FIG. 10 5. — FROMENTIN. — CHASSE AU FAUCON
(Musée du Louvre.)
d’une coloration fine et chatoyante, ses souvenirs et ses études. Ses ouvrages, d’un faire précieux, d’une tenue soignée et comme aristocratique, ne donnent de la vie algérienne, même limitée aux milieux qu’il explora, qu’une idée un peu mince et restreinte. Réserve faite pour quelques toiles d’un sentiment violent et pathétique, le Simoun , la Soif (musée de Bruxelles), on a peine à concevoir sous ces aspects si ordonnés, si proprets, si « astiqués », une civilisation qui, avec quelques côtés de grandeur, garde des traces considérables de grossièreté et même de barbarie (les Courriers des Ouled-Nayls , ministère de l’Intérieur; la Curée , musée du Louvre; la Chasse au faucon [fig. io5], musée Condé). Plus tard, Fromentin visita l’Égypte et séjourna à Venise; le côté « peintre » de son métier s’y développa sensiblement. Sa manière s’élargit, s’enveloppa, l’air fluide baigna ses compositions ( Femmes fellahs , musée du Louvre). Il confine, dans cette partie de son œuvre, à Guillaumet (1840- t 887), le maître incontesté du Sud- Algérien. Celui-ci ne chercha pas à choisir dans la vie indigène des motifs susceptibles de plaire, il traduisit la nature et la race toutes nues, l’une dans sa sécheresse torride et sa lumière intense, où les contours semblent s’évaporer, l’autre en ses occupations familières : tissage de la laine, traite des brebis, lavage du linge dans les Oued pierreux. Il a laissé des gourbis sordides, des fauves oasis aux verdures minérales, des ruelles ocreuses sous l’indigo du ciel, des transcriptions d’une énergie, d’une justesse inoubliables (, Laghouat [fig. 106], 1879, musée du Luxembourg;
Fabrication des tapis à Bou-Saada, id.). Ses notes de voyage réunies en « Tableaux algériens » sont d’un écrivain de race.
Alfred Dehodencq (1822-1882) s’est surtout attaché à la représentation de l’Espagne et du Maroc. Il y porta un amour du mouvement et du drame, une coloration chaude et un dessin hardi qui rappellent Delacroix, à la tonalité
laghouat. (Misée du Luxembourg.)
dominante près, qui est, chez lui, fauve et brûlée. La sauvagerie native des races, l’exaltation physique par le bruit et les diverses gymnastiques religieuses, le côté impulsif et enfantin des âmes ont rarement été traduits avec plus de spontanéité et de fougue (Fête juive an Maroc , musée de Poitiers; Cavalier marocain, musée de Roubaix; Combat de taureaux , musée de Pau; Arrestation de Charlotte Corday , musée du Louvre).
Léon Belly (1827-18 yy, Bords du Nil, musée du Louvre; Pèlerins de la Mecque , id.), Narcisse Berchère ( 1 822-1 8g 1 ) et Louis Mouchot ( 1 8 3o- 1881) ont concentré leurs investigations sur l’Egypte et son fleuve, avec les fellahines voilées si pittoresques en leurs gandourahs bleues, les puiseurs d’eau aux nudités de bronze manœuvrant la sakieh et le chadouj , les palmeraies découpées dans l’azur incandescent, les vols de flamants roses sur les terres submergées ; le premier possède un métier très ferme, le second un sens affiné de la lumière; Mouchot a aussi laissé de charmantes vues de Venise. Tournemine(i8iq-i873), après une période bretonne, fixa son idéal d’artiste en Asie Mineure; il en a rendu, d’une touche légère et fraîche, les bazars, les cafés et les kiosques ouvragés au bord des eaux. Féjix Ziem (1826) partage ses tendresses entre Marseille, sa ville natale, le Bosphore et Venise, avec une prédilection pour cette dernière. C’est un coloriste magnifique, jouant, en virtuose consommé, du jaune de chrome, du vermillon et de l’outremer, mais aussi, depuis de longues années, un improvisateur hasardeux, brossant des décors de fantaisie avec de vagues réminiscences, dans des tonalités d’une crudité par trop simpliste. Un choix sévère s’impose dans son œuvre, qui, amputé de la plus grande partie, transmettra cà la postérité le témoignage d’un tempérament exceptionnel (deux Vues de Venise [fig. 107], musée du Luxembourg, une à la Galerie Wallace; Paysage de Hollande musée de Rouen; un Quai à Marseille , musée de
Venise. (Musée du Luxembourg.)
Reims; Sainte-Sophie , le matin , et le Vieux port de Marseille, le soir , à la Ville de Paris).
Henri Régnault. — Enfin, il faut inscrire au ciel de l’orientalisme l’éclatant météore que fut Henri Régnault, né en i8q3, tué au combat de Buzenval en 1871. Fils du célèbre chimiste, et élève de Cabanel, il remporta de haut le prix de Rome, avec Thétis apportant les armes d’Achille , en 1 866. Il fit dans la Ville éternelle de beaux dessins pour la Rome de Francis Wey, mais sa verve inquiète appelait des spectacles plus neufs et plus intenses. Il partit pour l’Espagne et y peignit en pleine insurrection le Portrait du général Prim [fig. 108], musée du Louvre), pâle et décoiffé, contenant avec peine un pur sang dont les flancs moirés frémissent; c’esttoute uneallégorieinconsciente des révolutions et de leurs chefs, si vite débordés. De retour à Rome, il mit en train une Judith tuant Holopherne (musée de Marseille), ébauche d’une couleur splendide. Passé de nouveau en Espagne, et de là au Maroc, il y peignit sa Salomé (collection de Cassin).,- fantaisie en jaune majeur d’une virtuosité éblouissante, une Exécution à Tanger (musée du Louvre) un peu creuse, dans un décor mauresque supérieur aux figures, et une charmante toile de genre inachevée, la Sortie du Pacha. Il terminait en outre de très belles aquarelles, quand il rentra précipitamment, pour prendre part à la défense de Paris, où il devait trouver la mort. Une intelligence très vive, un tempérament de feu, mais déjà apte à se contenir, percent dans ces débuts mémorables, qui faisaient entrevoir une grande carrière. Sa correspondance révèle en outre une âme généreuse et une sensibilité exquise.
La peinture d’animaux compta, sous le second Empire, quelques artistes de réelle valeur : Troyon eut dans Emile Van Marcke (1827-1891) un digne continuateur. Il commença, comme son devancier, par travailler pour la manu-
facture, à Sèvres, son lieu natal; des études très poussées! le rendirent bientôt maître de tous les détails de structure j
INeuruein iïeres,.phot.