‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 15 sur 52 · FIG. 32- — JEAN CIOOUX. — MORT DE LÉONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

FIG. 32- — JEAN CIOOUX. — MORT DE LÉONARD DE VINCI

{Musée de Besançon. - D’après la lithographie de Mouilleron.)

laire. Cet éclatant début n’eut guère de lendemain; après cet effort, disproportionné sans doute à ses facultés, l’artiste, courageux et fier pourtant, garda comme une sorte de courbature : ses décorations de Notre-Dame-des-Doms, à Avignon, sa Mort de Jeanne d' Arc (musée d’Angers), ses peintures de l’église de Fougères, sont veules, sans nul accent dans les formes, sans intensité d’expression; la Bataille de La Marsaille (musée de Versailles) ne représente qu’un bon ouvrage moyen; la Prestation du serment de Louis-Philippe (id.) a trahi les promesses de l’esquisse; seul un plafond au Louvre, Louis XIV félicitant Puget devant le Milon de Crotone, retrouve l’air de jeunesse et la fleur de palette de son premier ouvrage.

Louis Boulanger. — Louis Boulanger (1806-1867), que l’expansive amitié et les multiples dédicaces de Victor Hugo assurent, bien mieux que ses toiles, de l’immortalité, débuta à cet illustre Salon de 1827, par un Ma\eppa lié sur le cheval (musée de Rouen), d’une vraisemblance historique médiocre, mais d’un bel emportement de brosse; en 1 833, ce fut Y Assassinat du duc d'Orléans , où la rage des meurtriers s’acharnant sur la victime formait, avec le flegme des porteurs de torches, un contraste saisissant. La Chasse infernale du Salon de 1 83 5 , une Scène d'orgie à la Cour des Miracles (musée de Dijon), une lithographie fameuse : le Sabbat dans une église , affirment une manière de plus en plus violente, mélodramatique et macabre, où les formes s’étirent, se tordent, se convulsent, y compris les architectures, dans le but de rivaliser avec les descriptions des romanciers. Mais ceux-ci ne parlant aux sens qu’à travers l’imagination, toujours complaisante, avaient facilement l’avantage sur ces transcriptions par trop littérales. L’artiste tenta d’autres voies avec le Triomphe de

Pétrarque qu’a chanté Théophile Gautier, et qui marque

un acheminement vers des ordonnances plus nobles et d’un style plus idéal, telles que Trois amours poétiques

(Muséede Caen.)

(musée de Toulouse), et les Bergers de Virgile (musée de Dijon). Malheureusement, sa verve se refroidit à l’excès dans ces dernières compositions, où le sentiment pittoresque absent n’est point compensé par une fermeté de métier suffisante. Un homonyme de ce peintre, Clément Boulanger (1805-1842), a laissé divers tableaux de foules d’une belle couleur et d’une disposition ingénieuse : la Procession du corpus Domini à Rome , le Baptême de Louis XIII , la Procession de la gargouille à Rouen (musée de Toulouse).

Une autre vision s’exprime chez Léon Riesener (1808- 1 878), fils du portraitiste, et élève de Gros. La liberté de son pinceau se plaît à caresser des formes opulentes et à les nacrer de belles lumières. Sa Vénus au miroir, du Salon de 1 838, la Petite Egyptienne et sa nourrice (i83q), la Léda (1841, musée de Rouen), la Nymphe couchée (1864), qu’a recueillie le muséedu Louvre, sont des morceaux d’une construction loyale et d’une sensualité raffinée. Jean Gigoux (1806-1894), praticien puissant, épris des vastes tâches, a brossé nombre de beaux portraits, dont celui du général Dvernicki ( 1 833, musée du Luxembourg), et quelques toiles importantes, dont les deux principales figurent au musée de Besançon, sa ville natale. Ce sont : la Mort de Léonard de Vinci ( 1 8 3 5) [fig. 3z], remuante et colorée, avec l’originale figure du vieil artiste prosterné aux pieds de François Ior, et la Veillée d'Austerlit 4 (1857), tout illuminée des torches improvisées par les soldats avec la paille de leur bivouac. V Antoine et Cléopâtre ( 1 838), du musée de Bordeaux, manque de distinction et de vie. Un transfuge du classicisme, Debon (1807-1872), élève de Gros, trop oublié aujourd’hui, eût dû se survivre par quelques compositions puissantes, pleines de chaleur et de mouvement : la Bataille d'Hastings [fig. 33] (1845, musée de Caen), la Défaite dé Attila (1848, musée de Versailles), Y Entrée de Guillaume le Conquérant à Londres ( 1 85 5), Henri V/IIpro-

Page 1