‹ La peintureChapitre 31 sur 41 · INQUIÉTUDE DE LA. MUSE I · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDE DE LA. MUSE I

sauce, à l'insignifiance. De là une sorte de lassitude el d'ennui devant une telle dépense d'aride habileté.

Et on ressentit comme un besoin d'évolution nouvelle, fût-elle dirigée vers fétrangeté ou vers un retour à l'abrupte violence ; vers une invasion de barbares.

Manet poussait.

Et l'on entendit des voix qui criaient : (( Plutôt la brutalité que la débilité ! A bas la banalité ! Vive la folie ! » Et le lutin Caprice répondit à ce cri. Il apparut tout frétillant d'esprit bizarre; ouvrant ses ailes d'arc-en-ciel en son vol en zig-zag. Il vint stimuler les indépendants qui timides encore ne s'égaraient guère hors de leurs catacombes secrètes.

La Muse savait de quoi était capable ce fol cousin, une fois dévoyé. Il n'y a pas d'extravagance dont il ne fût capable. Ce n'est pas qu'elle craignît une décadence générale ; elle avait parfois arrêté les ravages du caprice, en biaisant, en l'inoculant à petite dose comme pour certaines épidémies. Les homéopathes se servent bien de poison.

Cependant, elle n'était qu'à demi rassurée et lorsqu'elle embrassait l'ensemble de la situation, bien des signes l'inquiétaient.

Et s'étant accoudée sur son genou dans une pose ravissante de mélancolie, elle avait repassé dans

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sa mémoire les années qui venaient de s'écouler et elle se tintée discours : « Que nous sommes loin de i848! Quelle transformation ! S'il n'y avait que la peinture ! . . . Mais ce sont les ambiances qu'il faudrait aussi réformer. Sur qui compter? Le public se désintéresse de plus en plus des talents sages... Le beau franc-comtois sur qui j'avais compté s'est à la fois épaissi et amoindri. Il est tombé dans un bain de terre glaise informe où il barbotte avec son Retour de la conférence ! Sa philosophie, où il résume sa vanité, est impuissante et inconsciente. Voilà où ont abouti tant de promesses. Qui arrêtera le Caprice qui s'infiltre partout et promet la lune à tout le monde? Et la Muse jeta un regard tournant sur ce monde qui l'environnait.

Que d'éléments étrangers à l'art, contrariaient partout sa direction ! La France, qui en ce moment entraînait l'art, traversait une ère de prospérité qui amollissait ses ressorts. En politique elle était entrée dans une période éclatante à la surface et enveloppée d'un prestige qui semblait irrésistible. Les nations le subissaient et lui rendaient d'extérieurs hommages dont, au fond, elles se sentaient humiliées.

Et notre immortelle, clairvoyante et qui depuis longtemps soupçonnait plus d'un danger, s'effraya du sans-souci général.

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