‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 34 sur 52 · DELAUNAY. — LE GÉNÉRAL MELLINET · texte numérisé non relu

DELAUNAY. — LE GÉNÉRAL MELLINET

(Musée de Nantes.)

veu (1819-1898), la correction académique prend de l’ampleur dans le plafond de l’Opéra, et du caractère dans les

peintures murales de Saint-Ambroise, mais il a douloureusement échoué dans la Vie de Jeanne d1 Arc, a u Panthéon. ■- Nommons encore Félix Giacomotti (1828) q.ui a au Luxembourg un Enlèvement d' Amymone d’une belle arabesque; les Alsaciens Schutzenberger (1825) et Émile Ehrmann ( 1 83 3), celui-là connu surtout par son Centaure chassant le sanglier, au Luxembourg, celui-ci par son plafond : les Muses , au Palais de la Légion d’honneur, et ses modèles de tapisserie (Bibliothèque nationale); Louis Müller (1815-18.92) que son Dernier jour de la Terreur (musée de Versailles) fit instantanément célèbre, par sa mise en scène dramatique, en dépit d’une couleur trop fleurie et papillotante, mais dont le plafond au Pavillon Daru, du Louvre, non plus que la Lady Macbeth et un épisode de la Passion, assez vigoureusement peint cependant : Nous voulons Barabas, ne soutinrent la réputation. Félix Jobbé-Duval (1821-1889) et Emile Bin (1825-1897), peintres, l’un et l’autre, de mythologies et de nu, ont, le premier lourdement décoré la Cour de Rennes et l’escalier des Archives nationales (les Mystères de Bacchus, 1873), le second, brossé quelques compositions d’une facture froide, mais d’une silhouette simple et hardie (le Supplice de Prométhée, musée de Marseille, Persée et Andromède ,

; muséede Tours). Léon Benouville (1821-1859), mort trop r jeune, avait en lui quelque chose de la mysticité de Flan- ! drin. Il ' s’est survécu par sa Mort de saint François d"1 Assise ( 1 85 3 , musée du Louvre) pleine d’un recueillement attendri.

P. Baudry. — Paul Baudry (1828-1886) les dépasse tous pour l’heureuse facilité du génie, l’abondance égale de la production. Il réalisa l’accord d’un tempérament inquiet, passionné, d’une nervosité presque féminine, avec la volonté patiente et tenace du fils de paysan. Par là s’expliquent à la fois la délicatesse précieuse de son talent, et le caractère

soutenu et systématique de son oeuvre, à travers les fluctuations de son goût et les changements de sa manière. Prix de Rome en i85o, avec une Zénobie retrouvée sur les bords de FAraxe d’une mélancolie harmonieuse, un

de ses envois : la Fortune et le jeune enfant (musée du Luxembourg), empreint d’un sentiment titianesque très accusé, fit grande impression; le Supplice d'une Vestale (musée de Lille), composition encombrée, pleine de beaux

fig. g3. — baudry. — le jugement de paris. (Foyer de l’Opéra.) (Reproduction autorisée par Goupil et C18, éditeurs à Paris.)

morceaux, la victime, notamment, délicieusement défaillante, confirma ces promesses. Baudry se complut dès lors, pendant plusieurs années, à caresser, à rythmer des nusféminins d’un galbe et d’un type bien à lui : une Léda rêveuse* frôlée par le cygne, une Madeleine pénitente (musée de Nantes), une Toilette de Vénus (musée de Bordeaux), la Perle et la vague , où les tons d’ambre du début se fondaient en finesse nacrée, en transparences bleutées par l’affleurement des veines. D’importants travaux de décoration à l’hôtel Guillemin [les Quatre Saisons), les Attributs des dieux à l’hôtel Fould, Cybèle et Amphitrite à l’hôtel de Nadaillac, les Grandes cités d'Italie à l’hôtel Galliera, le montrèrent rompu aux exigences des emplacements, aux problèmes du raccourci, aux subtilités allégoriques.

Ces ouvrages l’acheminaient à la grande tâche de sa vie, les peintures du foyer de l’Opéra; il s’y prépara plusieurs années par des études assidues, copiant les Michel-Ange de la Sixtine, interrogeant les Signorelli d’Orvieto, les cartons de Raphaël à Londres, et par un plafond à compartiments exécuté à l’hôtel Païva, et dont l’ovale central : les Quatre heures du jour, disait avec éclat quelle largeur de style, quelle fierté d’accent avait éveillées en lui le commerce des maîtres. Les coquetteries un peu mièvres d’antan avaient fait place à des formes puissantes et pleines, d’un jet hardi.

Ses travaux pour l’Opéra lui prirent huit ans, qu’interrompit seul son retour à Paris, pour y combattre dans le rang. En 1874, les trente-trois peintures étaient terminées, ayant pour thème commun la glorification de la musique, dont le pouvoir pacifiant, l’action civilisatrice, le rôle religieux se personnifient en épisodes appropriés de la fable et de l’histoire, au-dessus des xMuses et de génies jouant des différents instruments. Le tout se; couronne d’un Apollon dirigeant l’essor de Pégase, entre la Comédie et la Tragédie. L'influence de la Renaissance italienne s’y nuance très heu-

reusement de modernisme dans le caractère des têtes, la grâce mutine ou abandonnée des poses; les modelés très

Cliché Braun, Clément et C'°.

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