‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 26 sur 52 · LA PEINTURE F R A N' Ç USE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE F R A N' Ç USE

moderne, il en retraça à plaisir les aspects excentriques; mais de retour d’un long séjour à Londres, où il avait costumé à la moderne et à la mode anglaise les personnages d z l'Enfant prodigue1, il fut touché d’une sorte d’illumination religieuse, et consacra le reste de son existence à recueillir en Palestine les immenses matériaux d’une illustration de la Vie de Jésus-Christ et de la Bible. Les aquarelles qu’il en tira, frappantes de caractère local, d’expression concentrée et de pathétique, offrent trop souvent une coloration dure et un aspect compact. Un autre artiste, Isidore Patrois ( 1 8 1 5- 1 8/5), sous une influence analogue, après d’intéressantes études de la vie russe, dédia une série de toiles, où l’effort de restitution est souvent heureux, aux faits et gestes de Jeanne Darc.

Les deux seuls peintres qui, dans les sujets de genre, aient déployé un mérite technique supérieur, sont John Lewis Brown (1829-1890) et Ferdinand Roybet (1840). Le premier est un Meissonier plus limité dans ses effets, mais, comme lui, costumier émérite, praticien accompli du cheval, doué par surcroît d’un beau sentiment du paysage, et coloriste aux notes fraîches et vives, un peu dispersées parfois [le ij Juin 18 15, musée de Bordeaux; Before the Start, musée du Luxembourg). Le second, qui se plaît à étendre, et même à exagérer ses formats, met une palette magnifique et une touchelarge et grasseau service d’affabulations contestables. On y sent en effet trop fréquemment, sous les brocards et les satins, la gaucherie du modèle endimanché, et l’insignifiante vulgarité des personnages, ou la ressemblance trop fidèle de personnalités coudoyées chaque jour, souligne fâcheusement l’artifice de ces historiettes. Son meilleur tableau est une Chasse au faucon , au musée de Cologne ( Charles le Téméraire à Nesles , V Astronome, la Main chaude, etc.).

1. La série des quatre tableaux vient d’entrer au musée du Luxembourg.

On peut rattacher à cette pléiade d’anecdotiers quelques peintres de date un peu antérieure et qui cultivèrent avec prédilection le genre « Louis XV». C’est d’abord Eugène Giraud (1806-1881), ethnographe amusant, caricaturiste véridique en ses charges à l’aquarelle, et dont les pages les plus populaires [Y Enrôlement volontaire, 1 8 3 5 , musée de Nantes, et la Permission de dix heures , par exemple), sont assurément les moindres titres. Son fils, Victor Giraud (1 840-1 87 1), une des victimes du siège de Paris, annonçait une belle carrière. Le Marchand d'esclaves (1867, musée du Louvre), le Retour du mari (1868, musée de Montpellier), le Charmeur d'oiseaux (1870), attestent un sens rare du pittoresque et du drame. Emile Wattier (1800- 1869), metteur en scène voluptueux et plein de verve ( Un petit souper sous la Régence , la Toilette de la Pompadour ), fut entre temps décorateur et a, de plus, gravé d’une main souple l’œuvre entier de Boucher; Faustin Besson (1821- 1882), dans la Jeunesse de Lantara( musée de Dole), Boucher et Rosine, Y Enfance de Grétry (musée de Toulouse), révèle une facilité ingénieuse, une animation enjouée qui l’apparentent à Baron et à Roqueplan. Il a décoré les appartements des Tuileries et de Saint-Cloud. Quant à Charles Bargue, il fut surtout un dessinateur sûr et fin, que ses tableaux peu nombreux classent, pour leur perfection minutieuse, entre Meissonieret Gérôme ( Sentinelle , Joueur de flûte, de la vente Wilson). Gustave Jacquet (1846) s’est attaché au même genre que Roybet, mais les spectacles de la Renaissance alternent sur ses toiles avec les fêtes galantes ( Rêverie ; la Première arrivée ; Jeune fille au lézard, musée du Luxembourg); s’il y déploie une élégance et un sentiment des grâces féminines inconnus de son rival, son métier est moins ferme et moins riche; toute vraisemblance historique fait d’ailleurs défaut aux ouvrages de l’un, comme de l’autre.

B. — La Peinture néo-pompéienne.

Gérôme. — Le style ne'o-pompéien, création éphémère du second Empire, a eu en Gérôme, tout à la fois son initiateur et son dernier fidèle. Né à Vesoul en 1 824, mort en 1903, il n’a cessé de travailler jusqu’à sa mort, avec une conviction intraitable, et sans diminution très appréciable de ses moyens, puisque si sa finesse d’œil et sa souplesse de touche diminuèrent dans les dernières années, c’est cette même période qui donna naissance à la plupart de ses œuvres sculptées, que beaucoup préfèrent à sa peinture. D'une famille aisée (son père était orfèvre) qui ne contraria en rien sa vocation, il fit ses études d’art chez Delaroche, qu’il accompagna en Italie, et débuta au Salon de 1847 avec un Combat de coqs [fig. 7 5] (musée du Luxembourg), dont le retentissement fut grand. C’était une scène empruntée à l’antiquité intime : devant un paysage harmonieux baigné parla mer, au pied d’une stèle accostée d’une statue, un éphèbe et une jeune fille nus s’amusent à exciter l’un contre l’autre les belliqueux volatiles; simple prétexte à associer de jolies formes contrastées, mollement enveloppées chez l’une, nerveuses et bronzées chez l’autre, dans un décor d’un archaïsme précis et fin. Au sortir des orgies romantiques, cet ouvrage d’une sobriété raffinée eut le succès de réaction de Lucrèce au lendemain des Burgraves. D’autres thèmes analogues suivirent: Anacréon, Bacckus et l’Amour en 1849 (musée de Toulouse), Bacchus et l’Amour ivres (musée de Bordeaux), Intérieur grec en 1 8 5 1 , Idylle en 1 8 5 3 . L’année d’après, Gérôme voyageait en Turquie; en 1 855, il envoya à l’Exposition universelle une vaste composition : le Siècle d’ Auguste (musée d’Amiens), où il opposait au faste de l’Empire triomphant les humbles débuts du

Christianisme; l’ordonnance très claire et des épisodes ingénieux recommandent encore cet ouvrage, dont l’exécution est trop menue pour ses dimensions.

Cependant Gérôme, d’esprit ouvert et curieux, séduit par le pittoresque des sites et des costumes, promena sa fantaisie, plusieurs années durant, en Egypte, et il fit

Cliché Giraudon.

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