‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 16 sur 52 · FIG. 34. — CHAMP MARTIN.^ — M® DE MIRBEL · texte numérisé non relu

FIG. 34. — CHAMP MARTIN.^ — M® DE MIRBEL

(Musée de Versailles.)

8o LA PEINTURE FRANÇAISE

clamé chef de la religion anglicane. Poterlet (1802-1 83 5) fat encore une des espérances, trop tôt fanées, du Romantisme. La Dispute de T ris sot in et de Vadius (i83i, musée du Louvre) a fait surnager la mémoire de cet artiste doué d’un franc sentiment de la couleur, dans le goût anglais.

L’Angleterre, au surplus, ne fut pas sans exercer une influence appréciable sur cette phase de notre école. Nous verrons plus loin quel grand retentissement eurent les expositions de Constable à Paris ; Champmartin, auquel nous allons arriver, n’a pas vu sans profit les portraits de Lawrence à nos Salons ; enfin, un peintre libéralement doté par la nature, qui s’était fait de la France une seconde patrie, et alternait ses séjours parisiens avec de longues tournées en pays normand ou picard, Bonington (1801-1828), élève de Gros, œil frais et vif, main alerte, faisait écrire de lui par Delacroix en 1826 : « 11 y a terriblement à gagner avec ce luron-là, et je sens que je m’en suis bien trouvé. » Hommage insigne et vérité manifeste; ce jeune maître, épris de la finesse argentine de nos plages, des masses puissantes de Versailles, des jolies anecdotes de notre histoire, nous a pourvus d’une technique nouvelle, celle du ton pur et de la tache franche, prestigieusement appliquée par lui à ces beautés indigènes. Le Romantisme et surtout l’art français lui durent beaucoup. Champmartin (1797-1883), élève de Guérin, dont la vogue de portraitiste a duré vingt ans, manifesta un talent facile, un goût agréable, une manière large et franche de poser la touche, un amour des carnations saines et brillantes, singulièrement proches des pratiques anglaises. Son portrait de Mme de Mirbel, en chapeau cabriolet et robe à fleurs [fig. 3q] ( 1 83 1 , Versailles), un peu superficiel peut-être, comme il arrive souvent chez nos voisins, est d’une fraîcheur charmante; celui du duc de Fitz-James ( 1 83 1 ), en manteau de pair, faisant sauter sur ses genoux ses fillettes, dont l’une joue avec l’épée de

cour, offre une évocation paradoxale de ces joies du « home » si révérencieusement prônées outre Manche; il n’est pas jusqu’au baron Portai ( 1 833, musée de Montpellier), ministre de la marine, avec sa perruque poudrée, sa lévite et son chapeau rond, qui n’affecte l’aspect de quelque pasteur méthodiste. En outre de ces effigies, auxquelles il faut joindre celle d’Hussein Pacha (i 83 t), dont le succès fut grand, on

fig. 3 5 . — a r y scheffer. — Françoise de RiiuNi. (Galerie Wallace.) (Reproduction autorisée par Goupil et Cle, éditeurs, Paris.)

doit à Champmartin quelques compositions importantes, telle la Prédication de saint Jean-Baptiste, à Saint-Thomasd’Aquin, tableau intéressant par des nus bien traités et le caractère tout contemporain de ses types de catéchumènes.

Ary Scheffer. — Ary Scheffer (1785-1858), né à Dordrecht, doit, en dépit de sa nationalité, être mentionné ici. C’est à l’atelier de Guérin qu’il s’affilia au mouvement romantique. Quelque temps adonné à de petits

sujets semimentaux, il s'enhardit aux grandes pages d’histoire avec Jes Bourgeois de Calais ( 1 8 1 g, musée de Versailles;; les tendances idéalistes de sa nature s’exprimèrent en 1822 par sa Françoise de Rimini (galerie Wallace) [fig. 35] qu’a popularisée la gravure. Les Femmes Souliotes (1827, musée du Louvre) inspirées, comme le Massacre de Scio , par l’insurrection hellénique et qui s’en rapprochent par l’accent tragique de la couleur, furent précédées de la Mort de Gaston de Foix (1824, musée de Versailles) et suivies du Larmoyeur [fig. 36] ( 1 8 3 4 , musée de Rotterdam), dont la chaleur est achetée (et l’existence mise en danger) par une large consommation de bitume. Puis on le voit soudain évoluer, le côté germanique de son esprit reprend le dessus; sa pâte s’amincit, son métier se spiritualise, il ne peint plus que des âmes dans la prière, le rêve ou l’extase : Saint Augustin et sainte Monique (1846, musée du Louvre), les trois Mignon , les cinq Marguerite , les quatre Faust. Cette peinture à tendances, où passe une fade atmosphère de romance, a bien vieilli. Scheffer est ici nettement une victime de la littérature; la confusion d'art et surtout l’inspiration d’emprunt, profitable à un Delacroix, génie mieux trempé qui s’assimile et transmute ses larcins, l’ont perdu. Une note plus favorable est due à quelques toiles officielles, comme la Réception des hussards du duc de Chartres (musée de Versailles), et à de nombreux portraits (Villemain, Lamennais, au musée du Louvre; Barante, P.-L. Courier, Lobau, au musée de Versailles ; Talleyrand, La Fayette), d'une ressemblance souvent serrée et d’un faire parfois chaleureux. La carrière et l’œuvre de Scheffer n’en manquent pas moins d’unité, et ne laisseront dans l’histoire qu’un souvenir indécis1.

1. Steuben (1788-1856), autre esprit germanique, s’enesttenu à la première manière de Scheffer : sa Jeanne la folle (musée de Lille), ses deux Esmeralda (musée de Nantes), sa Bataille d’ivry (plafond du Louvre)

(Musée de Rotterdam. — D’après la lithographie de Cam. Rogier.)

ouvert à toutes sortes de préoccupations et d’inquiétudes. Il avait la conception d’un Hollandais qui peint ce qu’il voit, dans son champ limité, avec le seul désir de le traduire aussi fidèlement que possible. De là ce grand nombre de

rappellent invinciblement ce maître, auquel il ne le cède guère, en ses bonnes pages. — Henry Schefter (1798-1862), frère d’Ary, a travaillé pour Versailles; on se souvient de son Arrestation de Charlotte Corday (r83o), page mouvementée, sinon émouvante.

L’EPOQUE ROMANTIQUE 8j

Decamps. — Il en est tout autrement de Decamps (i8o3- 1860); celui-là sut mesurer ses forces et borner ses ambitions, et dès qu’il se fut fait une manière, il ne s’en départit point, jusqu’à la fin. Ce n’était pas un esprit curieux,

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