Il reprit enfin ses habits râpés , et comme Rigaud s'irritait de la plaisanterie : «Monsieur, lui dit Grimou, je croyais que vous me recherchiez pour mes talents et non pour la richesse de mes habits. Je vois que je me suis trompé ; adieu. >/ Et il sortit pour ne plus revenir.
N'est-ce pas la déclaration de guerre du portrait simple, du portrait réaliste, au portrait d'apparat?
Le tempérament batailleur d'Arnould de Vuez décida de sa carrière. De talent moyen, Vuez eût trouvé du
travail à Paris; mais à Rome, dans sa jeunesse, il tua plusieurs adversaires en duel. Réfugié à Paris, il mit à mal un officier dans une querelle et s'enfuit à Constantinople avec l'ambassadeur de France. A son retour, Louvois, pour s'en débarrasser, l'envoya peindre un tableau d'église à Lille, où il s'installa définitivement et passa une vie assagie à décorer de toiles pieuses les églises et les couvents de la région "-. Antoine Rivalz, dont la carrière eût été brillante à Paris,
1. Grimou a même été mis à la scène en un vaudeville, par Maxime de Redon.
2. Sur Arnould de Vuez, voy. Quarré-Reybouron, Arnould de Fi/ef dans Réitn. des Soc. des Beaux-Arts des dép., ipoS, p. 497 et suiv.