DE SAINTE GENEVIÈVE
expressive du praticien, est une des belles leçons d’énergie et de volonté que nous offre l’art français contemporain. Lucien Mélingue (1841-1889), fils du comédien, agença en compositions adroites et plausibles divers épisodes de notre histoire (la Levée du siège de Met{ par Charles-Quint , musée de Dijon; le Matin du 10 thermidor, Etienne Marcel protégeant le Dauphin , musée du Luxembourg).
Albert Maignan (1844), élève de Luminais, après des tentatives assez divergentes dans le genre historique, s’engagea en 1874 dans les mêmes voies que Laurens, avec son Départ de la flotte normande pour V Angleterre (musée de Nérac). Barberousse aux pieds du pape (1876), V Attentat d'Anagni (1877), les Derniers moments de Chlodobert ( 1 880.) forment une série d’ouvrages oü le sens pittoresque de l’histoire s’unit à une coloration nourrie et mordante. L’auteur se convertit à la peinture claire dans son Dante rencontrant Matilda (1881, musée d’Amiens) ; et la Mort de Carpeaux (musée du Luxembourg), avec ses statues-fantômes baisant au front l’agonie de l’artiste, le conduisit à la décoration, qu’il n’a plus guère abandonnée depuis (Chambre de Commerce de Saint-Etienne, Opéra-Comique, etc.). Il est permis d’estimer que ses aptitudes l’ont mieux servi dans les œuvres patientes de ses débuts que dans ces vastes toiles d’une texture un peu lâche, où se complaît sa facilité.
Benjamin Constant. — Un peintre d’histoire, ce fut également ce qu’annonça Benjamin Constant (1845-1902) dans son Entrée de Mahomet II à Constantinople du Salon de 1878 (musée de Toulouse), et ce qu’il visait encore à affirmer avec son Entrée d'Urbain II à Toulouse [Palais du Capitole), en 1900. Mais le virtuose éclatant et exclusif qui était en lui n’appréciait dans l’histoire que la pompe ou l’étrangeté des spectacles, et il lui parut plus aisé de les demander, sans préoccupations d’érudition exacte, soit à des souvenirs de voyage aux pays du
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soleil, soit à des arrangements artificiels de nus, d’ornements et d’étoffes. A la première catégorie appartiennent ses meilleurs tableaux, d’un vigoureux accent local, les Derniers rebelles (1880, musée du Luxembourg), la Soif, 1878, etc.; à la seconde, les Chérifas (musée de Carcassonne), la Justice du Chérif (musée du Luxembourg), simples prétextes à déshabillés voluptueux et à riches décors. Il s’adonna aussi à la peinture murale (Sorbonne; plafonds à l’Hôtel de Ville et à l’Opéra-Comique, celui-ci le meilleur) et, vers la fin de sa vie, se confina de plus en plus dans le portrait, où il s’efforça, souvent avec bonheur (portraits de Lord Dutîerin, de la Reine Victoria, de la princesse de Galles, etc.) de diversifier sa facture, d’assouplir sa coloration, l’une et l’autre toujours un peu en surface.
Fr. Flameng. — Même facilité de talent, mêmes avatars multiples, même aboutissement au portrait chez François Flameng ( 1 8 5 6) , fils du graveur Léopold Flameng. Mais, chez celui-ci, la curiosité de l’histoire est plus en éveil, et il en a donné nombre d’évocations pittoresques, bien que toujours un peu anecdotiques. La première fut V Appel des Girondins pour l’échafaud (1879), que suivirent les Vainqueurs de la Bastille (1881, musée de Rouen) et le Massacre de Machecoul (1884, musée d’Agen). Puis vint une série de compositions mondaines et galantes, d’un faire précieux et papillotant, dans des cadres Louis XV ou Directoire, couronnée par deux grands tableaux de bataille habilement agencés, mais où la minutie engendre la sécheresse : Vive l’Empereur ! (la charge de Waterloo) et Eylau (musée du Luxembourg). Le meilleur de l’artiste est dans ses décorations murales (à la Sorbonne : Installation de la première imprimerie française , Pose de la première pierre de PEglise de la Sorbonne , Rollin au collège de Beauvais; à l’Opéra-Comique: Répétition d’une tragédie à Athènes, une Comédie-ballet) de
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plantation souvent originale, avec d’amusants détails archaïques ou de piquants effets d’éclairage, et ses portraits de femmes du monde, en toilettes d’apparat, sur des fonds olympiens dans le genre de Nattier, dont il s’assimile volontiers les arrangements de théâtre et la pompe un peu apprêtée.
Aimé Morot. — Aimé Morot (Nancy, 1 85o) est un autre exemple de cette diversité d’aptitudes, un peu flottantes et incertaines chez lui, mais assez vite canalisées. Sa première toile importante (1879, musée de Nancy) est un épisode de la Bataille d'Aquœ Sextiœ , mêlée confuse de férocités déchaînées, ou les femmes cimbres font assaut de valeur, du haut des chariots qui leur servent de gîtes. Le Bon Samaritain (1880), composition bien équilibrée, un peu froide, le Christ en croix de 1 883 furent son tribut aux sujets de style. Mais le réaliste, ami des spectacles violents, des mouvements emportés, qui perçait dans la bataille des Cimbres, prenait occasion d’un voyage en Espagne pour brosser d’une main ardente des courses de taureaux [Bravo, toro , 1 88 5 ; Toro colante , id., musée du Luxembourg); il n’y avait de là qu’un pas aux scènes militaires; Rezonville (1886, musée du Luxembourg), Reischoffen [tig. 1 1 2] (1887, musée de Versailles) rendirent avec une furie superbe, masquant des études patientes et une construction impeccable, les charges héroïques de nos armées. Ce fut son point culminant. Ses décorations (Hôtel de Ville de Paris, mairie de Nancy), accusent un entrain très modéré. Vite assagi, tourné au dilettantisme sportif, Morot se contente de faire de beaux portraits d’hommes, mûrs et posés en général, qui ont un peu l’air, avec leur structure massive et leurs fonds abstraits, de Bonnat transposés de roux en gris (le prince d’Arenberg, Henri Germain, Ernest Hébert, etc.).
Une révélation sensationnelle fut celle de Georges
reischoffen. (Musée de Versailles.)
Rochegrosse ( 1859), beau-fils de Théodore de Banville, au Salon de 1882. Son Vitellius traîné dans les rues de Rome (musée de Sens), avec ce déchaînement de foule hurlante autour du gros César pantelant de terreur, était d'un artiste né, ayant de la vie du passé une impression directe et forte, et capable de l’exprimer dans toute son intensité; la Mort d'Astyanax ( 1 883) ne démentit point cette impression; c’était bien là la Grèce bizarre des fouilles de Schliemann, et la violence de ces primitifs éclatait dans la grappe convulsive des personnages traversant diagonalement la toile, comme dans la diaprure voyante de leurs costumes et leurs expressions de bestialité. Le peintre ne retrouva cette inspiration que dans la Curée (1889) précipitant les conjurés sur César comme une vague déferlante. Il y avait de hautes visées et de puissantes qualités dans la Mort de Babylone (1891), colossale orgie transformée en panique. Mais, depuis quelques années déjà, Rochegrosse, hanté par les curiosités de l’archaïsme exotique, s’est de plus en plus tourné vers la virtuosité du décor, du mobilier, des rites de l’Asie barbare et sensuelle. Ses évocations laborieuses, avec la minutie implacable de leur facture, la tyrannie excessive du détail, le manque de sacrifices et d'enveloppe, n’ont pas rencontré le succès de ses débuts. Après une incursion dans l’impressionnisme avec le Chevalier aux fleurs (musée du Luxembourg), il s’est adonné plus spécialement à l’illustration [Salammbô, les Princesses , etc.). Une autre déception, mais inverse en quelque sorte, nous a été donnée par Anquetin (1861), qui, d’un réalisme vigoureux, ami des types tranchés et des franches allures, a versé depuis quelques années dans un genre décoratif tout contestable, boursouflant les ordonnances de Lebrun de nus surnourris.
La persistance courageuse du goût pour les grandes compositions historiques, d’un placement difficile et peu lucratif, fait honneur à Francis Tattegrain ( 1 852), qui y
porte une documentation très sûre et un sens pittoresque des plus avisés. Ses toiles, dont on peut plus ou moins aimer la coloration un peu mince et dispersée, sont agencées avec une remarquable intuition de l’effet, du moment décisif où se résume une action, et la convention n’y a aucune part. La Reddition des Casselois à Philippe le Bon ( 1 887, musée de Lille) ; Louis XIV après la bataille des Dunes (188g, musée de Dunkerque); les Bouches inutiles au siège du Château-Gaillard (musée de Nantes); le Sac de Saint-Quentin par les Espagnols (musée de Saint- Quentin), disent les folies et les horreurs de la guerre avec une précision qui ne recule pas devant l’atroce, sans aucun respect humain, ni aucun ménagement pour « la gloire des armes ». La même pitié profonde se dégage de ses tableaux de la vie maritime ( les Deuillants à Étaples, 1 883 , musée d’Amiens; les Débris du Majestas, 1888), et les scènes de pêche elles- mêmes n’ont rien des grâces d’idylle qu’on y mêle trop souvent : rudes, sordides au besoin, elles sentent à plein nez le goudron et la « marée » ’.
Cet artiste nous achemine tout naturellement aux tenants du réalisme, à ceux du moins qui le pratiquent dans les données traditionnelles, sans recherche d’innovations techniques ni d’élargissement du genre.
Bastien Lepage. — Jules-Bastien Lepage (1848-1884), né à Damvillers, élevé au collège de Verdun, entra a l’Ecole des Beaux-Arts en 1867, avec une pension du
1. Le manque de place nous contraint à énumérer seulement un grand nombre de praticiens exercés, soigneux, parfois personnels: Alfred Agache (1843), Georges Becker (1845), Georges Bertrand, Abel Boyé (1864), André Brouillet ( i85j ), Paul Buffet, Calbet, Georges Callot ( 1 857-1 go3), Georges Clairin (1843)', Léon Comerrc (i85o), Gustave Courtois (1862), Debat-Ponsan (1847), Guillaume Dubure ( 1 853;, Paul Gervais (1802), Léon G aize (1842), Auguste Gorguet (1862), Gabriel Guay (1848), Paul Leroy, Rixens (1846), Saint-Pierre ( 1 833), Schommer (i85o), Thirion (i83g), Edouard Toudouze (1848), Wceits ( 1847), Zwiller, etc.
Conseil général de la Meuse. Engagé dans les francstireurs et blessé pendant la guerre de 1870, il se révéla au Salon de 1874 avec le Portrait du grand-père , tandis qu’il échouait au concours de Rome. Cette œuvre, d’une simplicité et d’une bonhomie charmantes, fut suivie en 1875 d’une Communiante et d’un excellent portrait de M. Hayem (musée du Luxembourg) d’une attitude aisée et d’une touche très franche; tel est aussi le cas de celui de M. Wallon (1876, musée du Louvre). En 1877, il peignit son père et sa mère côte à côte, avec une naïveté scrupuleuse digne des primitifs. Les Foins [fig. 1 1 3] (1878, musée du Luxembourg) le mirent en pleine lumière. La faneuse, assise au milieu des prés fauchés, près de son compagnon endormi, avec sa tête carrée aux pommettes d’acajou, sa taille ramassée, ses bras gourds, toute l’expression saine et obtuse à la fois de sa personne, était une image très forte de rusticité; Saison d1 octobre (1879) présenta, dans un autre aspect de nature, des créatures identiques, vaquant au ramassage des pommes de terre avec une placidité animale. Parallèlement se succédaient de petits portraits d’un métier raffiné : André Theuriet, Sarah Bernhardt, qu’allaient suivre M.Andrieux, le prince de Galles et Mme Drouet. Sa Jeanne d'Arc entendant les voix , du Salon de 1880, mit dans les formes paysannes une âme et une noblesse; la réalité du cadre et du type s’adapte excellemment, dans cette toile, à la physionomie illuminée de l’héroïne. Le Mendiantes Père Jacques, Y Amour au village , qui suivirent, rendaient au naturel les types familiers du terroir. Un séjour à Londres y adjoignit d’intéressantes figures de la rue, bouquetière, ramoneur, cireur de bottes, tour à tour souffreteuses ou délurées. Mais déjà une maladie sourde minait l’artiste; des soins assidus, un traitement en Algérie ne purent le sauver. La Forge et la Moisson , de 1884, précédèrent de peu sa mort. Il laissa de très vifs regrets, que remplace aujourd’hui un discrédit relatif, très injuste à notre sens. On lui fait grief
de n’avoir ni suivi, ni même soupçonné le mouvement impressionniste. Il travailla conformément à sa vision et à son tempérament, cherchant le caractère individuel et non l’ambiance lumineuse. L’un est aussi légitime que
l’autre, et il suffit à sa gloire qu’il ait exprimé ce qu’il voyait, avec un dessin très sûr et une compréhension sympathique et profonde des êtres frustes et spontanés qu'il peignait. Ses portraits, d’ailleurs, si riches d’expression
PEINT. FP ANC
Neurdein fïères, phot.
bastien lepage. — les foins. (Musée du Luxembourg.)
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physionomique, si délicats et si précieux de métier, prouvent la souplesse de son intelligence comme de ses organes.
Dagnan-Bouveret. — A l’art de Bastien-Lepage se rattachent, au moins à leurs débuts, avec des différences de tempérament et de tendances, plusieurs réalistes rustiques qui ont ensuite tentédiversesvoies. Dagnan-Bouveret( 1 852), avec Un accidentel 880), le tableau qui attira l’attention sur lui, la Bénédiction des époux ( 1 883 ), le Pain bénit (1886, musée du Luxembourg), le Pardon en Bretagne (1887), les Conscrits (Palais-Bourbon), étendit le domaine d’observation du peintre de Damvillefs, tout en reprenant ses pratiques, où se glissa peu à peu une certaine recherche du style. Cette préoccupation domine dans la phase suivante, et l’amène aux sujets sacrés (la Vierge , la Cène , les Pèlerins d'Emmaüs)\z n même temps se marque une prédilection pour les tonalités jaunes tirant sur le vert, qui donnent une fâcheuse uniformité à ses toiles; un panneau décoratif à la Sorbonne, laborieux effort vers le symbolisme, l’arrache seul, dans ces dernières années, au portrait, genre dans lequel il semble définitivement fixé. Dagnan-Bouveret réunit des qualités très estimables: une observation tenace et pénétrante, une conception élevée de l'art, une construction très sûre; mais l’excès même delà conscience refroidit sa main et fige sa verve. L’évolution un peu mystique qui s’est opérée en lui ne permet malheureusement pas d’espérer qu’il revienne à sa manière objective du Pardon et des Conscrits; c’est pourtant celle qui lui assure le plus de titres à la durée.
Emile Friant ( 1 863 ) s’est signalé par de charmantes études d’intérieurs : Y Atelier (1882), Un peu de repos ( 1 88 3) , Coin d'atelier (1884), d’une tonalité distinguée et d’une fine lumière. Des scènes de genre, pique-nique, canotages, réussirent moins; on y trouva des crudités, des minuties. L’artiste élargit sa manière, et le Jour des
Morts (musée du Luxembourg), au Cimetière , les Ages de la vie (musée et mairie de Nancy) attestent diversement son désir de chercher de nouveaux motifs pittoresques dans le costume moderne, fût-ce le plus ingrat de matière et de ton, et des sources d’émotion dans la course fugitive et les implacables destructions du temps. On regretterait de le voir, après ces virils elforts, s’éparpiller en menues productions inclinant vers le goût bourgeois. J ules Muenier débuta par d’aimables scènes algériennes, puis, rentré au pays natal, sut nous intéresser à la Leçon du curé (musée du Luxembourg) dans son jardinet, d’une intimité pleine de saveur. Ses paysages animés, très cherchés de ligne, n’ont pas tout à fait retrouvé ce succès; les tons y manquent souvent de fraîcheur et la facture en est maigre ( les Chemineaux , musée du Luxembourg). Eugène Buland ( 1 852) s’est spécialisé dans les études de paysjns, qu’il traite avec un sens très juste des types et des mimiques, mais avec une minutie insistante et une trivialité trop appuyée. Adolphe Déchenaud échappe à ce défaut dans ses réunions de villageois, comme dans ses portraits larges et simples. André Devambez traduit avec une ironie légère et une belle franchise de pinceau les bagarres de la rue, les solennités familiales, les joies économiques du dimanche.
Edouard Dantan, fils du statuaire Dantan jeune, né en 1848, tué dans un accident de voiture, à Villerville, en 1897, retraça le labeur des tâcherons, les intérieurs humbles, le déshabillé de la vie d’artiste, en ses toiles aux gris délicats ( Dans l'atelier , musée du Luxembourg; les Pauvres gens , la Consultation , 1 888 ; la Serre en construction , 1 890; le Démoulage, 1896). Ulysse Butin ( 1 838— r 883) rendit avec une largeur cordiale les pêcheurs en suroîts cirés, les gars en tricots clopinant dans leurs sabots, les femmes résignées et patientes épiant les voiles sur les môles {Enterrement d'un marin , musée du Luxembourg). Ernest Duez (1843-1896), très varié d’aptitudes, de curiosité très
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ouverte, passait de l’hagiographie (Saint Cuthbert , musée du Luxembourg; le Miracle des roses ) aux mondanités de boudoir ou de plage, ou semait de hnes voilures les glauques étendues marines.
Lhermitte. — Léon Lhermitte (1844), élève de Lecoq de Boisbaudran, expose depuis 1864; il peignit d’abord des motifs de la Champagne, son pays, puis des scènes bretonnes; le succès vint tard et ne s’affirma qu’avec Y Intérieur de ferme de 1881. Mais la Paye des moissonneurs (1882, musée du Luxembourg), la Moisson ( 1 883) eurent un grand retentissement. Les Vendanges (1884), le Vin ( 1 885) continuèrent, avec moins d’éclat, la série des opérations rustiques. L’artiste y introduisit divers intermèdes, avec la Leçon de Claude Bernard (1889, à la Sorbonne), la Mort et le Bûcheron (musée d’Amiens), et, réduisant peu à peu ses cadres, peignit des paysages de plaine et de rivière animés de faneuses, de lavandières, de baigneurs. Ses tableaux, très étudiés dans la composition et le détail, sans idéalisation factice, sont pleins de santé et de bonne humeur, mais constituent plutôt des cartons rehaussés que des peintures, la couleur n’y étant point un élément essentiel d’expression, mais une simple « ajouture ». Aussi est-il permis de préférer ses nombreux fusains, où l’habile répartition des valeurs, la consistance profonde et veloutée des noirs, donnent, dans la transposition monochrome de l’œuvre, une équivalence plus juste de la couleur.
Henri Lerolle (1 848), talent d’une plasticité singulière, s’apparente tour à tour, sans imitation, en ses idylles rustiques, puis, en ses modernités, à Jules Breton, à Cazin, à Besnard et au Suédois Zorn ( Dans la campagne , musée du Luxembourg; Y Arrivée des bergers, musée de Carcassonne; A l’Orgue ; Baigneuses).
Citons encore Renouf (1845-1894, la Veuve , musée
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de Quimper ; Un coup de main), et Alfred Guillou ( 1 844 ; le Dernier survivant du Vengeur, musée de Quimper; Y Arrivée du pardon de sainte Anne, nfiusée du Luxembourg), biographes des populations côtières, amis des Terre-Neuviens tannés et de leurs fraîches progénitures; Sautai (1842-1901), hôte recueilli des nefs claires et des cloîtres silencieux; Norbert Gœneutte (1854-1894), pour ses fines notations des rues de Paris et de leurs petits métiers; Auguste Boulard (1825-1897), bon peintre de paysages de mer et d’intérieurs rustiques; Marcellin Desboutin (1823-1902), aquafortiste savoureux, pour ses portraits, natures mortes et intimités pleins de franchise et de bonhomie; Joseph Bail (1862), dont la virtuosité s’est élevée des caves et des cuisines aux lingeries paisibles et aux discrets réfectoires, et s’amuse à y suivre, d’objet en objet, la caresse des rayons furtifs; Henri d’Estienne (1872), ordonnateur attentif des Repas de noces et des Baptêmes bretons. La société urbaine, avec ses rites mondains (le Cercle , le Défilé ), ses milieux tapageurs (la Salle Graffard ), ses lieux de plaisir (la Brasserie ), ses bagnes [Y Asile de fous), a en Jean Béraud ii85o), dans ses bons jours, un témoin à qui nulle affectation, nul ridicule, nulle déchéance n’échappe, et qui enregistre tout avec un flegme impitoyable. Jeanniot (1848), ancien officier, a débuté par des épisodes de combat poignants, ou la mort invisible pleut sur l’inaction atroce des hommes. Observateur incisif, il marque d’un trait rapide la décrépitude moisie des petits bourgeois, l'excentricité empesée des snobs, l’énervement rageur des filles. Il a fait d’admirables illustrations les Misérables, Adolphe , les Liaisons dangereuses). Après Lucien Doucet (1857-1895), brillant peintre de nus qu’attirait le caquetage des five o'clock, Paul Chabas (1869) hante les salons à la mode et les restaurants « select », entre deux fugues parmi les Joyeux ébats musée de Nantes) des baignades. René Prinet(i8bi)