‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 19 sur 52 · FIC. 4\ — TASSAERT. — UNE FAMILLE MALHEUREUSE · texte numérisé non relu

FIC. 4\ — TASSAERT. — UNE FAMILLE MALHEUREUSE

(Musée du Louvre.)

assez marqué pour les mouvements lents et les poses tranquilles, il serait peu aisé de distinguer ce qu’ils ont apporté en propre. Le plus notable d’entre eux est Hippolyte Fiandrin (1809-1864).

H. Flandrin. — Né à Lyon, il y étudia d’abord sous des maîtres locaux, Révoil entre autres, entra en 1829 dans l’atelier d’Ingres et, trois ans après, remportait le prix de Rome. Ingres le rejoignit bientôt dans la Ville éternelle, et l’intimité où ils vécurent imprima à jamais son influence dans l’esprit déférent et grave de l’élève. Mais, à la différence de son directeur, la beauté profane, la plastique pure l’attiraient peu : c’est aux sources chrétiennes qu’il puisait plus volontiers. Saint Clair guérissant les aveugles (1837, cathédrale de Nantes), son premier envoi, respire une austérité recueillie. Jésus bénissant les petits enfants (musée de Lisieux), qui suivit, offrait plus d’onction, d’ingénuité, avec une placidité non moindre. Le Dante dans le cercle des envieux (musée de Lyon) revêtit nécessairement une tonalité plus sombre et plus forte, mais sans s’animer sensiblement. Le Jeune grec assis (musée du Louvre), belle académie sobre serrée, est, toutes proportions gardées, YŒdipe de Flarrdrin. Cependant divers travaux officiels l’acheminaient vers ce qui était sa véritable vocation : la peinture murale. La chapelle de Saint-Jean-l’Evangéliste, à Saint-Séverin, le montra, dans la scène du supplice, plus chaleureux et plus dramatique. Mais les peintures sur fond d’or des absides, à Saint-Paul de Nîmes et à l’église d’Ainay, à Lyon, en le ramenant à la conception byzantine, avec ses figures nettement découpées, sans dégradations ni plans, accentuèrent le côté ascétique de son style. Il l’assouplit pourtant, à quelques années de là, dans le vaste cycle de peintures décorant la nef et le chœur de Saint-Germain-des- Prés, qui reste son œuvre maîtresse. Les épisodes les plus

la nativité. (Église Saint-Germain-des-Prés.)

caractéristiques de l’Ancien et du Nouveau Testament y alternent, au-dessus des arcades, ramassant chacun en peu de figures les traits essentiels de chaque scène. Par la simplicité de la distribution, la largeur des mimiques, l’aspect sculptural des groupes, ces compositions se fixent dans l’œil : le Sacrifice d* Abraham, le Buisson ardent , le Passage de la mer Rouge, la Nativité [üg. 46], en particulier, se silhouettent avec l’impérieuse netteté des figures schématiques. Le dernier travail de Flandrin fut la double frise de la nef de Saint-Vincent-de-Paul; les saints, les martyrs y défilent en procession lente, dans l’attirail et avec les emblèmes consacrés. Il y a là force trouvailles de types, d’attitudes et de costumes, sans qu’un ton forcé, une ligne discordante vienne jamais rompre la majesté solennelle de l’ensemble. A l’exemple de son maître, Flandrin a été un portraitiste très remarquable : les images qu’il a tracées de plusieurs personnages de son temps dénotent une pénétration psychologique rare; celle de Napoléon III ( 1 863) [fig. 47], entre autres, est parlante : l’idéalisme trouble, la volonté indécise du modèle y sont inscrits en traits inoubliables; ses effigies féminines respirent urfe-grâcedlécente, une sérénité exquise. Ses immenses travaux avaient épuisé une santé déjà fragile, et on lui conseilla le séjour reposant de Rome. Il y mourut à cinquante-cinq ans. Son frère Paul (1811-1902) a cultivé, avec une assiduité parfois récompensée, le paysage historique, et laissé d’excellents petits portraits au crayon (musées du Luxembourg et de Lyon).

Il faut faire une place, à côté de Flandrin, à la petite école mystique de Lyon que personnifient les noms d’Orsel, Perm et Gabriel Tyr. Plus encore que chez lui, le semiment religieux en est le principe inspirateur, mais sans nul mépris ascétique de la forme, respectée, aimée au contraire, comme l’image et l’habitat passager de Dieu. Gabriel Tyr résumait son programme dans un mot célèbre : « Il faut baptiser l’art grec.» Victor Orsel(i795-

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