‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 27 sur 52 · FIG. 75. — GÉRÔME. — COMBAT DE COQS · texte numérisé non relu

FIG. 75. — GÉRÔME. — COMBAT DE COQS

(Musée du Luxembourg.)

dès lors alterner les motifs rapportés de ses voyages avec des sujets antiques, traités généralement dans un goût égrillard [le Roi Candaule, 1859; Phryné devant V Aréopage ; Socrate che^Aspasie ; les Deux Augures, 1861), qui le servirent plus auprès du public que des études serrées telles que le Hache-paille (1861) ou le Boucher turc ( 1 863 ). Il s’attache une préoccupation plus élevée, la reconstitution des mœurs romaines, aux grandes scènes de cirque très documentées et, dans les parties conjecturales, fort plau-

sibles, qui ont pour titre : Ave , Cœsar et Pollice verso. Gérôme fit également des incursions dans l’histoire moderne avec Louis XIV faisant dîner Molière ( 1 863), la Mort du maréchal Ney (1868), une Collaboration (Corneille et Molière), Rex tibicen et V Éminence grise (1874), et il rencontra peut-être la meilleure de ses inspirations dans l’interprétation d’une cérémonie contemporaine : la Réception des Ambassadeurs siamois à Fontainebleau ( 1 865 , musée de Versailles). Si, en effet, l’exécution du vainqueur d’Elchingen s’était trouvée ramenée par la maigreur de la facture aux proportions d’un fait divers, si le virtuose était, en Frédéric II, apparu un peu trop caricatural, et si la curiosité railleuse des courtisans pouvait donner le change sur la grande figure du père Joseph, la précision et l’esprit du métier suffisaient pleinement, cette fois, au rendu d’une scène dont tout l’intérêt résidait dans le contraste de deux races juxtaposées. A trois reprises encore, Gérôme avait cherché le pathétique : dans la Sortie du bal masqué ( 1 85j, musée Condé), dans la Mort de César ( r 8 5 gj, où le soin excessif du détail rapetissait l’effet, enfin dans le Retour du Golgotha ( 1 868). Il crut là faire œuvre de novateur inspiré, en substituant à la représentation même des suppliciés du Calvaire l’ombre portée des trois croix s’allongeant sur le terrain devant la foule, qui revient, frivole et bavarde, du lieu de l’exécution. Mais c’était trop peu d’un artifice d’optique, pour opposer l’immensité du drame accompli à la petitesse des hommes et des passions qui l’avaient produit, et l'ingéniosité trop subtile de l’idée n’amène chez le spectateur qu’un sourire intrigué, au lieu de l’émotion profonde que l’artiste a voulu faire naître.

A partir de 1880, la sécheresse qui avait, presque dès la première heure, menacé le talent de l’artiste, s’accusa de plus en plus, au point, dans les dernières œuvres, tels Bains turcs en particulier, que les matières les plus

diverses, y compris la chair féminine, se trouvent transformées en quelque chose de dur, de vitreux et de cassant. A mesure que ses facultés picturales baissaient, Gérôme, étonné de voir le public attiré par une vision plus philosophique, un métier plus large, vers de nouveaux artistes, manifestait plus de rigueur dans son credo, plus de violence dans ses excommunications. Il en vint à incarner délibérément la réaction en art, sans être de taille à soutenir un rôle si ingrat, au lieu de se demander si sa conception terre à terre, envisageant toutes choses par les petits côtés amusants, son culte exagéré du détail et du bibelot, pouvaient suffire aux aspirations des jeunes générations vers un art synthétique, compréhensif et humain. Sa curiosité ingénieuse, son habileté de mise en scène le défendront mal des sévérités de l’avenir, de moins en moins indulgent, selon toute vraisemblance, à l’érotisme laborieux et aux épigrammes érudites. Et, moins heureux que Meissonier, bien qu’il ait sur lui l’avantage, au point de vue de la facilité de composition et du renouvellement des thèmes, il n’aura pas à sa décharge la belle conscience artistique qui, chez ce dernier, poussait en toute chose le souci de la perfection technique au plus haut point dont il fût capable. Néanmoins certains de ses sujets continueront de plaire, la Danse du sabre par exemple, ou le Prisonnier (musée de Nantes), par l’exact équilibre entre le but et les moyens, et l’air d’aisance qu’il garde dans la précision la plus extrême.

Le style néo-pompéien eut quelques adeptes assez notables : un peintre de sujets sacrés, connu par des décorations à Saint-Eustache et à Saint-Séverin, Eloy Biennoury (1823-1893), s’y rallia sur le tard, avec diverses compositions ingénieuses et sèches qui sont peut-être ce qui se rapproche le plus des ouvrages du chef de file : la Maison du peintre , à Pompéi (1867), Socrate s'exerçant à la patience, et Esope composant une fable (1869). Des travaux

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importants aux Tuileries et à la bibliothèque du Louvre ont péri dans les incendies de 1871, mais on peut bien étudier au musée de Troyes ses tableaux de chevalet. Gustave Boulanger (1824-1888) qui, à l’exemple de Gérôme, fut aussi un orientaliste, apporta dans ces évocations un talent appliqué et froid, lustrant également les marbres et les torses. Sa Promenade sur la Voie Appienne , sa Répétition du Joueur de flûte (1861, musée de Versailles), sinon sa Cella frigidaria (1864) ou son Mamillare (1867), qui rappellent les pages suspectes de Gérôme, piquent la curiosité par le choix des accessoires et la sobriété judicieuse du décor. Émile Lévy (1826-1890) cultiva, non sans goût, le genre bucolique ( Idylle , 1866); mais la Mort d’Orphée (musée du Luxembourg) était un sujet trop fort pour lui, il n’y a vu qu’un prétexte à agencer des nus élégants ; sa Meta sudans (musée du Luxembourg) offre bien des mollesses, auprès de morceaux assez nerveux ; les porteurs africains, entre autres. La plus séduisante de ses interprétations de l’antique est Apollon et Midas (musée de Montpellier). Il a laissé quelques portraits distingués, notamment celui de Barbey d’Aurevilly (musée du Luxembourg). Picou (1829-1895) a été l’incarnation meme du genre, mais dans son acception la plus bourgeoise; un fade anacréontisme minaude en ses innombrables toiles de genre (V Amour à l'encan , la Maison des amours ), et ses grandes compositions ( Cléopâtre sur le Cydnus , musée d’Aix; le Styx , musée de Nantes) sont d’une extrême froideur.

Hamon. — Une mention plus détaillée est due à Hamon (1821-1874). Né à Plouha, en Bretagne, d’une famille pauvre qui l’avait mis dans un cloître, il s’en échappa, pour tenter les voies de l’art sous Delaroche, puis sous Gleyre, qui l’encouragea et lui ht avoir une subvention de son département. Presque dès ses débuts, en 1849, avec l'Egalité au sérail et une Affiche romaine, il ma-

nifesta son originalité propre. Au lieu de se tenir, comme les autres néo-pompéiens, à l’exactitude littérale du milieu, il chercha dans la vie antique un simple moyen de transposition pour ses rêves d’amour paisible, de sérénité familiale, et son humour souriant d’ironiste. Ma sœur ny est pas 1 85 3), la Cantharide esclave , la Sœur aînée 1 86 1), l’Aurore (1864) buvant la rosée dans un calice de fleurs, la Lune , sautant à la corde sur la boule de la terre, sont, les unes, des visions de bonheur domestique ou de claustration nostalgique tour à tour pleines de grâce mutine et de mélancolie languissante, les autres des fantaisies quintessenciées dont l’obscurité pique agréablement l’imagination. La facture assourdie, estompée aux contours, tenue dans des tonalités éteintes, leur donne un aspect irréel bien d’accord avec leur inspiration, qui évoque mieux que des notations plus écrites les fresques pâlies des villas romaines exhumées des cendres. A ce titre, Hamon, sans nulle prétention archéologique, a justifié, çà et là, tout autant que ses rivaux, le vocable sous lequel on les englobe. Ses grandes compositions en forme de bas-reliefs : la Comédie humaine ( 1 85a, musée du Louvre), l'Escamoteur musée de Nantes), sont moins intéressantes, la signification philosophique en est vague, et la personnalité rudimentaire des comparses aide médiocrement à la débrouiller. Il ti’en a pas moins,, dans ses ligures sveltes et fraîches de jeunes filles, dans ses marmots blonds, aux formes tassées et aux gestes courts, créé toute une humanité idéale qui repose, par son ingénuité tendre, de la sécheresse et de l’artificiel de l’époque impériale.

Soncontinuateur, Jean Aubert(i 824), aconté, jusqu’ences dernières années, les prouesses d’Eros, dans une langue gentiment puérile. Le domaine de ces fictions s’étendit, grâce à Eugène Froment (1820-1900), à l’illustration des livres et au décor céramique, et elles tirent une longue carrière à la manufacture de Sèvres. Hector Leroux (1829-1900)

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a été le suprême tenant du genre; c’est le peintre attitré de la religion romaine; aucun humour, aucune malice chez celui-là, mais une tendresse recueillie pour les blanches prêtresses dont il nous dit tour à tour, d’une langue un peu molle, la chasteté, les honneurs et les infortunes (la Vestale Tuccia , musée de Washington; Funérailles au Columbarium de la maison des Césars , musée du Luxembourg; V Eruption de l’an y g à Herculanum , id.).

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