LA SOURCE DE L'IMPRESSION
Le sens de l'art est inné. Il se reconnaît déjà chez l'enfant qui, par des soubresauts de joie, fête le rayon dont l'éclat soudain illumine son berceau.
Ce petit être lui tend les bras ; il met plus d'ardeur à vouloir saisir cette blanche apparence, que d'avidité à s'emparer des objets de la convoitise gourmande.
Saluer la lumière, n'est-ce pas une sorte d'intuition du beau en un de ses plus précieux éléments ?
Au fond de ce mystérieux empressement qui brille dans des yeux fraîchement éclos, faut-il voir le pressentiment d'émotions supérieures à celles des
LA SOURCE DE L'iMPRESSION 17
appétits physiques ? Peut-être. Tout est secret sous le voile qui embrume ces premiers éveils d'aube, ces lueurs de limbes où tout tremble encore dans une céleste diffusion.
Et rien ne viendra plus tard en éclairer complètement le mystère ; même sous la plus nette acuité du midi de leur âge, les poètes, les artistes les plus inspirés ne restent-ils pas les plus inconscients, ne pouvant mesurer la portée de leurs conceptions spontanées, qu'à la plus ou moins pure ivresse qui les accompagne ; ne sont-ils pas aussi les plus impénétrables aux yeux des autres ?
Mais, si vous consultez leur nourrice, vous verrez que tous, ils ont exprimé d'une façon particulière, dès le berceau, leur admiration instinctive pour ce beau qui va rayonner sur toute leur existence.
Vivantes, au loin, à travers mille souvenirs flottants et à demi effacés, ils retrouveront, plus fraîches, à mesure qu'ils vieilliront, leurs premières sensations de la nature.
Très fugitives, d'abord, dans l'inconsistance du rêve enfantin, elles seront ramenées à l'âge mur et jusqu'à l'extrême vieillesse, comme de petits astres vibrants à travers l'atmosphère émue des brouillards qui vont s'épaissir alentour.
La candide mémoire de ces sensations vierges
Breton. 2
LES LOIS ESSENTIELLES
acquiert uii singulier prestige, lorsque, sortie de l'inconscience originaire, elle se mêle au discernement des pensées formées plus tard et qui en apprécient tout le prix. Après les fougueuses ardeurs de la jeunesse, elle éclaire ces pensées jusque dans leur déclin, les revêtant de teintes exquises.
Tout cerveau privé de ces fécondes réminiscences, peut être celui d'un savant, il ne sera jamais celui d'un artiste ; car elles forment le lien de transition qui le rattache à l'infini.
L'impression, de source divine, est donc le pur don du ciel qui engendre les arts.
L'AGE ÉDÉNIEN
L'âme prédestinée au culte du beau a transformé son lieu de naissance en véritable Eden... quelque coin béni, si pauvre qu'il fût... quelque jardin paternel, très humble et plus riche en merveilles que les jardins suspendus de Sémiramis.
Tout en effet est prodigieux, pour qui commence et respire le pressentiment d'une vie éternellement splendide. Alors, chaque bébé bien portant est un roi et un roi immortel. Pour lui tout vibre et chante ;
DESSINS D'ENFANT IQ
l'air embaumé, l'arbre mélodieux, la fleur éblouissante, les papillons de feu et ces légères brumes d'or aux mille clartés bourdonnantes ; frêle symphonie des ailes et des rayons, tourbillon d'abeilles, magique murmure du pêcher fleuri.
Par cette naturelle transfiguration du réel en idéale vérité, l'enfant respire pour toujours le féerique poème qui va colorer sa vie.