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qu’ils se flattèrent de prendre ici et là de quoi se constituer une manière également éloignée de l’excès dans les deux sens. A vrai dire, ce fut moins chez eux, le plus souvent, affaire de réflexion et de méthode, que de tendances natives et inconscientes.
Horace Vernet. — On ne peut en effet faire honneur — ou grief, si l’on préfère — à l’esprit critique d’Horace Vernet (1789-1863) de la position intermédiaire qu’il occupe, avec des œuvres comme Jules II commandant les travaux du Vatican, Edith cherchant le corps d'Harold (1828), la Rencontre de Raphaël et de Michel- Ange ( 1 833, musée du Louvre), Ma^eppa ( 1825, musée d’Avignon) ou Judith tuant Holopherne ( 1 8 3 1 , musée du Louvre). Ces tableaux sont des exercices où il crut faire montre de sa bonne éducation de peintre et prouver qu’il pouvait, lui aussi, se réclamer du « style ». Il avait bien produit, dans la formule rorriantique la plus exagérée, une Lénore qui est au musée de Nantes. Mais sa véritable vocation est le genre historique, et c’est là que ses qualités de narrateur ingénieux diversifiant les épisodes, contrastant les effets, mettant le sourire près des larmes, avaient naturellement place. Il porta ces qualités à leur point culminant dans le Combat de la barrière de Cliclrp [fig. 48] (1822, musée du Louvre). Le naturel de ses bonshommes, si bien « à leur affaire », le désordre pittoresque de l’action, l’aspect décousu de cette lutte improvisée où figuraient moins de professionnels que de simples civils, tout cela est dit nettement, légèrement, avec un esprit détaché qui plaît encore, quelque autre idéal que nous nous fassions actuellement de la peinture. Ce tableau type, il le refit, le délaya trop souvent, ne le surpassa jamais.
L’énumération de ses toiles militaires nous entraînerait trop loin; elles relèvent de deux poétiques différentes. Dans les batailles anciennes, Fontenoy, léna, Friedland,
L’EPOQUE ROMANTIQUE m
Wagram (i 836, musée de Versailles), il metau premier plan un groupe important : le souverain ou le général en chef
FIG. 5o.
Neurdein frères,' phot.
P. DELAROCHE. — MORT d’ÉLISABETH D’ANGLETERRE.
(Musée du Louvre.)
entouré de son état-major, donnant des ordres, recevant des drapeaux pris, félicitant un soldat valeureux et blessé ;
quant à l’action proprement dite, elle se déroule dans le fond, en proportions minuscules. Dans les guerres contemporaines, au contraire, avec un milieu militaire qui lui est familier, un terrain qu’il a reconnu lui-même, il opère autrement; c’est sur le soldat, l’anonyme glorieux qui gagne les victoires, qu’il porte toute son attention et sa sollicitude, et il prend plaisirà montrer un à un les aspects de son héroïsme, l’entrain farouche, l’adresse agile, ou la gaieté goguenarde. C’est ainsi que Y Assaut de Constantine [fig. 49], la Prise d la Smalah (1845. musée de Versailles), la Bataille de /’ Isly (1846, id.), sont pleins de portraits pris sur nature, vraie galerie de héros inconscients. Le defaut grave, ici, c’est le manque de sacrifices, le morcellement exagéré de l’etfet, l’absence totale d'impression d’ensemble, en sorte qu’il est tel tableau de lui (de dimensions d’ailleurs excessives et qui exigerait, pour être embrassé en entier, un redulquel’exiguïté des musées, ou même notre myopie, rend impossible) qu’il faut en quelque sorte dérouler d’un bout à l’autre, comme un papyrus gigantesque. Vernet ignore également le pouvoir expressif du ton, ses toiles sont bariolées, tachetées, coloriées si l’on veut, mais non peintes. Ces réserves faites, — et elles sont très sérieuses, — il nous semble que le discrédit actuel de ces ouvrages frise l’injustice, et que dans cinquante ans, moins tard peut-être, on reconnaîtra les jolies qualités françaises qui pullulent dans ces toiles, surfaites sans doute jadis, et trop décriées aujourd’hui.
Vernet, n’étant pas, techniquement parlant, un artiste, eut dans l’Europe entière un renom extraordinaire; les souverains se disputaient sa personne et le couvraient à l’envi de leurs ordres. Quelque chose de cette popularité échut en partage à songendre, Paul Delaroche(i797-i856).
Delaroche. — Élève de Watelet, puisdeGros, Paul Delaroche débuta en 1822, par un Joas sauvé par Josabeth
L’ÉPOQUE ROMANTIQUE iij
et une Descente de croix ; diverses toiles d’histoire anecdotique suivirent, mais c’est en 1827 qu’il frappa son grand coup avec la Mort d'Élisabeth [fig. 5o] (musée du Louvre), ouvrage oü il se rapproche singulièrement des romantiques : la reine, livide, affaissée dans son costume d’apparat, parmi le trouble et l’empressement de ses femmes également couvertes de parures, formait, avec ses chatoiements d’étoffes, son encombrement de détails parasites, un ensemble dont Devéria eût tiré gloire. A ce même Salon, la Mort du président Duranti , plus sobre d’accessoires, concentrait mieux l’impression tragique. Un effet de nuit, assez lourd, la Prise du Trocadéro (musée de Versailles), avec ses soldats aux écoutes attendant le signal de l’assaut, s’ajoutait à ces deux toiles. A dater de i83o, Delaroche eut à chaque Salon plusieurs œuvres à sensation ; en 1 8 3 1 : Cromwell ouvrant le cercueil de Charles Pr (musée de Nîmes), effet trop littéraire comportant chez le principal personnage une complexité d’expression intraduisible; les Enfants d'Edouard (musée du Louvre), blottis et enlacés sur leur lit, écoutant avec terreur l’approche des assassins dénoncée par l’émoi d’un petit chien. L’ingéniosité de ce spectacle, l’angoisse habilement dosée qu’il distillait passionnèrent tous les cœurs sensibles. Richelieu remontant le Rhône {c ollection Wallace), vers Lyon, suivi de la barque qui conduit Cinq-Mars et de Thou au supplice, dégageait une autre forme d’horreur, moins mystérieuse, moins raffinée, mais appréciable encore. De plus en plus voué aux mises en scène sanglantes, Delaroche exposa en 1834 le Supplice de Jane Grey (Galerie Tate, à Londres), avec sa touchante victime cherchant à tâtons le billot. L’année suivante un succès de meilleur aloi accueillit Y Assassinat du duc de Guise [fig. 5i] (musée Condé). Ici l’adroite disposition des personnages, l’exécution précise et fine primaient les gros moyens de mélodrame. Strafford conduit au supplice, Charles Ier insulté (1837), continuèrent la série des
exécutions. La Sainte Cécile morte (musée du Louvre), passant au fil de l’eau sous la caresse de la lune, visait au moins à une impression picturale.
Mais une entreprise plus noble occupait Delaroche, la décoration de l’hémicycle de l’École des Beaux-Arts, qui lui demanda quatre ans. De sévères études, un viril effort s'y manifestent. La dispersion des personnages, presque tous d’ailleurs ingénieusement caractérisés, mais qui ne se rattachent les uns aux autres que d’une manière bien artificielle, est le défaut principal de cette vaste composition, comme l’encombrement celui de l’ Apothéose d'Homère , dont le groupe central des trois Hellènes déifiés, flanqué des deux allégories féminines, évoque ici invinciblement le souvenir. A la suite d’un voyage prolongé en Italie, l’esprit de Delaroche prit un tour mystique, sa manière en même temps se spiritualisa et s’agrandit, son coloris dispersé fit place/ à une sobriété assez harmonieuse; la Vierge, et la V/erge douloureuse, est l’héroïne de prédilection de ce'tycle. De nombreux portraits, dont ceux de M. Guizot et du marquis de Pastoret sont les plus célèbres, à défaut d’une grande originalité d’interprétation et d’une qualité savoureuse de palette, attestent chez lui une observation réfléchie et une grande conscience de dessin. Profondément atteint par la perte prématurée de sa femme, la mélancolie qu’il en conçut influença fâcheusement sa santé; les soins nécessaires avaient ralenti sa production, sa mort causa néanmoins d’unanimes regrets. Il a connu la grande popularité, que ni Ingres ni Delacroix negoûtèrent, car émanant de la niasse des demi-connaisseurs, sensibles aux petits effets et effarouchés des grandes audaces, elle se refuse presque toujours au génie. Si tombé que soit aujourd’hui son nom, il garde une véritable importance dans l’histoire de l’art au xixe siècle, puisqu’il incarna pendant près de trente ans l’idéal des classes moyennes.
assassinat du duc de guise. (Musée Goiidé )
i i(S LA PEINTURE FRANÇAISE
Sigalon (1788-1837), né à Uzès de parents très pauvres, se forma lui-même, économisa sur ses premiers gains de quoi se rendre à Paris, travailla chez Guérin et exposa en 1 822 sa Jeune courtisane (musée du Louvre) dont la liberté de facture, la chaleur relative de coloration plurent beaucoup. La Locuste essayant des poisons (1824, musée de Nîmes) fut plus discutée, bien que témoignant de sérieuses qualités dramatiques. Athalie faisant égorger les enfants royaux (1827, musée de Nantes), immense toile pleine de groupes contrastés, offre la vaste ordonnance et l’aspect scénique d’un Lethière, mais avec moins d’unité, ce qu’excuse la nature d’un sujet nécessairement fragmenté en épisodes multiples. Sans se laisser décourager par d’excessives attaques, il poursuivit sa voie, déplus en plus épris de la grandeur biblique, de la majesté des fastes chrétiens, et peignit sa Vision de saint Jérxnne (i83i, musée du Louvre) où le souvenir de Michel-Ange est manifeste. M. Thiers, qui suivait avec sympathie ses efforts courageux et sa vie pénible, l’envoya à Rome avec mission de copier le Jugement dernier. Il passa trois ans à ce travail (École des Beaux-Arts) dont l’exposition fit une grande sensation. Il était reparti, pour copier les Prophètes et les Sybilles de la Sixtine, et se mettait à l’œuvre quand il fut emporté par le choléra. Sigalon, dans sa trop courte carrière, présente le type même de l’éclectique, non pas celui dont le scepticisme calculateur cherche indifféremment le succès dans toutes les directions, mais l’artiste doué de sens critique qui prétend associer aux résultats acquis par la tradition les conquêtes des novateurs. Si ce système n’a donné avec lui que de demi-résultats, c’est, croyons-nous, parce que l’éclectisme est par essence stérile, qu’une œuvre d’art ne se compose pas à l’aide d’industrieux dosages, mais sort d’un jet, du tempérament surchauffé par la passion; l’instinct en est donc l’élément prépondérant, et c’est la méconnais-
fig. 5a. - bouchot. — funérailles de marceau. (Musée ds Chartres.)
sance de ce principe qui est le vice foncier de l’éclectisme.
Une autre destinée prématurément interrompue fut celle de François Bouchot (1800-1842), élève de Lethière et de Régnault, grand prix de 1823. Il avait débuté en 1 827 par un Bacchus et Erigone d'accent assez chaleureux ; il exposa en 1 8 3 5 les Funérailles de Marceau\üg. 52] (musée de Chartres), vaste composition où le héros mort passe sur un brancard, salué par les officiers ennemis, parmi les lamentations de ses soldats, que scandent les roulements funèbres des tambours ; les haies de troupes au port d’armes forment un cadre majestueux à la scène. La belle distribution de la lumière, qui tombe en plein sur Marceau et le groupe qui l’entoure, se dégradant peu à peu vers les fonds fuligineux que dramatise l’éclatdes torches ; le groupe vigoureux et alerte des jeunes tambours qui synthétise la vigueur et l’espoir persistants de l'armée républicaine, tout cela était du bel art, presque du granchart. La Bataille de Zurich (musée de Versailles) avec la calme figure de Masséna tout à ses combinaisons savantes enfin victorieuses, le 1 8 Brumaire (musée du Louvre) montrant l'instant critique où Bonaparte, violemmentapostrophé par les représentants en toges rouges, n’attend plus rien que de la brusque intervention de ses grenadiers, attestèrent une abondance de moyens dramatiques, une diversité de ressources expressives assez rares. Bouchot fut moins favorisé par une commande de peintures, pour la Madeleine, peu en harmonie avec son tempérament. Il allait sûrement se relever de ce demi-échec, quand une affection de poitrine l’enleva à quarante-deux ans.
Heim. — Hcim (1787-1865), au contraire, a atteint un âge assez avancé pour jouir, à près de soixante-dix ans, du suprêmetriomphe, aprèsdesannées d’injuste décri. Elèvede Vincent, prix de Rome de 1807, une Arrivée de Jacob en Mésopotamie (1812) lui valut son premier succès, suivi en
FIG. 53. — HEIM. — CHARLES X DISTRIBUANT LES RÉCOMPENSES, AU SALON DE 1 8 2 4. (Musée du Louvre.)
1 8 1 9 de celui du Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette (église Saint-Gervais). En 1822, la Prise du temple de Jérusalem (musée du Louvre) fut acclamée pour sa composition claire et mouvementée que commande un morceau vigoureux, l’homme qui se jette à la tête d’un cheval pour protéger une femme renversée. Mais le romantisme arrivait, comme un flot qui monte et déborde tout; Heim, fidèle néanmoins à la tradition reçue, fit des plafonds contestables pour le Louvre, de froides illustrations pour les murs du Palais-Bourbon ; il y joignit des tableaux de commande, préférables parce qu’ils avaient trait à la réalité contemporaine, pour le musée de Versailles : Louis-Philippe recevant la députation qui P appelle au trône ( 1 8 3q), le Champ de mai de iS i5 ( 1 8 3 6) , sans qu’on doive oublier sa Bataille de Rocroy. dans des tonalités claires qui donnent à la toile un aspect de fête guerrière-Son-vrai talent pourtant n’était pas là, mais dans les tableàux anecdotiques de format plus restreint, faits de portraits adroitement assemblés. Il s’est, par deux fois, mesuré avec ce genre difficile, à vingt ans d’intervalle, en 1827 dans le Charles X distribuant les récompenses aux artistes . à la clôture du Salon de 1824 [fig. 5 4] (musée du Louvre), et en 1847 dans la Lecture faite par Andrieux au foyer de la Comédie-Française [fig. 54] (musée de Versailles). La réussite en fut identique et absolue. Nulle sécheresse, nulle uniformité dans ces ouvrages, où les particularités individuelles de chaque personnage sont précisées avec esprit, sans excès d’insistance, où les groupements sont ingénieusement motivés par l’épisode central. Ces qualités se retrouvent dans ses portraits au crayon d’académiciens; ils complétaient son contingent à l’Exposition universelle de 1 85 5, où les idées de réalisme en retour de faveur lui valurent une réapparition presque glorieuse.
Victor Schnetz (1786-1870), élève de Régnault, eut une carrière plus égale, mais son œuvre est loin de posséder les
Neurdein frères, phot.
’andrieux, a la comédie-française. (Musée'de Versailles.)
mêmes éléments de survie. Après diverses expositions peu remarquées, il exposa en r82q une Bohémienne prédisant r avenir à Sixte-Quint (musée du Louvre), ouvrage de genre historique où sont en germe toutes ses productions ultérieures, et qui attira l’attention. Dès lors les études de types, de paysages et de costumes italiens se succèdent (le Voeu à la Madone , musée du Louvre), tantôt sous des prétextes pris à l’histoire, tantôt pour leur seul intérêt pittoresque, mais assaisonné le plus souvent d’un ingrédient dramatique : inondation, brigandage, assassinat. Toutes ces toiles se ressemblent par l’uniformité des types campagnols, d’une beauté trop régulière, d’une noblesse de prestance identique, par la monotonie de l’effet coloré, dans une gamme montée où dominent les jaunes etle rouge-brique. De consciencieuses études sont à la base, mais l’exploitation continue d’un domaine trop limrteLia persistance du procédé, l’exagération monumentaledesdimensions lassent vite la curiosité et engendrent l’ennui. Directeur de l’Ecole de Rome, Schnetz y fut apprécié comme un esprit vif, ouvert et affable, ne s’en faisant d’ailleurs pas accroire sur ses mérites de peintre. Il a quelques tableaux à Versailles : les Batailles de Cérisoles et de Séné/ , notamment.
Léopold Robert. — Il convient, croyons-nous, de placer auprès de Schnetz un peintre, suisse de naissance, mais qui se rattache aussi étroitement qu’Ary Scheffer à l’École française, Léopold Robert (1794-1835). Ce fut un amant exclusif de l’Italie, et toutes ses productions y ont trait. Il y avait trouvé un type de beauté classique, sculpturale, qu’il se plut à diversifier dans tous ses ouvrages. Il commença par des études fragmentaires de pâtres, de brigands, puis groupa peu à peu ses travaux, en vue de vastes compositions où il projetait de caractériser les régions et les saisons de la péninsule. Ses premiers tableaux lui attirèrent une popularité immédiate :
Njurüein (reres, phot.
FIG. 5 5. — LÉOPOLD ROBERT. — L’ARRIVÉE DES MOISSONNEURS DANS LES MARAIS PONTINS. (Musée du LoUVl'e )
V Improvisateur napolitain (1824), la Madone de l'arc (1827, musée du Louvre), où il synthétisait le printemps et le pays de Naples, les Moissonneurs des Marais Pontins [fig. 55] (musée du Louvre), consacrés à l’été et à la campagne de Rome, plurent à la fois aux traditionnels par le serré du dessin et la recherche du style, aux novateurs par les éléments de vérité pittoresque : costumes, attirails, qui y foisonnaient. Une foule de scènes de genre, puisées aux mêmes sources, moines, pâtres, pèlerins, bandits, etc., paraissaient entre temps. La dernière grande œuvre de Robert, les Pêcheurs de l'Adriatique , porte les traces d’une mélancolie profonde causée par une passion disproportionnée qui le conduisit au suicide. Ce tableau, exposé à Paris en 1 83 6, y provoqua de vives manifestations d’admiration et de regret.
Cette popularité était-elle durable? Les faits ont déjà répondu : la conception de L. Robert est tout artificielle, consistant à grouper des éléments réels soigneusement choisis, non pas comme expressifs, mais comme beaux de plastique, en arrangements d’ensemble qui visent à représenter les opérations importantes et les fêtes de la vie rustique. Mais tout élément de naturel, de familiarité, tout caractère spontané et naïf en sont bannis. Ces bergers, ces pêcheurs posent devant le spectateur, étudiant leurs cambrures, rythmant leurs gestes comme des modèles de profession. Les accents de trivialité nécessaires, parce qu’ils en font partie intégrante, dans les représentations de la vie populaire, font totalement défaut; de riiême les taches colorées, les vigueurs destinées à relever la saveur de l’ensemble. Ces tableaux au ton de terre cuite, sans atmosphère, sans sacrifices, d’une égalité de facture implacable, ont, avec plus d’imagination et de goût, la facticité des toiles de Schnetz,et ne leur survivront guère.
Léon Cogniet (1794-1880) fut, comme Schnetz, un excellent maître, et le grand nombre d’élèves glorieux sortis de
son atelier sera son meilleur titre au souvenir. Elève de Guérin, grand prix de 1817, ses premiers ouvrages remarqués furent un Marins sur les ruines de Carthage et un Massacre des Innocents ( 1824), toiles plus laborieuses qu’inspi¬
rées. Mais Saint Étienne distribuant des secours (musée de la Ville de Paris) manifesta une sobriété de composition et une fraîcheur de palette toutes nouvelles chez lui. L’œuvre plaît encore par une sorte de candeur sérieuse.