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L APPARITION

Cette Muse éternelle, tous les artistes de tous les temps l'ont invoquée sous différents noms, car elle est toujours et partout où naît un génie.

Mais comment aborder une personne si auguste ; comment la faire descendre parmi nos modes étriquées, peu en harmonie avec son noble péplum ?

J'allais y renoncer et voici qu'au moment où je me préparais à jeter au feu mon manuscrit, elle m'est apparue dans sa beauté surnatuelle, simplement drapée d'étoffes légères qui tremblaient je ne sais sous quel souffle d'aurore. Jugez de mon émotion !

Elle resta souriante tout le temps du discours timidement pompeux que je lui adressai en souvenir des classiques et sur l'encens duquel elle

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devait être blasée depuis quelque mille ans. Elle répondit simplement, en faisant d'avance, de sa main divine, taire les remerciements que je croyais devoir balbutier : « Je suis venue, car, bien que nous autres muses, nous soyons reconnaissantes au zèle pieusement platonique des messieurs préposés à la sauvegarde de notre majesté, je dois t'avouer que notre rôle d'immortelles ne serait pas tolérable et que l'ennui nous prendrait, même au Parnasse, si nous manquions au plus passionnant de nos devoirs, celui de nous mêler aux hommes qui nous intéressent, pour les aimer et les inspirer. Trop de solennité gênerait l'intimité nécessaire à l'étude de leurs aptitudes et de leur tempérament ; même un peu de familiarité ne nous déplaît pas ; à la moindre licence, il nous est si facile de replonger dans l'idéal azur. Nous ne nous croyons pas schismatiques s'il nous arrive parfois de prendre plus de plaisir à nous entretenir avec Henri Heine qu'avec Bossuet ! »

J'allais lui répondre que j'étais heureux de partager cette manière de voir hardie... Mais, sans s'arrêter, elle continua : « Donc, cher mortel, je ne me refuserai pas à tes prières, tant que leur but sera juste et bon. Ne crois pas d'ailleurs, que je te fasse en cela une faveur spéciale. Que de fois on m'éternise à envelopper, de mes bras, les

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