AGGLOMÉRATION MAIS NON COHÉSION 20J
réalisaient plutôt la physionomie d'un coloriste fureteur de vérités, que celle d'un improvisateur de spectacles à peine effleurés.
Son mode de prosélytisme, d'ailleurs, gardait une discrétion un peu railleuse, contrairement à la bruyante propagande de Courbet. Tel l'homme aux mains de qui les novateurs confièrent l'étendard de leur art hétérogène qu'ils baptisèrent du nom d'Impressionnisme. Ce dérivé semble inutile. Cependant, sous prétexte de libéralisme, il allait donner carrière à bien des licences. Il proclama la suppression de toutes les lois gênantes et l'entière liberté du génie dans son indépendance absolue. Seulement il n'indiquait pas à quoi se reconnaît le génie .
Et qui ne la crie pas cette indépendance ? Peutêtre le génie lui-même ; il sait que, pour que la liberté soit féconde, elle doit rester fidèle observatrice des lois de la nature.
En supprimant les principales difficultés de l'art, l'impressionnisme s'attira les artistes impatients et les bons bourgeois les plus fermés à l'esthétique qui, voulant passer pour connaisseurs et, conscients de leur nullité, acclament surtout les choses où ils ne voient goutte.
L'impression est la source éternelle et l'Impressionnisme n'est qu'un torrent éventuel qui, dessé-
l'odyssée de la muse
ché, ne laissera qu'une bien faible trace de son passage. Cependant, ce torrent fit alors tant de tapage que notre Muse étourdie et sentant qu'elle ne pourrait plus se faire entendre, après une dernière visite à ses fidèles, se sauva, car c'était dans les divers camps une telle confusion de doctrines, qu'elle se dit : (( Quittons cette Babel ; nous reviendrons lorsque ces Français, ces enfants gâtés, se seront mis un peu d'accord sur le respect qu'ils me doivent ; en attendant allons voir ce qu'on fait dans certaines contrées qui travaillent à l'ombre et dans le silence... »
Le moment était critique. Le départ de la Muse avait jeté le désarroi dans une partie de l'école française. Plus de critérium. C'était à qui crierait le plus fort, à qui renchérirait sur les extravagances. Ce fut la peinture claire, la peinture bleue, la peinture jaune, noire enfin. On peignit par taches, par plaques, par petits points, par bâtons et parfois même par l'absence de tout, car rien n'est plus sublime que le néant pour certains esprits.
On cria : « A bas le modelé ! » Tout ce qui étai t