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INQUIÉTUDE DE LA MUSE I

Dans la masse du public on ne cherchait guère que le plaisir et avec quelle légèreté ! Avec quel peu de choix ! Rire !... On voulait rire de tout, on parodiait jusqu'à la Grèce ! . . . Je comprends cela pour la Belle Hélène, qui n'avait été qu'une femme plus que légère et si en lui enlevant de sa beauté antique, on lui avait donné le caractère de son rôle, de quel délirant esprit ne l avait-on pas revêtue !

Mais, presque partout les plus ineptes niaiseries ! Le pied qui remue excitait plus de joie que la plus exquise chanson populaire.

L'hyperbole avait quitté les zones grossissantes du romantisme pour se traîner dans le ruisseau, parmi les bourbeux reflets des étoiles qu'on ne contemplait plus dans le ciel. Les cafés-concerts avaient les honneurs des salons mondains. On avait perdu la mesure de la bonne gaieté française, le sens du vrai comique. Chose étrange ! l'esprit nous arrivait d'Angleterre, les clowns nous apportant la fine tradition mimique.

Et que dire de tout ce mauvais goût dans les modes, de ces falbalas singuliers, de ces chapeaux microscopiques sur ces crinolines immenses comme des pagodes, recouvrant la pauvreté des formes et qui donnaient à nos femmes des tournures de pintades ?

« Ces gens ont l'air de chercher à s'étourdir par

l'odyssée de la muse

ces attifements ridicules et cette folle gaieté ; auraient-ils le sentiment de la tristesse des dessous, el des profondeurs cachées ? » se dit la Muse, puis elle repassa dans son esprit les causes d une pareille situation : F abandon de la liberté et des préoccupations chiques, l'abondance d'une fausse prospérité ; le scepticisme chassant les croyancesmorales ; une activité plus avide de distinctions vaines que prompte aux devoirs désintéressés, les hommages allant plutôt aux honneurs qu'à l'honneur ; l'orgueil, la dissipation et la bonne chère ; toutes choses qui ne désagrègent pas seulement les rouages d'un gouvernement, mais aussi l'organisme humain. La raison charnelle se détraque en paradoxes insensés, les sens s'émoussent, les yeux se troublent sous des remous méphitiques qui aveuglent le jour.

La recherche insatiable des déliquescences épicées, concurremment avec cette bêtise hilare, ce recours à toute espèce d étrangetés sous prétexte d'originalité, avaient égaré plus d'un esprit génial dans des impasses équivoques et louches. En littérature surtout, la corruption infiltrait ses poisons dans certaines âmes dévorées d'idéal et dont l'inspiration contaminée tournait en hystérie et perdait toute notion des substances dans le rêve sans fond des exquisités perverses.

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