M. Bouguereau est mort au mois d’août igo
garde d’en peindre d’autres — sont-elles invariablement gracieuses de lignes, satinées d’épiderme; tous ses jeunes hommes, nerveux et bronzés à l’envi. Ses grands ouvrages sont : les Funérailles de sainte Cécile aux Catacombes ( 1 8 5 3 , musée du Luxembourg), sa meilleure composition pour la fermeté du dessin et la force du ton; le plafond du grand théâtre de Bordeaux (1867); la Vierge , Jésus et saint Jean-Baptiste , Flore et Zéphjrre (1875); la Vierge consolatrice , la Jeunesse et l'amour (1877) d’une présentation ingénieuse, toutes deux au musée du Luxembourg; la Naissance de Vénus (1879, id.), la Jeunesse de Bac chus (1884), vaste composition bien rythmée, maintenant aux États-Unis; Y Adoration des Bergers et des Mages ( 1 885, église Saint-Vincent-de-Paul). On se sent presque du respect devant la persistance de ce credo artistique et l’unité de cette carrière.
Ernest Hébert. — Il y a, au contraire, chez Ernest Hébert (Grenoble, 1817) une vision personnelle, la recherche de certaines formes et de certaines expressions, un sentiment particulier du coloris. Comme pour Bouguereau, il est vrai, tous ses tableaux se ressemblent, mais outre que la variété des motifs y est beaucoup plus grande, allant de l’allégorie au portrait par les scènes de genre, leur similitude vient non de l’effacement, mais de l’accentuation d’un type déterminé, ayant son caractère et sa couleur propres. Les séjours successifs de l’artiste à Rome comme pensionnaire, puis comme directeur de la Villa Médicis, ses excursions dans la campagne environnante, aux maremmes peuplées de buffles sauvages, à la population affaiblie et mélancolisée par la fièvre, ont laissé sur la rétine d’Hébert une empreinte indélébile, à laquelle il ramène inconsciemment toutes les idiosyncrasies qui s’offrent à son pinceau, donnant ainsi à ses modèles raffinés du grand monde une expression uni-
Neurdein frères, phot,
forme, dirait-on, de morphinomanes nostalgiques. Sa couleur est belle d’ailleurs, chaude et profonde, avec des bistres verdissants qui semblent saturés de bile, et communiquent aux contadines, dont il se plaît, de temps à autre, à évoquer encore le teint de bistre et les yeux agrandis, un aspect hagard et tragique. On connaît universellement sa Malaria [fig. ioo] (i85o, musée du Luxembourg), son Baiser de Judas ( 1 853, id.)t ses Cervaroles ( 1 85g, id.), et aussi ses vierges byzantines auréolées de métal ou enturbannées d’étoffes (église de la Loupe), qui ont fait école, dans leur anachronisme troublant.
Henner. — Jean-Jacques Henner, né en 1829 dans le Haut-Rhin, mort en 1905, donna du premier coup sa mesure dans son tableau du prix de Rome [Adam et Ève retrouvant le corps d'Abel , 1 858). Le jeune mort, charmant de pâleur exsangue et d’adolescente maigreur, était une académie idéale. La Chaste Suzanne ( 1 865 , musée du Luxembourg), simple pièce d’étude, malgré son titre, modelée, d’ailleurs, dans une demi-teinte délicate, développait une belle ligne souple; mais un progrès marqué s’accuse dans la Biblis du musée de Dijon (1867) dont le corps virginal, traité dans une gamme de gris argentés et de blancs réchauffés d’ambre d’une exquise finesse, s’alanguit sur sa couche de roseaux. Il fallait en prendre son parti, le peintre ne donnerait jamais que des « morceaux »; c’en est un encore, et bien friand, que la Femme couchée sur un drap de satin noir (1869, musée de Mulhouse). Toutefois les deux nus les plus rares qu’il ait créés sont la petite figure couchée : Naïade (i&y5, musée du Luxembourg), et surtout l 'Idylle [fig. 101] (1872, id.): deux femmes près d’une fontaine; l’une de trois quarts, debout, hanchant légèrement, écoute l’autre, assise, en profil perdu, qui joue de la flûte; celui-là est la perfection meme, ferme et charnu comme un Giorgione, émaillé,
perlé comme un Prudhon, dans un paysage ramassé d’une intimité délicieuse. Nous goûtons moins les compositions
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