‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 45 sur 52 · FIG. I I 7- — CAZIN. — SOUVENIRS DE FÊTE · texte numérisé non relu

FIG. I I 7- — CAZIN. — SOUVENIRS DE FÊTE

(Musée de la Ville de Paris.)

sanglantes de la côte bretonne des héros de légende ou des créatures élémentaires, pour leur prêter les nostalgies et les inquiétudes de son âme poétique (Scella, 1894; Sapho, musée du Luxembourg; les Voix de la mer). René Ménard {1862), fils du poète philosophe Louis Ménard, dont il rappelle la culture et l’ouverture d’esprit, aime les paysages composés qui s’agencent comme des ensembles organiques, baies, forêts, lignes de montagnes harmonieusement associées; quelque temple les domine et en symbolise la conscience. Un artiste de race, Emile Lobre (1862), peintre délicat d’intérieurs, s’est voué à la glorification plastique du château de Versailles et de la cathédrale de Chartres. 11 exprime avec une sobriété de moyens et une puissance singulière la fascination mystique des nefs irradiées parles vitraux, le mélancolique recueillement de la demeure royale peuplée d’ombres galantes ou tragiques1 2.

Aucune personnalité ne s’impose parmi nombre d’animaliers de talent3 : sauf peut-être Eugène Lambert ( 1 8 2. 5 - 1900), historio griffe des chats, et Vayson (1842) qui, dans ses compositions un peu vastes, s’ingénie à varier l’assemblage ou à motiver le désordre de ses troupeaux de moutons (musées d’Avignon et de Marseille). On a longtemps

1. II esi juste de nommer, à des titres divers, les artistes suivants : Emile Barau ( 1 85 1 ) , Béthune (1857-1897), Victor Binet (1849), Boggio, Boudot, Braquaval, Cabrit, Calvé, Maurice Chabas, Eugene Chigot, Gustave Colin, Costeau, Dabadie, Damoye (1847), Destrem, Didier Pouget (1864), Dumoulin, Durât, Maurice Eliot, Firmin Girard ( 1 838), Auguste Flameng (iSqo-iSgj), Foréau, Gagliardini (1846), Gillot, Gii ardot, Gosselin, Georges et Lucien Griveau, Guillemet (1843), Guillaumin, Hareux (1847), Herpin (1841-1880), Iwill, Jacomin (1843-3902), Lapostolet (1824 1890), Lepoittevin, Maillard, Jacques Marie (Mme), Masure, Maut'ra, Meslé, Emile Michel, Jan Monchablon ( 1 85q), Moullé, Noirot, Nozal, Olive, Petitjean (1844), Prunier, Quignon (1854), Ranft, Ravanne (1854-1904), Rigulot (1862), Tanzi, Thornley, Vignon, Yarz, etc.

2. Ont cependant droit à une mention : Barillot (1844), Julien Dupré

( 1 85 1 ), Gélibert, Marais et Vuillefroy (1841), parmi lesquels se détache Gaston Guignard pour ses mérites de paysagiste.

LA PEINTURE SOUS LA TROISIEME RÉPUBLIQUE }2i

apprécié les plantureuses victuailles de Monginot ( i 82 5- 1900); Eugène Claude (1841) avec ses fruits, Bergeret (1846) avec ses poissons et crustacés, ont hérité de sa faveur. Il faut leur adjoindre Eugène Villain et Charles Cuisin. Les fleurs trouvent en Cesbron ( Fleurs du sommeil, musée des Arts décoratifs) un poète ingénieux à les faire parler. Mme Madeleine Lemaire (1845) est quelque chose comme leur Rosa Bonheur, Jeannin (1841) les brutalise en amoureux impatient et Quost (1843) s’est heureusement avisé de laisser les siennes dans leurs cadres naturels, qu’il excelle à diversifier; jardins, serres, potagers témoignent également de la délicatesse de son œil et de la fraîcheur de sa palette1. On doit des éloges aux décorateurs de théâtre Jambon, Amable et Jusseaume pour leur verve inventive et leur sens pittoresque. La miniature n'accuse pas de progrès.

B. — Les Novateurs.

Deux faits considérables dominent toutes les tentatives de ces vingt dernières années pour élargir le domaine de la peinture, en y faisant entrer des sensations nouvelles et en la dotant de moyens d’exécution plus pénétrants et plus subtils. Ce sont l’influence de Manet et l’entrée en scène des impressionnistes. Le premier, on l’a vu, poussé par un instinct plus sûr que toutes les théories, employa les tons purs sur la toile, dans leur fraîcheur initiale, sans les cuisiner de lourdes mixtures, de « liaisons» à toutes fins, comme les sauces des restaurants; de plus, et ceci était d’une importance majeure, il eut cette perception que les ombres, traitées jusqu’alors uniformément dans des noirs d’encre,

1. On pourrait ajouter à la liste : Bourgogne, Chabal-Dussurgey, Mme Delvolvé, Dumont, Kreyder, Maisiat, Mm0 Muraton.

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