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DESSINS D'ENFANT

Il ressentira bientôt l'irrésistible désir de fixer les émotions de cet Eden sur le sable et sur le papier. Cet enfant grandit dans une sorte d'ivresse songeuse d'où le réveillent (personne n'en est exempt) des chagrins passagers, nécessaires aussi, car la douleur est un des plus puissants moteurs de toute création.

Bien qu'apportant une vive ardeur aux jeux de son âge, il aime la solitude. Elle favorise ses instincts secrets. Ne faut-il pas qu'il s'imprègne des phases des jours et des saisons ? N'a-t-il pas ses petites affaires avec l'azur, la lumière, les oiseaux, les sauterelles qui font palpiter la houle des blés.

LES LOIS ESSENTIELLES

les joies et les plaintes du temps, les métamorphoses orageuses des nuages, le bruit que tout frisson apporte lorsqu'il frôle la poussière du chemin, les plantes nouvelles, si timides à soulever le sol, tendres et craintives ; le vivant émail des fleurs subitement réveillées à l'aurore, le sommeil qui les referme aux fraîcheurs de la nuit brune, et mille et mille choses qu'il aime passionnément ? Ne faut-il pas qu'il observe la vie dans ses manifestations infinies, si restreint que soit le théâtre ?

Le moment est venu d'en essayer les images. Il se met à l'œuvre et les premiers contours qu'il trace sur le mur ou sur le sable du jardin, nous troublent par leur informe énigme.

Le jour n'est pas loin qui nous donnera la clef de ces hiéroglyphes.

En attendant, l'artiste en herbe se comprend, lui ! C'est déjà son rudimentaire idéal qu'essaient ces formes sans nom pour nous, et son ange gardien le comprend aussi.

Dans cet innocent gâchis, vous ne tarderez pas à voir poindre son goût et ses visées et, s'il est vraiment doué, vous serez étonné, après quelques progrès, de cette merveille qui confond la science consommée d'un vieil artiste : c'est que le charme de la première vision, cette fleur exquise, peut resplendir, (je maintiens ce mot qui ne me

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